Mesdames, avant de sortir ce soir, vérifiez votre sac : téléphone chargé, porte-clés d’alarme, application d’entraide activée… et, si possible, repérez à l’avance le commerce où vous pourrez demander «Angela» en cas de problème. On ne sait jamais.
Bienvenue dans le monde merveilleux de 2026, où l’on invente mille et une astuces pour permettre aux femmes de faire quelque chose d’aussi extravagant que… rentrer chez elles.
Soyons clairs : un porte-clés qui hurle à 140 décibels, une application qui alerte les personnes à proximité, une «safe place» ou une borne d’appel peuvent être utiles et je suis reconnaissante de leur existence. Tant mieux.
Mais à force d’empiler ces dispositifs, une question finit par devenir franchement gênante : pourquoi est-ce toujours aux femmes de s’équiper pour pouvoir vivre normalement? À Metz, on réserve des places de parking aux femmes près des sorties. À Luxembourg, on organise une marche pour rappeler que les femmes devraient pouvoir marcher sans avoir peur.
Et partout, les mêmes conseils : ne rentrez pas seule, restez vigilante, évitez tel endroit, partagez votre localisation, gardez votre téléphone à portée de main… C’est fatiguant. Et le plus sidérant, c’est que nous avons fini par trouver cela presque normal.
Et les hommes, dans tout ça ? Silencieux. Discrets. Étonnamment absents d’un débat qui devrait pourtant les concerner au premier chef. J’ai le sentiment qu’on inverse ici les responsabilités. Ce ne sont pas les femmes qui doivent apprendre à mieux se déplacer, non.
Ce sont les comportements masculins violents, intimidants ou déplacés qu’il faut combattre. Et cela commence aussi par les hommes ordinaires : ceux qui voient, qui entendent, qui savent qu’un comportement dérape et qui, trop souvent, regardent ailleurs.
Bien sûr qu’il faut donner aux femmes les moyens de se protéger. Mais ne faisons surtout pas de ces moyens la solution.
Parce qu’une société qui distribue des porte-clés d’alarme aux femmes avant de se demander pourquoi elles en ont besoin ne règle pas le problème. Elle apprend simplement aux victimes à mieux vivre avec.