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[Magazine] Au Japon, des lolitas radicales contre les violences


(Photo : afp)

Sur scène et en dehors, les membres de la troupe japonaise féministe radicale TremendousCircus combattent les violences faites aux femmes, dans un pays où les mouvements féministes ne se font pas entendre.

Sur scène, des comédiennes crient leur colère face aux viols ou au sexisme subis au Japon, déchirant férocement dans des robes à volants des photos d’hommes générées par intelligence artificielle : bienvenue au TremendousCircus, une troupe de théâtre se présentant comme féministe radicale. Dans un pays où les mouvements féministes peinent à se faire entendre, TremendousCircus se distingue par les thèmes de ses pièces et par ses tenues de style lolita gothique, revendiquées comme un symbole de féminité et de défense contre les violences sexuelles.

Le mouvement mondial #MeToo ne s’est pas vraiment imposé au Japon et de nombreuses victimes ont encore peur de témoigner, malgré quelques affaires très médiatisées. Dans ses spectacles, le groupe presque exclusivement féminin tisse des récits de violences sexuelles et de harcèlement vécus par les membres elles-mêmes ou par des fans. Lors d’une récente représentation à Tokyo, les membres de TremendousCircus ont crié des slogans comme «la guerre pour les femmes!» en jouant des rôles de «révolutionnaires mignonnes» affrontant un tyran de l’IA surnommé «Big Father» dans un futur dystopique.

Sur scène, les neuf comédiennes se parent de rose, de blanc et de noir dans des tenues mêlant silhouettes d’inspiration victorienne et motifs gothiques macabres. Ces costumes sont «l’exact opposé des vêtements moulants, révélateurs et sexuellement excitants dont beaucoup d’hommes rêvent», explique Chino, 28 ans, cofondatrice de la troupe.

On peut repousser les hommes tout en portant de jolis vêtements

Chino, cofondatrice de TremendousCircus

TremendousCircus a été créé en 2016 avec un accent porté sur les droits LGBT+, mais le «féminisme radical des victimes» est aujourd’hui au cœur de leurs représentations. La troupe fait payer le billet d’entrée jusqu’à deux fois plus cher aux hommes, clin d’œil à l’écart de salaire entre les sexes, deux fois plus important dans le pays que la moyenne de l’OCDE. Sa dernière pièce, intitulée Unite, met entre autres en scène des hommes battus à mort.

Les membres du groupe expliquent qu’au Japon, qui se classe 118e sur 148 pays dans le Global Gender Gap Index en 2025, des femmes se font régulièrement bousculer ou reluquer par des hommes dans les trains bondés. Elles sont aussi confrontées à des pressions patriarcales en matière de mariage et de procréation, surtout dans les zones rurales. Environ une personne sur dix âgée de 16 à 29 ans au Japon a été victime d’attouchements au moins une fois, dont une majorité de filles, révèle une enquête gouvernementale réalisée en 2024.

Dans ce contexte, la comédienne Hina Haruka porte ses tenues «comme une armure», sur scène et à la ville. «Ces vêtements ne peuvent pas être retirés facilement, donc ils contribuent aussi à protéger les femmes du viol», assure cette femme de 27 ans, portant une ombrelle et un bonnet de dentelle blanche. «On peut repousser les hommes tout en portant de jolis vêtements», appuie Chino.

Affirmant que chaque femme au Japon est, d’une façon ou d’une autre, victime de sa société sexiste, Chino, elle-même victime d’un viol, estime que ce féminisme radical peut «réunir toutes les femmes». TremendousCircus ne rejette pas catégoriquement les relations amoureuses, le mariage, la maternité et les relations sexuelles avec des hommes, contrairement à certaines féministes sud-coréennes, précise Chino. «Les femmes devraient être libres de vivre comme elles l’entendent», souligne-t-elle.

Ancienne prostituée, Mizuki Shikyoin se souvient de la prédation psychologique subie de la part de son «patron». «Tout ce que je pensais être « offert » par un petit ami ou un proxénète à travers le viol et le sexe était en réalité ce qui m’était pris», clame-t-elle sur scène dans un monologue empli d’angoisse. «Avant, je pensais que j’étais impuissante sans les hommes, mais je me trompais. Je ne peux pas tout faire toute seule, mais quand les femmes s’entraident, nous pouvons tout faire», affirme Mizuki Shikyoin. Un message qui résonne auprès du public. «Ça m’a fait prendre conscience que notre société est centrée sur les hommes et m’a aidée à comprendre pourquoi ma vie ne s’était pas toujours bien passée», déclare Ayaka, une spectatrice de 37 ans.

Ayant récemment conclu une bataille judiciaire autour du viol qu’elle a subi, Chino est déterminée à ne pas laisser ce crime définir sa vie. «Cet instant où j’ai été violée est bien plus court que la vie entière qui se trouve devant moi», dit-elle. «Mon objectif est d’être un modèle et de montrer qu’un avenir joyeux peut attendre les survivantes de violences sexuelles.»

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