LIBAN Menacée de frappes par Israël, la banlieue sud de Beyrouth se vide de ses habitants qui craignent des attaques imminentes. Cette nouvelle escalade militaire a poussé l’Iran à rompre ses négociations avec Washington.
L’armée israélienne a appelé lundi les habitants de la banlieue sud densément peuplée de Beyrouth à évacuer, en prévision de frappes contre le mouvement pro-iranien. «Si l’organisation terroriste Hezbollah continue de tirer des roquettes en direction de villes et localités israéliennes, l’armée répondra en visant des objectifs dans le sud» de Beyrouth, a prévenu dans un message publié sur Telegram Avichay Adraee, un porte-parole militaire arabophone, appelant les habitants à quitter les lieux.
La veille, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a demandé à l’armée de frapper «des cibles terroristes» dans la banlieue sud de la capitale libanaise, selon un communiqué, après avoir ordonné la veille l’intensification de l’offensive au Liban. Dimanche, l’armée israélienne revendiquait la prise symbolique de la forteresse de Beaufort, un site emblématique du sud du pays. De son côté, le Hezbollah nie cette prise et affirme dans un communiqué qu’il combat encore aux alentours de cette forteresse stratégique, dont les troupes israéliennes avaient fait une base avant leur retrait en 2000 après 18 ans d’occupation.
«Panique générale»
En réaction aux menaces, des journalistes de l’AFP rapportent avoir vu des centaines de familles fuir la banlieue sud, à pied, à moto ou dans des voitures, chargées d’oreillers et de sacs, tandis que le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a prévenu qu’il n’y aurait «pas de calme» à Beyrouth sans un arrêt des attaques du Hezbollah. En milieu de journée, les rues de la banlieue sud étaient désertes et les magasins fermés. «Nous avons immédiatement quitté la banlieue», a déclaré Hadi, un employé de 24 ans, rentré chez lui à la faveur de la trêve, affirmant que les déclarations israéliennes «ont provoqué une panique générale».
La ministre allemande du Développement, Reem Alabali Radovan, et son homologue norvégien Åsmund Aukrust étaient en route pour Beyrouth afin d’y exprimer leur solidarité avec la population libanaise mais ont dû rebrousser chemin et annuler leur voyage lundi face aux risques de frappes israéliennes.
Des frappes sur Beyrouth marquerait une nouvelle étape de franchie dans l’offensive israélienne au Liban, où l’État hébreu mène son incursion militaire la plus profonde depuis 26 ans. À la demande de la France, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence lundi en fin de journée, le président Emmanuel Macron estimant que «rien ne justifie l’escalade majeure en cours au Sud Liban». L’Union européenne a, elle aussi, appelé Israël à y cesser son «escalade militaire».
L’Iran suspend le dialogue
Au Liban se joue également le conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël dont les négociations pour la paix apparaissent de plus en plus compromises. L’agence de presse iranienne Tasnim affirme en effet que Téhéran a rompu le dialogue indirect avec Washington, notamment à cause des «crimes» qu’Israël «continue à commettre» au Liban, et des violations «sur tous les fronts» du cessez-le-feu. L’Iran avait rappelé plus tôt dans la journée par la voix de son ministère des Affaires étrangères qu’un cessez-le-feu au Liban était «une condition essentielle à tout accord», le Hezbollah étant un allié de Téhéran.
Face à cette suspension du dialogue, les cours du pétrole se sont envolés. Le marché pétrolier avait pourtant l’espoir d’un accord imminent entre Téhéran et Washington en fin de semaine dernière, mais la perspective d’une résolution rapide semble s’éloigner et avec elle, celle d’un retour à la normale des exportations d’hydrocarbures du Golfe par le détroit d’Ormuz.
En plus du Liban, la question du nucléaire ne semble pas être réglée. Donald Trump a insisté dimanche, sur Truth Social, sur le fait que le projet d’accord «stipule très clairement que l’Iran n’aura pas d’arme nucléaire», et ce «en des termes très fermes». Contrairement aux attentes américaines, la République islamique a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie «à ce stade» des discussions.