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Burn-out, isolement, détresse : le Luxembourg veut mieux écouter ses agriculteurs


Martine Hansen (à droite) a présenté la nouvelle prise en charge des appelants du dispositif "Een oppent Ouer". (Photo : editpress/hervé montaigu)

Alors que la détresse psychologique touche durement le monde agricole en Europe, le Grand-Duché adapte sa plateforme d’écoute «Een oppent Ouer» en s’associant avec l’ASBL SOS Détresse.

Dans plusieurs pays membres de l’Union européenne, le taux de suicide chez les agriculteurs est estimé de 20 % à 30 % supérieur à la moyenne nationale. Leurs intentions de quitter la profession sont également anormalement élevées, un agriculteur sur cinq envisageant de quitter le métier dans les cinq prochaines années selon une étude Ispos de 2025. Et les risques de burn-out, d’anxiété et de dépression sont aussi nettement plus fréquents que dans les autres secteurs d’activité.

Face à ce mal-être général auquel n’échappe pas le Grand-Duché, bien qu’aucune étude nationale ne le quantifie, la ministre de l’Agriculture, Martine Hansen, a présenté ce lundi «une nouvelle étape dans le renforcement de l’accompagnement psychosocial destiné aux agriculteurs, viticulteurs et maraîchers».

Depuis 2015 déjà, une plateforme nommée «Een oppent Ouer fir de Bauer, Wënzer a Gäertner» a été mise en place avec le soutien de la Chambre d’agriculture et de la coopérative Maschinen- und Betriebshilfsring Lëtzebuerg (MBR). L’objectif était de proposer le +8002 7171, un numéro d’écoute destiné aux acteurs du monde agricole confrontés à des difficultés professionnelles, familiales ou personnelles.

Une écoute à relancer

En mai 2026, après un an d’existence du +8002 7171, le ministère fait savoir que la ligne d’écoute a été sollicitée 37 fois et que 22 interventions ont été réalisées entre août 2015 et avril 2016. Les premiers enseignements concernent les difficultés les plus évoquées par les agriculteurs : coexistence intergénérationnelle, conflits au sein du couple, problèmes de santé liés à la surcharge de travail et soucis financiers.

Trois ans plus tard, le député André Bauler interroge Romain Schneider, ministre de l’Agriculture de l’époque, sur le bilan du service «Een oppent Ouer fir de Bauer, Wënzer a Gäertner». En octobre 2019, le ministre révèle que deux tiers des appelants sont des femmes, qu’un certain sentiment d’abandon par la société s’ajoute aux difficultés et que 56 contacts ont eu lieu depuis la création du numéro.

En termes de chiffres sur cinq ans, force est de constater que le bilan est famélique. «Même si cette initiative pionnière était appréciée dans le secteur, le service avait récemment perdu en visibilité et en accessibilité, rendant nécessaire une adaptation du dispositif afin de mieux répondre aux besoins actuels du terrain» admet le ministère.

L’expertise de SOS Détresse

Afin de rendre plus accessible l’écoute, un appel au +8002 7171 sera désormais redirigé vers SOS Détresse Luxembourg, une structure professionnelle et spécialisée dans l’écoute et l’accompagnement psychosocial. Cette dernière offre une oreille accessible 7 jours sur 7 et avec une permanence téléphonique quotidienne grâce à ses 83 bénévoles, encadrés par des professionnels. 

Aux yeux de Laurent Frantz, président du MBR, il s’agit d’une évolution notable, puisqu’ «une personne en situation de détresse ne peut pas attendre jusqu’au lundi après-midi pour trouver une écoute».

Christian Hahn, président de la Chambre d’agriculture, a lui aussi salué cette amélioration, tout en précisant qu’un document d’information réalisé par la Chambre a été transmis aux bénévoles de SOS Détresse afin de «les sensibiliser aux réalités spécifiques du métier d’agriculteur et aux structures d’aide existantes». Une formation spécifique a également été organisée pour les bénévoles de SOS Détresse.

Près de 90 % des exploitations agricoles du Grand-Duché étant des entreprises familiales, «la frontière entre vie privée et activité professionnelle est souvent très mince» estime le ministère, qui incite fortement les concernés à se saisir de leur téléphone au nom de leur santé mentale.

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