Les résultats de l’étude PISA 2025 révèlent une tendance inquiétante : au Luxembourg, les compétences des élèves de 15 ans s’érodent depuis plus d’une décennie. Les autorités pointent l’usage excessif des smartphones.
Dans de nombreux pays du monde, les compétences des élèves de 15 ans sont en chute libre. Et le Luxembourg n’échappe pas à cette tendance. C’est ce que dévoile l’étude Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) 2025 dont les résultats ont été présentés, lundi 7 septembre, par Luc Weiss, directeur du service de coordination de la recherche et de l’innovation pédagogiques du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse du Luxembourg. «Ces résultats internationaux nous préoccupent», réagit ce dernier.
Créée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), cette étude internationale est une évaluation qui vise à tester les compétences des élèves de 15 ans en compréhension de l’écrit, sciences, mathématiques et numérique.
Elle se déroule tous les trois ans depuis 2000 puis tous les quatre ans à partir de 2025. 760 000 élèves parmi 91 pays et économies participent à ces épreuves composées de deux heures d’exercices informatisés et de 35 minutes de questionnaire contextuel. Aussi, directions et parents doivent fournir quelques informations complémentaires.
Au Grand-Duché, elle a réuni 6 078 élèves issus de 49 établissements scolaires. «Au Luxembourg, tous les élèves participent à PISA. Il est l’un des rares pays où la participation est quasi universelle», souligne Luc Weiss. Il ne s’agit pas là de la seule particularité propre à notre pays du fait de son contexte migratoire et de son multilinguisme.
«Un point crucial : près de 80 % des élèves luxembourgeois ne font pas le test PISA dans leur langue maternelle. En Finlande ou au Japon, c’est l’inverse. Cette différence structurelle a un impact considérable sur les performances», rappelle Luc Weiss avant de souligner qu’«au Luxembourg, le multilinguisme est une force!»
Des résultats mitigés
Comme lors des précédentes éditions auxquelles le pays a participé, les élèves issus de son système scolaire se situent, en 2025, dans le ventre mou du classement PISA. Pour les sciences naturelles, ils se placent, avec 474 points, en dessous de la moyenne de l’OCDE (482 points) et légèrement en dessous de la moyenne de l’UE (476 points).
Pour la compréhension de l’écrit, les résultats sont encore plus préoccupants. Le Grand-Duché, avec 443 points, se positionne sous la moyenne de l’OCDE (461 points). Pour les mathématiques avec 458 points pour une moyenne de l’OCDE à 463 points.
Enfin pour les épreuves qui concernent «apprendre dans le monde numérique», le pays marque un virage positif puisqu’avec 506 points, il se trouve au-dessus de la moyenne de l’OCDE (500 points).
À ce résultat s’ajoute une autre bonne nouvelle : la corrélation entre les performances et le statut migratoire a significativement diminué par rapport aux éditions PISA précédentes. Une dernière donnée qui montre une meilleure intégration des primo-arrivants dans le système scolaire.
Dix ans de recul
Le point le plus marquant de cette édition 2025 reste le recul global des performances en sciences, en compréhension de l’écrit et en mathématiques depuis plus de dix ans. Les dernières données ne faisant qu’appuyer cette dynamique à la baisse.
En sciences, le Luxembourg a enregistré une baisse notable : de 491 points en 2012 à 474 points en 2025. Mais la chute la plus marquante concerne la compréhension de l’écrit, où les élèves luxembourgeois sont passés de 488 points en 2012 à 443 points en 2025 – soit une perte de 45 points en treize ans.
Les causes du déclin
Plusieurs éléments de réponse expliquent ce recul des compétences des élèves. L’OCDE pointe une combinaison de facteurs, notamment un lien direct avec l’utilisation des médias numériques et des smartphones.
Luc Weiss corrobore les conclusions de l’OCDE : «Ce déclin est multifactoriel. La digitalisation joue un rôle important.
Les enfants nés en 2009 sont véritablement des « natifs numériques » – ils ont grandi dans un monde connecté dès le départ, avec l’essor des smartphones à partir de 2014 et l’arrivée de TikTok en 2018.
La lecture sur les réseaux sociaux est rapide et superficielle, tandis que le temps passé sur ces plateformes est considérable – autant de temps perdu pour l’apprentissage structuré.»
Claude Meisch, ministre de l’Éducation nationale, ajoute : «L’utilisation excessive des smartphones et des réseaux sociaux a un impact négatif sur les habitudes de lecture des jeunes. Nous devons trouver les moyens de redonner aux jeunes la capacité de traiter de manière approfondie des textes longs et complexes.»
«D’autres facteurs interviennent également : la motivation des élèves est en baisse, et le soutien perçu des parents et des enseignants décline aussi. Ces facteurs combinés expliquent la baisse au niveau international, y compris au Luxembourg», conclut Luc Weiss.
Quelles solutions ?
Cette étude «produit des indicateurs qui montrent les forces et les faiblesses du système éducatif. C’est donc le système qui est analysé, pas les élèves», rappelle Luc Weiss. Il n’est pas question ici de comparaison avec les autres pays mais «d’une analyse des facteurs qui permettent à certains systèmes de mieux gérer les tendances internationales et ce que nous pouvons en apprendre. Plutôt que de nous concentrer sur les classements, nous devons étudier les leviers d’amélioration de nos résultats.»
L’utilisation excessive des appareils numériques, la distraction qu’ils provoquent pendant et en dehors des cours, et leur impact sur les performances des jeunes sont déjà au cœur des mesures mises en place par le Luxembourg.
Le ministère annonce une proposition visant à instaurer une interdiction générale des smartphones dans les classes du secondaire inférieur et indique que d’autres mesures sont en cours de discussion.
52 % des élèves luxembourgeois âgés de 15 ans font davantage d’efforts lorsque le travail devient difficile.
75 % des élèves luxembourgeois âgés de 15 ans pensent que l’intelligence peut se développer.
29 % estiment que l’école est une perte de temps.
Pour 58 %, l’enseignant s’intéresse aux apprentissages de chacun de ses élèves.
Pour 67 %, l’enseignant apporte une aide supplémentaire lorsque les élèves en ont besoin.