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[Magazine] Japon : les fanzines ou le culte du papier


(Photo : afp)

Dans un Japon ultraconnecté et submergé par l’IA, la dernière tendance consiste à créer soi-même des magazines artisanaux. Des «zines», comme on les appelle dans l’archipel, qui font des émules. Découverte.

Dans le vacarme des courroies et des feuilles qui défilent à l’intérieur d’une imprimerie de Kyoto, deux artistes observent leur œuvre prendre vie sur papier dans une tentative de conquérir de nouveaux publics à l’ère de l’IA. Malgré le déclin du secteur de l’édition, l’autoédition et les magazines artisanaux appelés «fanzines» ou «zines» gagnent en popularité au Japon, reflet de l’amour persistant du pays pour le papier, même à l’ère numérique.

Le papier «est un média qui sollicite les cinq sens», contrairement aux réseaux sociaux, explique Kazuma Obara, l’un des deux créateurs, les mains noircies par l’encre de son photo-essai. Avec son partenaire Akihico Mori, ce photographe de 40 ans est un des artistes employant une presse mise à disposition par le quotidien Kyoto Shimbun, qui cherche des usages alternatifs pour ses machines face à la chute des abonnements.

(Photo : afp)

Alors que l’impression bat son plein, cinq techniciens feuillettent rapidement les pages pour en vérifier la qualité. «Je pense que la presse papier est incroyablement « ouverte ». On peut donner un journal, le lire ensemble», explique Kazuma Obara, qui identifie là une différence entre le papier et les téléphones portables, «très cloisonnés». «On peut ressentir la passion de l’artiste lorsqu’on tient l’œuvre entre ses mains», explique Akihico Mori, écrivain de 44 ans. «C’est ce qui la rend si attirante, et l’IA ne peut tout simplement pas le reproduire.»

Le travail du duo a été présenté au célèbre festival international de photographie Kyotographie, qui s’est tenu du 18 avril au 17 mai partout dans Kyoto. Yoshihiko Okazaki, de l’imprimerie Kyoto Shimbun Printing, explique que l’âge de ses clients – des artistes – s’étend de l’adolescence jusqu’à plus de 70 ans. «Étonnamment, ce phénomène trouve un écho auprès des jeunes… J’entends même des commentaires du type : « c’est intéressant précisément parce que c’est ancien ».» Le pays a connu un déclin rapide de l’édition papier. Les ventes de livres et de magazines ont chuté de 40 % par rapport à leur record de 1996, quand elles avaient rapporté 2 600 milliards de yens. 

On peut ressentir la passion de l’artiste lorsqu’on tient l’œuvre entre ses mains

Et la diffusion des journaux papier, qui a culminé en 1997 à 53,76 millions d’exemplaires, a été divisée environ par deux en 2025, selon l’Association japonaise des éditeurs et rédacteurs de journaux. De nombreux auteurs et éditeurs à travers le monde craignent que cette tendance ne soit accélérée par l’IA et les réseaux sociaux : au Royaume-Uni, la moitié des romanciers pensent que l’intelligence artificielle est susceptible de remplacer leur travail, d’après une étude de 2025.

Cependant, comme dans d’autres pays du monde, l’autoédition se développe au Japon, en particulier parmi les jeunes. Et notamment celle des fanzines, ces publications apparues dans les années 1930 chez les fans de science-fiction aux États-Unis. Selon une étude citée par la chaîne de télévision publique NHK, le marché de l’autoédition au Japon est estimé à plus de 800 millions d’euros pour l’exercice clos en mars 2026. Soit presque le double d’il y a quatre ans.

Un salon de fanzines présentant une large gamme de ces magazines faits main, de tailles et de formats variés, a connu un grand succès à Tokyo. «L’IA et les réseaux sociaux sont pilotés par des algorithmes qui ne nous montrent que ce que nous voulons voir ou ce qui nous convient le mieux. Mais le fait que tant de créateurs de fanzines participent à ce salon suggère qu’il existe de nombreuses autres visions du monde», se réjouit Harumi Kikuchi, visiteuse de 22 ans.

(Photo : afp)

La créatrice Watashi Kishino, qui dessine à la main son quotidien en illustrations en noir et blanc, reconnaît toutefois que l’on peut «faire beaucoup de choses avec l’IA et la technologie numérique». «Mais je crois qu’il y a aussi un charme à tenir quelque chose dans ses mains», dit-elle en montrant ses œuvres. Les grandes librairies adoptent également la tendance. Sanseido, une librairie tokyoïte vieille de 145 ans située dans le quartier des livres de Jimbocho, a commencé à introduire ces revues autoéditées sur ses étagères il y a près d’un an.

«Les fanzines peuvent séduire un public différent de celui des lecteurs traditionnels», explique Masato Sugiura, directeur adjoint de l’unité de promotion des ventes. De son côté, Watashi Kishino croit en la pérennité des livres et magazines physiques malgré l’ère numérique. «Il y a une chaleur que seul le papier peut offrir», conclut-t-elle.

 

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