Contre le chômage des jeunes, le programme d’accompagnement conçu par Youth & Work a fait ses preuves. Une nouvelle édition démarre pour quatre ans.
Retour en 2020. Alors que la crise sanitaire plonge les jeunes dans une grande détresse, entre cours en visio, suppression des stages et rupture des contacts sociaux. Moins de compétences, moins d’expérience : leur entrée sur le marché du travail se complique sérieusement.
L’équipe de Youth & Work imagine alors un programme sur mesure, baptisé Future Generation, pour aider les 16-29 ans à reprendre la main sur leur vie et à révéler leurs capacités.
Soutenu par la fondation André Losch, ce coaching personnalisé étalé sur huit semaines consiste à cerner les besoins de chaque participant avant de les envoyer en entreprise pour une mission précise à assurer en groupe.
Huit sur dix trouvent un job
Une formule gagnante, qui va servir de tremplin à 171 jeunes entre 2021 et 2025. «À l’issue du programme, 90 % ont affirmé que leur qualité de vie avait été améliorée, et 80 % avaient trouvé un job ou s’étaient engagés dans une formation dans les mois suivants», indique la co-gérante Kristina Nincevic.
Comme Yann, 28 ans. Aujourd’hui en CDI et récemment promu responsable d’équipe, le jeune homme a traversé une période de doute en 2022. «À l’époque, je n’avais pas d’objectif, et je ne me sentais pas du tout à l’aise dans le monde du travail. Je vagabondais, si on peut dire.»
Une copine lui parle de Youth & Work, il prend un premier rendez-vous, pour voir. «J’ai intégré un groupe chez PwC, chargé de développer une stratégie de contenu pour un réseau social. Ça m’a tout de suite plu. J’ai appris comment développer un projet et diriger un collectif en s’appuyant sur les points forts de chacun.»
Une douzaine d’entreprises partenaires
D’où le lancement dans les prochaines semaines d’une nouvelle édition de Future Generation, la fondation André Losch ayant renouvelé sa confiance à Youth & Work.
Après Creos, AXA, la Ville de Luxembourg ou Sales-Lentz, une douzaine d’entreprises et administrations accueilleront 240 nouveaux jeunes jusqu’en 2030, tandis que des liens ont été tissés avec la Chambre des métiers, la Chambre des salariés et la Chambre de commerce.
«On a la chance de recevoir des demandes désormais, et nous avons le luxe de pouvoir choisir», sourit Kristina Nincevic.
«Ils m’ont donné ma chance»
Johann, lui, a fait partie d’un groupe accueilli chez Cactus : «En 2025, nous avons planché sur les relations de la marque avec les producteurs et les consommateurs, pour le projet Farm to Fork.»
Après un parcours compliqué, il ne croyait plus en lui. Mais surprise : «Ils m’ont donné ma chance. Une semaine après la fin de l’expérience, Cactus m’a proposé de rejoindre le service après-vente et j’ai signé un CDI.»

L’équipe de Youth & Work a lancé son nouveau programme ce vendredi à Luxembourg. (Photo: fabrizio pizzolante)
Pour les partenaires, le programme permet d’impliquer des jeunes motivés, dans un contexte miné par les pénuries de main-d’œuvre, et de découvrir leurs profils, tous très différents, en les plongeant directement dans la culture interne.
«On a pu développer notre vision»
Un bon moyen aussi de s’adresser à ce public spécifique que sont les jeunes, en prenant en compte leurs idées et recommandations. À l’image de la Ville de Luxembourg, qui cherchait à rendre la vie nocturne de la capitale à la fois attrayante et plus sûre.
«Nos services ont travaillé avec eux, les premiers concernés», raconte l’échevin Paul Galles. «Ils sont venus présenter leurs propositions au collège échevinal, et on a pu développer notre vision. Donc ça a eu un impact réel.»
Fondé en 2012 dans le canton de Redange, le projet Youth & Work s’est mué en société d’impact sociétal, indépendante de l’État, et dispose aujourd’hui de 19 antennes au Grand-Duché.
Elle offre gratuitement un accompagnement individuel et du conseil aux adolescents et jeunes adultes en recherche de formation ou d’emploi. Pour bénéficier de ce service, il suffit d’avoir entre 16 et 29 ans, de résider au Luxembourg, et de faire preuve de motivation!
Trois questions à la coach Isabelle Steudle
Combien de jeunes suivez-vous?
J’accompagne entre 30 et 40 jeunes chaque année.
Quels sont leurs besoins?
Ça dépend vraiment de la région. Dans nos antennes du sud par exemple, on est face à des problématiques liées aux réfugiés, aux personnes qui viennent d’autres pays, avec un parcours souvent difficile. Elles n’ont pas le même niveau scolaire, leurs diplômes sont différents aussi, elles ne parlent pas forcément les langues officielles du pays, etc. À l’ouest, on a des jeunes plutôt entourés, avec moins de soucis d’argent ou de logement, mais qui se posent des questions sur leur orientation ou le sens qu’ils veulent donner à leur vie professionnelle.
Comment les guider sans choisir à leur place?
On est tous formés à différentes écoles de coaching et d’accompagnement. Moi je travaille beaucoup sur la dimension émotionnelle : je leur demande ce qui les fait vibrer dans la vie, au sens large, et je vais creuser avec eux là-dessus. Je ne m’arrête pas aux tests de personnalité. Parce que finalement, quand vous faites quelque chose qui vous reconnecte à vous, vous le faites bien et avec joie. On travaille aussi les valeurs, les besoins, et on avance dans la bonne direction.