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Mort d’Emran au marché de Noël : le parquet identifie deux responsables


La vie de la famille du petit Emran a basculé un soir de marché de Noël 2019. (Photo : archives lq)

«Des erreurs évitables aux conséquences fatales» ont été commises, selon le parquet, qui a pris tout le monde à revers en concluant à la responsabilité de deux prévenus.

Danger, risque d’accident… L’artiste concepteur de la statue de glace n’aurait jamais exprimé son mécontentement quand les collaborateurs du Luxembourg City Tourist Office (LCTO) lui ont présenté l’emplacement qui lui était réservé. Du moins pas en la présence de Roby Schuler, affirme l’ancien du service Events & Culture du LCTO et témoin dans cette affaire. Il se serait seulement étonné que la Ville de Luxembourg ne lui ait pas attribué le même emplacement que l’année précédente.

La suite, on la connaît : un petit garçon de 2 ans est décédé et la vie de la famille s’est écroulée. «C’était une soirée magnifique. Emran était fasciné par les lumières et tout ce qu’il y avait autour de lui», raconte la maman de la petite victime. Amir, le grand frère de l’enfant, voulait apprendre à patiner. La maman l’a accompagné avec toute la famille pendant que le papa et Emran les observaient depuis le bord de la piste. «Mon fils était fasciné par la statue de glace», poursuit-elle. «Cela devait être une journée spéciale. Nous sommes rentrés à la maison sans notre fils.»

Toute la famille a vu l’enfant au sol. «Il est mort sous nos yeux.» Son père regrette de ne pas avoir pu le protéger. «Je n’aurais jamais pu m’imaginer que la statue allait s’effondrer.» L’ingénieur, concepteur d’aires de jeux pour enfants, s’emporte contre la commune de Luxembourg, qui «a agi de manière peu professionnelle de la part d’une capitale», et contre les prévenus, qui n’assumeraient pas leurs responsabilités dans cette affaire. «Où étaient les travailleurs délégués à la sécurité?»

«Tout ce qui est ouvert au public doit être réceptionné. Il ne faut pas uniquement se reposer sur le savoir-faire de quelqu’un et dire qu’il n’y a pas de normes en la matière. Si cela avait été fait, quelqu’un aurait peut-être remarqué ce qui clochait», indique le père de famille, habitué par sa profession aux normes de sécurité. «Nous ne serions pas ici si un responsable avait mis ses bottes et pris cinq minutes pour réceptionner la statue avant le départ de son auteur.»

Me Condrotte, leur avocate, se dit «choquée par autant d’amateurisme à tous les niveaux». L’organisation n’aurait pas été à la hauteur. «Cela fait froid dans le dos de constater la légèreté avec laquelle l’installation de la statue a été gérée» et l’aspect sécuritaire a été bâclé. Elle a réclamé près de 750 000 euros de dommages et intérêts pour les onze parties civiles qu’elle représente. 

Défaut de précaution et de prévoyance 

Le parquet a identifié deux principaux responsables : l’artiste et le commanditaire de la statue, pour avoir été trop peu consciencieux. L’artiste aurait, selon lui, dû prendre en compte la probabilité d’un risque d’accident en cas de stabilité précaire plutôt que de laisser les choses en l’état. «Des erreurs graves ont été commises», affirme le magistrat, et rien n’a été fait pour les éviter de la part de l’artiste et son équipe. 

Le chalet s’est affaissé trois heures après son installation «structurellement instable à son origine», en grande partie en raison des palettes choisies et de l’absence de vérification du niveau. «Quatre centimètres sur les 25 centimètres d’épaisseur ne reposaient sur rien.»

Il n’aurait pas fallu être professeur de physique pour envisager un potentiel danger en voyant le gabarit du fond de scène, critique le parquet. L’artiste «est entièrement responsable de la chute», «par défaut de précaution et de prévoyance». Le magistrat requiert contre lui une peine de 12 mois de prison assortis d’un sursis intégral pour homicide involontaire, 6 mois de prison assortis du sursis intégral contre un des deux collaborateurs de l’artiste et l’acquittement de l’autre.

Reste la sécurité du public. «Serge (NDLR : du LCTO) était le seul à savoir que le chalet mesurait 2,5 mètres de haut sur 2 mètres de large», note le magistrat, convaincu qu’il a transmis «une mauvaise impression» à ses collaborateurs en leur disant «que ce serait la même chose que les années précédentes». Lui aussi serait responsable d’un manque «de précaution et de prévoyance» en ne demandant pas un concept de sécurité et en n’informant pas correctement les collaborateurs qui l’ont remplacé le jour des faits alors qu’il était en congé.

Le procureur requiert contre Serge une peine de 9 mois de prison assortie du sursis intégral, et une amende comme pour les deux artistes. Serge travaillait dans l’intérêt du LCTO qui l’employait. Le LCTO risque une amende correctionnelle en tant que personne morale. Les autres prévenus n’auraient pas de lien de causalité direct avec le décès de l’enfant. Ils auraient été induits en erreur par le collaborateur du LCTO. On ne pourrait pas leur reprocher de ne pas avoir mis en place de concept de sécurité. Le magistrat a plaidé en faveur de leur acquittement et a pris toute la défense à revers.

Le meilleur hommage que les prévenus peuvent rendre à Emran est de faire en sorte qu’un tel accident ne se reproduise plus, a tenu à ajouter le magistrat à la fin de son réquisitoire. Le procès se poursuivra lundi matin avec les plaidoiries des avocats.

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