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«Ça dépasse le lobbying classique»: des multinationales auraient influencé le gouvernement


Jean-Louis Zeien et l'initiative Devoir de vigilance dénoncent «une influence préoccupante pour la démocratie européenne». (Photo: fabrizio pizzolante)

L’ONG Somo révèle une prise d’influence de la part de multinationales américaines sur la position du Luxembourg en matière de législation européenne sur les droits humains, le climat et l’environnement.

Vingt semaines de silence, quatre questions parlementaires ciblées, deux députés mobilisés face à quatre ministres hésitants: pour l’initiative Devoir de vigilance emmenée par Jean-Louis Zeien, voilà le résumé d’un épisode révélateur, celui de l’influence qu’exerceraient des multinationales américaines sur la position du gouvernement luxembourgeois dans les négociations sur la directive relative au devoir de vigilance en matière de durabilité (CSDDD).

«Ce n’est qu’à la suite d’une quatrième question parlementaire que le ministre de l’Économie, Lex Delles, a finalement révélé les noms des entreprises impliquées: ExxonMobil, Koch Inc. et Guardian», pointent les 17 organisations membres de la plateforme, dans un communiqué.

L’initiative Devoir de vigilance dénonce le fait que ces multinationales aient mené des actions de lobbying auprès du Luxembourg, contre une directive visant précisément à encadrer la responsabilité des entreprises en matière de droits humains, de climat et d’environnement.

Alors que la réunion entre le ministre de l’Économie et Guardian aurait porté sur la situation économique et la charge administrative pesant sur les industriels, les informations concernant l’entrevue avec Koch Inc., organisée à l’ambassade du Luxembourg à Washington, «restent particulièrement lacunaires», notent-elles.

Une alliance discrète 

Selon les révélations de l’ONG Somo, une alliance informelle regroupant 11 entreprises majoritairement issues du secteur des énergies fossiles et basées aux États-Unis — dont ExxonMobil et Koch Inc. — a opéré sous le nom de «Competitiveness Roundtable» afin de faire échouer la directive CSDDD ou d’en réduire la portée.

«Les documents analysés par Somo montrent que plusieurs de ces entreprises souhaitaient rester dans l’ombre. En effet, une coordination d’acteurs tels que Chevron, ExxonMobil ou Koch Inc. pour affaiblir une législation européenne majeure n’aurait pas manqué de susciter de vives réactions publiques», précise l’initiative.

Gouvernements ciblés par les multinationales, selon l’ONG Somo. (Photo: somo)

Le Luxembourg en ligne de mire

Cette «Competitiveness Roundtable» avait ainsi attribué à certaines entreprises la responsabilité de nouer des relations étroites avec des gouvernements européens spécifiques.

L’Allemagne, la Hongrie et la République tchèque pour ExxonMobil, la Pologne et le Luxembourg pour Koch Inc. selon un document du 16 mai 2025.

«Si ces activités ne sont pas illégales en tant que telles, elles dépassent le cadre d’un lobbying classique», rappelle l’initiative Devoir de vigilance. «Elles traduisent une stratégie coordonnée visant à démanteler une initiative législative clé contre l’impunité de multinationales en matière de droits humains, de climat et d’environnement.»

Avec comme résultat la dérégulation portée par le paquet Omnibus I. «Servir les intérêts des géants des énergies fossiles ne renforce ni la compétitivité ni la crédibilité internationale de l’UE et du Luxembourg. Au contraire, cet épisode illustre la facilité avec laquelle des intérêts privés puissants peuvent peser sur des processus démocratiques — au détriment de l’intérêt général», conclut la plateforme.

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