Flambée des taux et des prix du pétrole, chute des actions… Les marchés mondiaux sont secoués mercredi par la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, qui ravive la peur d’un retour de l’inflation chez les investisseurs.
Le cessez-le-feu avec l’Iran est «terminé», a déclaré mercredi le président américain Donald Trump, après de violents échanges de frappes entre les deux camps.
«Ce changement de ton a pratiquement anéanti les espoirs d’une reprise des efforts diplomatiques», estime Fawad Razaqzada, de Forex.com.
L’armée américaine a touché plus de 80 cibles en Iran lors de frappes lancées en riposte aux tirs iraniens contre trois navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. En représailles, Téhéran a dit avoir frappé avec des missiles et des drones 85 installations sur des bases militaires américaines au Koweït et à Bahreïn.
Le stratégique détroit d’Ormuz est encore au cœur des affrontements, l’Iran revendiquant, malgré l’opposition des États-Unis, d’imposer des droits sur ce passage, et menaçant les navires contournant le seul itinéraire qu’il a autorisé le long de ses côtes.
«Le trafic des pétroliers à travers le détroit d’Ormuz s’est pratiquement arrêté, ce qui en dit davantage sur la perception du risque à l’heure actuelle que n’importe quelle déclaration venant de Washington ou de Téhéran», souligne Jorge Leon, responsable de l’analyse géopolitique pour Rystad Energy.
Les marchés pétroliers ont rapidement réagi au regain de risque géopolitique. Ils avaient nettement reculé tout au long du mois de juin, retrouvant même leurs niveaux d’avant-guerre.
Vers 16 h (heure de Luxembourg), le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, gagnait ainsi 4,98 % à 77,85 dollars. Le West Texas Intermediate (WTI) nord-américain prenait 4,54 % à 73,64 dollars.
Retour des craintes inflationnistes
«La hausse des prix de l’énergie ravive également les craintes inflationnistes, entraînant une réévaluation plus restrictive des anticipations de politique monétaire sur les marchés financiers et poussant les rendements» des emprunts souverains à la hausse sur les marchés obligataires, souligne Fawad Razaqzada.
Le coût de l’emprunt français à échéance dix ans a ainsi grimpé mercredi jusqu’à 3,90 %, un niveau inédit depuis juin 2009. Il évoluait à 3,88 % vers 16 h.
Son équivalent allemand, référence en Europe, se hissait lui au-dessus du cap symbolique des 3 %, à 3,06 %, contre 2,99 % la veille en clôture. Le taux italien à dix ans atteignait 3,86 % contre 3,77 % la veille à la clôture.
Hors zone euro, le taux britannique à dix ans atteignait 4,94 %, contre 4,84 % la veille.
Les Bourses en net recul
Les déclarations de Donald Trump «ont ébranlé les marchés (…) déclenchant un mouvement d’aversion au risque qui a entraîné une forte baisse des actions européennes» et américaines, constate Fawad Razaqzada.
«Le moral des investisseurs vacillait déjà à l’ouverture, après les frappes échangées entre les États-Unis et l’Iran dans la nuit. Mais les propos de Trump ont mis le feu aux poudres», résume Neil Wilson, de Saxo Markets.
Vers 16 h, Paris perdait 1,73 %, Francfort 1,72 % et Londres 1,10 %. Milan cédait 0,73 % et Madrid 2,05 %.
«Trump a également dirigé ses critiques contre les alliés européens des États-Unis, ciblant particulièrement l’Espagne pour ses dépenses de défense et menaçant de prendre des mesures commerciales», note par ailleurs Fawad Razaqzada.
À Wall Street, dans les premiers échanges, le Dow Jones cédait 1,02 %, l’indice Nasdaq perdait 0,40 % et l’indice élargi S&P 500 reculait de 0,55 %.
Le dollar stable
Les marchés ont toutefois «toujours un espoir que l’on arrive à une solution rapide» au Moyen-Orient, tempère Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
Signe que les investisseurs ne cèdent pas à la panique, le dollar, valeur refuge, qui bénéficie pourtant habituellement des montées de tensions au Moyen-Orient depuis mars, reste en effet stable (+0,01 %) face à la monnaie unique, à 1,1411 dollar pour un euro.
Dans ce contexte, «les données macroéconomiques devraient attirer moins d’attention», relève Fawad Razaqzada. La publication des comptes-rendus de réunion de la Réserve fédérale américaine (Fed) (les «minutes») devrait ainsi être éclipsée par les tensions géopolitiques.
L’institution monétaire a pour le moment décidé de maintenir ses taux, même si les dernières prises de parole de son nouveau patron, Kevin Warsh, ont été perçues comme plus fermes que prévu, face à l’inflation aux États-Unis.