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Fin du lait luxembourgeois dans les produits Ekabe : le coup de massue


Soixante-huit producteurs luxembourgeois pourraient rester sur le carreau. (Photo : archives lq/fabrizio pizzolante)

Implantée depuis près d’un siècle dans notre paysage laitier, Ekabe ne transformera plus le lait luxembourgeois l’an prochain. Une situation «dramatique» selon la ministre de l’Agriculture et une «grave menace pour la production alimentaire» pour le KPL.

Relayée par nos confrères de RTL, l’annonce jeudi par Ekabe, appartenant depuis 37 ans au groupe français Lactalis, a fait l’effet d’une bombe dans le milieu agricole. Le choix de restructuration a motivé la décision de cesser de transformer le lait de nos producteurs à partir de fin mars 2027. Créée à Bettembourg en 1935 à partir d’un troupeau de 100 têtes, la laiterie installée à Eschweiler transforme aujourd’hui 110 millions de litres de lait, dont la moitié provient de 68 producteurs du pays.

Si le site conservera une activité industrielle et logistique, ce sont au total 56 millions de litres de lait luxembourgeois qui ne serviront plus à la fabrication des fromages blancs, desserts, crèmes ou Kachkéis commercialisés par le groupe. Un vrai manque à gagner qui a pris au dépourvu toute la famille de la paysannerie laitière, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture en tête. Au micro de RTL, Martine Hansen a déploré la décision d’Ekabe/Lactalis de rester sur le site sans reconduire le contrat de livraison des 68 producteurs luxembourgeois, une situation qu’elle a qualifiée de «dramatique».

Réactions en cascade

De son côté, les élus de tout bord n’ont pas tardé à réagir. Ce vendredi matin, le Parti communiste dénonçait par voie de communiqué une «grave menace pour l’agriculture nationale, pour les emplois dans l’usine laitière d’Eschweiler et pour la production alimentaire au Luxembourg». Les représentants du KPL sont alarmés pour l’avenir des professions laitières à si brève échéance : «Il est particulièrement grave que les producteurs concernés soient ainsi privés de toute sécurité de planification», si bien que pour eux, «de nombreuses exploitations agricoles risquent de disparaître» dès l’an prochain. Pour éviter la catastrophe, et face à une réaction ministérielle qu’ils jugent «capitaliste» et «très en deçà de ce que la situation exige», les communistes vont jusqu’à appeler à «nationaliser Ekabe, puis la transformer en coopérative laitière».

Peu après, le député Jeff Boonen adresse à la ministre une question parlementaire urgente qui demande des comptes et ratisse large : depuis quand le gouvernement était-il au courant? Quelles sont les solutions envisagées à court terme? Quel est l’avenir des marques du groupe? Le député CSV s’interroge notamment sur la pérennité des producteurs comme l’information des consommateurs : «D’où proviendra le lait à l’avenir si Lactalis résilie ses contrats avec les producteurs luxembourgeois?». Les capacités de production des laiteries présentes sur le marché luxembourgeois sont également source d’inquiétude, au même titre qu’un possible effet domino : «D’autres grands acteurs internationaux privés sont-ils présents sur le marché laitier luxembourgeois et pourraient agir de la même manière?». La question de la dépendance aux acteurs privés du marché luxembourgeois est au cœur des débats.

Contactés par nos soins, le responsable d’exploitation Ekabe comme le siège de Lactalis Luxembourg se sont refusés pour le moment à tout commentaire. Une réunion de crise se tiendra lundi 1ᵉʳ juin au soir et devrait délivrer davantage d’informations.

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