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Rentrée scolaire : pour le syndicat SEW/OGBL, Meisch fait tout «à l’envers»


Joëlle Damé et Vera Dockendorf se sont pliées à leur traditionnel exercice de la rentrée scolaire : distribuer les bons et les mauvais points. (Photo : julien garroy)

D’année en année, Claude Meisch collectionne les bonnets d’âne décernés par le syndicat des enseignants SEW/OGBL. À la veille de la rentrée, il n’a, semble-t-il, pas retenu la leçon. 

Le ministre de l’Éducation nationale peut largement mieux faire, tant le système scolaire parait perfectible, dans le fondamental comme dans le secondaire, selon les porte-parole des enseignants. Bons joueurs, ils saluent cependant quelques avancées et des progrès tout juste suffisants de la part du ministre.

Inclusion, alphabétisation, résultats PISA, obligation de scolarité jusqu’à 18 ans… Claude Meisch peut mieux faire du point de vue des enseignants qui connaissent bien les réalités du terrain. Ainsi, selon Joëlle Damé, «l’inclusion et la réforme Alpha ne pourront porter leurs fruits que grâce à des bases solides : des ressources et du temps suffisants, une communication transparente et la participation des enseignants» aux prises de décision. 

Pour y parvenir, le SEW/OGBL réclame, entre autres pour le fondamental, des procédures standardisées sur l’attitude à adopter face aux élèves présentant des problèmes de comportement, une centralisation de tous les incidents survenus au sein des établissements scolaires, une personne supplémentaire dans toutes les classes du cycle 1 ainsi que le maintien des heures d’appui, un contingent renforcé et une discussion incluant toute la société sur l’importance à donner aux langues dans le cadre du projet Alpha.

Sur le papier, les réformes entamées par Claude Meisch font sens, mais dans la réalité des enseignants, elles seraient difficilement applicables telles quelles sans déshabiller Jean pour habiller Paul. Sans compter que ces réformes n’auraient pas encore fait leurs preuves. «Avant la fin du cycle 4, toute affirmation quant à plus d’équité grâce à l’alphabétisation reste pure spéculation», affirme Joëlle Damé pour qui le ministre a tout fait «à l’envers».

Pour sa collègue Vera Dockendorf, cette «politique d’enseignement à la carte» va à l’encontre des idées d’inclusion. Pire encore, derniers résultats PISA à l’appui, les réformes menées depuis 2018, transformeraient les élèves luxembourgeois en cancres ayant des difficultés en lecture à force de passer leur temps sur les écrans. «Qu’a fait le ministre? Il a distribué des tablettes numériques dans toutes les classes sans élaborer de concept» et a remplacé une heure de cours de langue par une heure de sport, rappelle la porte-parole du département dédié à l’enseignement secondaire.  

«Une garderie pour décrocheurs»

Une tête bien faite dans un corps bien fait? Pas tant que cela, selon le syndicat. Surtout dans le régime général où on laisserait les lacunes s’accumuler en fermant les yeux pendant les trois premières années avant de saquer les élèves et de les décourager, voire de les encourager à déserter les salles de classe.

La hausse de l’obligation scolaire jusqu’à l’âge de 18 ans, qui entre en application pour la première fois cette année, ne changera guère les choses, pour le syndicat qui craint que «cette mesure ne se transforme en garderie pour jeunes qui décident d’arrêter l’école» au lieu «de les aider à s’intégrer au marché de l’emploi». 

Bref, du point de vue des enseignants, cette mesure ne changera pas grand-chose à la situation actuelle. Un rapport sur le décrochage scolaire démontre que «sept décrocheurs sur dix sont majeurs au moment de leur départ» en 5e ou en 4e année d’enseignement secondaire.

Mieux vaut prévenir que guérir, estime le syndicat notamment à travers un meilleur travail d’orientation et la valorisation de la formation professionnelle ainsi que «de l’aide concrète pour trouver des places d’apprenti», ajoute Vera Dockendorf. «L’école doit également responsabiliser les jeunes en leur transmettant les valeurs attendues par le monde du travail et la société».

Claude Meisch entendra-t-il les doléances des enseignants qui ne demandent qu’à être consultés? Vera Dockendorf prévient pour conclure : «Si nous poursuivons ainsi avec une politique qui n’écoute pas le terrain et souhaite lancer des projets pilotes à l’échelle nationale, comme les classes francophones au lycée, avant qu’ils n’aient pu être évalués, il ne faudra pas nous étonner d’une nouvelle chute des résultats.»

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