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Les violences extrêmes en ligne prennent de l’ampleur au Luxembourg


Le phénomène du nihilisme violent est également présent au Luxembourg. (Photo : adobe stock)

Face à la montée d’un phénomène mondial alarmant, la justice et la police luxembourgeoises tirent la sonnette d’alarme à propos du «nihilisme violent» en ligne.

C’est un phénomène mondial qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Et le Luxembourg n’y échappe pas. Pour la première fois, le parquet de Luxembourg et la police grand-ducale ont organisé conjointement une conférence de presse pour alerter sur le nihilisme violent en ligne, une forme de radicalisation qui voit des individus commettre ou glorifier des actes de violence extrême pour engendrer le «chaos».

Ils forment des réseaux dont les membres échangent et diffusent des contenus hautement toxiques : tortures animales, incendies volontaires, agressions physiques, humiliations publiques et incitations directes à l’automutilation.

Tout cela est filmé et diffusé sur différentes plateformes (Discord, Telegram, streaming), sur les réseaux sociaux (TikTok) ou sur des messageries privées. Plus l’acte est violent, plus son auteur «récolte» des points et plus son «statut social» sera important.

Au cœur de ces réseaux, de jeunes manipulateurs ciblent délibérément d’autres mineurs en situation d’isolement ou de grande vulnérabilité. «Ils ont été eux-mêmes des victimes par le passé. Généralement, ils ont une faible estime d’eux-mêmes et trouvent un sentiment de statut ou de pouvoir sur ces plateformes», explique Kristin Schmit, directrice centrale de la police judiciaire.

Les enfants et adolescents sont particulièrement ciblés. «L’âge qui a été fixé par Europol est plutôt situé entre 8 et 17 ans, mais ce sont des valeurs un petit peu théoriques. On peut tomber en dessous et aller au-delà», indique David Lentz, procureur d’État.

Au sein de ces groupes, la manipulation repose sur des techniques comme «le love bombing». En submergeant leur cible d’une affection et de compliments démesurés, les manipulateurs instaurent une confiance aveugle.

Cette dépendance psychologique ultrarapide leur permet ensuite d’isoler la victime pour en prendre le contrôle total.

D’après le procureur d’État David Lentz, une première occurrence du phénomène a surgi l’an dernier au Luxembourg. (Photo : archives lq/hervé montaigu)

Mais les conséquences peuvent être destructrices dans la vie de ces jeunes enrôlés : automutilation, consommation forcée de drogues, extorsion d’argent, envoi de vidéos à caractère sexuel, inceste, violence terroriste…

Parfois, ce «jeu» en ligne peut pousser des jeunes au suicide, à la tuerie de masse ou au meurtre. «On a, par exemple, le cas d’un meurtre à Leipzig, en Allemagne, où une jeune femme a tué son petit frère parce que cela avait été demandé par le prédateur sur les réseaux sociaux», raconte David Lentz.

«Un premier dossier ouvert au Luxembourg»

Si les premiers réseaux ont débuté aux États-Unis, aujourd’hui, ils sont présents dans de nombreux pays à travers le monde. «Il y a des milliers d’utilisateurs», note Kristin Schmit.

Au Luxembourg, d’après le procureur d’État de Luxembourg, David Lentz, un premier cas a été découvert l’année dernière dans le pays. Depuis, plusieurs «dénonciations» ont été rapportées au parquet.

Mais un «chiffre noir» reste tout de même suspecté par les autorités judiciaires et policières. «La question qui se pose, c’est combien de dossiers n’avons-nous pas répertoriés? Parce qu’il y a eu peut-être un mal-être, une infraction, mais on n’est pas allé chercher si à l’origine il y avait une certaine manipulation», souligne David Lentz.

«La prise de conscience est récente. Il faut désormais analyser les infractions inexpliquées ou les contenus filmés trouvés sur les téléphones sous l’angle de ces réseaux», complète la directrice de la police judiciaire.

«On court derrière les phénomènes»

Pour éviter d’occulter certaines affaires, les policiers et les magistrats sont désormais formés pour faire face à ce phénomène. Mais le grand problème reste aujourd’hui celui des sanctions et de la loi.

Une législation qui, comme le reconnaît David Lentz, n’est pas parfaitement adaptée à ces nouvelles formes de criminalité numérique. «Si on fouille dans le code pénal, on va toujours trouver l’une ou l’autre infraction qui va pouvoir être utilisée pour poursuivre quelqu’un, mais ça ne sera pas calqué exactement sur le phénomène», précise-t-il.

Un exemple reste frappant. L’incitation à l’automutilation ou au suicide n’est par exemple pas pénalement répréhensible. Alors que ce sont des cas très courants dans le nihilisme violent extrémiste.

Face à cette situation, le procureur d’État de Luxembourg a décidé de proposer un texte législatif plus adapté afin de mieux encadrer et poursuivre ces actes de manipulation. Il espère que «le pouvoir politique sera également sensible» à ce sujet.

Du côté de la police, les autorités luxembourgeoises participent depuis quelques années au projet Europol Compass qui vise à l’échange d’informations et la coordination d’enquêtes au niveau européen.

L’infiltration de ces réseaux numériques n’est en revanche pas encore possible, mais fait l’objet «d’une grande discussion». Pour autant, les moyens actuels restent toujours insuffisants, comme le note Kristin Schmit. «C’est comme toujours, on court derrière les phénomènes.»

La sensibilisation, une arme indispensable

Durant la conférence de presse, le parquet et la police ont insisté à de nombreuses reprises sur l’importance de la sensibilisation auprès des parents, des éducateurs et des professionnels.

Ils recommandent ainsi aux parents de se familiariser avec les jeux et applications utilisés par les enfants et adolescents afin d’évaluer les risques potentiels. Établir des règles claires pour les activités en ligne, engager des conversations sur l’utilisation d’internet figurent également parmi les recommandations.

Enfin, il est demandé de porter plainte ou de signaler tout comportement déviant. Le signalement peut être adressé par courrier ou par courriel à l’adresse suivante : pdiekirch.signalementsmineurs@justice.etat.lu.

Quels sont les signaux d’une «emprise numérique»?

Plusieurs indices peuvent révéler une emprise, comme un isolement soudain, des troubles du sommeil, une baisse des notes ou une anxiété inhabituelle.

Face au nihilisme violent, certains comportements sont particulièrement révélateurs : un culte du secret autour des échanges numériques, l’adoption d’un jargon idéologique ou codé, le rejet des proches, une fascination pour les tueries de masse ou la réception de cadeaux anonymes.

Sur le plan physique, l’apparition de coupures, d’égratignures ou de cicatrices doit immédiatement alerter. Au Luxembourg, des associations comme Alupse Dialogue, Cosmos, Bee Secure, respect.lu ou la Ligue médico-sociale sont à même d’aider les mineurs en détresse.

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