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Mort d’Emran au marché de Noël: l’artiste voulait déplacer la statue


L’artiste rejette les conclusions des deux expertises qui l’incriminent lui et ses assistants. (Photo: Hervé Montaigu )

Les sculpteurs sur glace affirment n’avoir rien à se reprocher dans l’accident qui a coûté la vie à un enfant de deux ans au marché de Noël. Ils auraient opéré dans les règles de l’art.

«Le chalet devait être collé contre quelque chose. C’était un fond de scène!», répète le concepteur de la statue de glace pour se dédouaner. Acculé de questions par les avocats des parties adverses, il se débat, indiquant que l’emplacement prévu pour l’installation aurait changé au dernier moment: un espace était libre entre la façade de glace et la patinoire, et l’espace prévu présentait une légère pente que l’artiste n’aurait pas jugé bon de compenser. 

Lundi, lors du premier jour de procès, il a indiqué s’être senti obligé de monter son installation en tentant tant bien que mal de bloquer l’accès à l’arrière de la sculpture avec des chutes de glace et des sapins décoratifs. «C’était dangereux. Un fond de scène n’est pas fait pour cela. Il y a un risque que la structure tombe en arrière en cas de bousculade», explique l’artiste à la barre de la 16e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. 

Nul besoin de bousculade. La sculpture penchait vers l’arrière. Un bloc de glace est tombé et a tué Emran, un enfant de 2 ans. L’accident a eu lieu sur le marché de Noël de Luxembourg-ville au Knuedler en novembre 2019. LCTO, Ville de Luxembourg et concepteur se rejettent la responsabilité de l’accident. Erreur de conception, base en palette de bois défectueuse, emplacement peu propice, manque de sécurité… Les avocats creusent et l’artiste est inflexible. 

«Je n’ai pas pris de niveau à bulles puisque je n’en avais pas eu besoin les années précédentes», explique-t-il. Il ne s’était en effet rien passé avec ses sculptures plus imposantes les deux années précédentes: un ours de deux tonnes et un groupe de rennes. «J’avais insisté pour le déplacer. Pas parce que c’était plus joli ou plus facile pour moi.»

L’artiste regrette qu’aucun dispositif de sécurité n’ait été prévu pour encadrer la statue. Or, sur ce sujet, un flou artistique règne entre les compétences de la Ville et du LCTO qui renvoient à l’artiste qui aurait dû en faire la demande. Voyant certains personnels de sécurité sur les lieux, il ne se serait pas inquiété et aurait quitté le marché de Noël.

Pas de formation particulière 

Son assistant partait également du principe que «le client allait installer des barrières». «Cela me paraissait évident.» Le bloc de glace s’est désolidarisé seul sans l’intervention d’un tiers. «Pour moi, c’était un bel endroit où placer la statue. Je n’ai pas ressenti de pente», indique l’un des collaborateurs de l’artiste qui n’aurait pas détecté de danger particulier après que la statue a été repoussée de quelques mètres contre la patinoire. «Le bloc bougeait gentiment, mais je ne m’explique pas pourquoi il s’est mis à pencher vers l’arrière.» Pour les experts, la réponse tiendrait en une palette défectueuse qui a ployé sous le poids de la glace. 

L’erreur incomberait donc à l’artiste qui n’aurait pas vérifié son matériel. Les palettes étaient recouvertes de tapis imbibés d’eau pour améliorer l’adhérence de la glace. Tout ce qui relève de la sécurité relèverait de leur expérience et du bon sens, indique l’assistant. Les avocats des deux autres parties leur reprochent de ne pas avoir de formation plus pointue. 

«Il n’y a pas de formation de sculpteur sur glace», confirme le deuxième assistant. «La dangerosité et la sécurité sont évaluées sur place par expérience et savoir-faire.» Il se souvient d’une discussion quant à l’emplacement, mais en simple exécutant, il ne se serait pas senti impliqué d’avantage. «Si cela avait été trop instable, nous nous en serions rendu compte. La statue ne bougeait pas plus qu’une autre», affirme-t-il. 

Un éventuel risque n’aurait jamais été évoqué lors de la réalisation et du montage de la sculpture. Après avoir fourni sa prestation, le prévenu est parti pour Paris, pas inquiet quant à la sécurité de la statue. «Nous n’avions jamais eu de problèmes par le passé.»

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