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Réductions d’effectifs au sein des Big Four : «Où sont passés ces emplois?»


(Photo : vincent lescaut)

Diminution des effectifs, dégradation des conditions de travail : OGBL et LCGB montent au créneau face aux difficultés des salariés dans les cabinets d’audit.

Les syndicats OGBL et LCGB s’unissent pour alerter sur les menaces qui pèsent sur l’emploi au sein des Big Four : EY, KPMG, PwC et Deloitte. Une table ronde est prévue ce mardi pour aborder l’avenir du secteur en matière de défense de l’emploi.

Alors que les économistes d’Idea pointaient cet été une baisse globale de 8 % en deux ans dans ces cabinets au Grand-Duché (-14 % chez PwC, -8 % chez KPMG, -6 % chez Deloitte), leurs directions évoquent un «retour à la normale» après des recrutements massifs post-covid.

Pas suffisant pour les syndicats qui s’étranglent : «Où sont passés ces emplois? Renvoient-ils à des départs volontaires, des licenciements individuels, des non-remplacements, une réorganisation, des externalisations, voire des automatisations?»

530 départs en deux ans chez PWC

Chez PwC, les chiffres officiels font état de 530 départs sur cette période, précisent l’OGBL Secteur financier et le LCGB, qui demandent des explications dans un communiqué publié ce lundi.

«On n’a aucune information sur la nature de ces disparitions d’emploi», déplore Maria-Helena Macedo, membre du comité de direction du LCGB, jointe au téléphone. «Il y a beaucoup de licenciements parce que les gens n’atteignent pas leurs objectifs. À la troisième évaluation mauvaise, c’est la porte.»

«Et avec les heures à gogo accumulées par les cadres sous couvert de flexibilité, la santé mentale est impactée. Ce qui entraine des arrêts maladie prolongés qui aboutissent à des licenciements.»

Craignant que ce lent grignotage des effectifs soit une façon de contourner les obligations liées aux licenciements collectifs prévues par le Code du travail, les syndicats demandent donc aux autorités compétentes de se saisir du dossier.

«Ces licenciements n’interviennent jamais pour raisons économiques. Cela obligerait ces entreprises à suivre la procédure légale et à en informer le comité de conjoncture», note-t-elle.

«Une pression importante»

Des conditions de travail qui préoccupent l’OGBL et le LCGB : ils disent recevoir régulièrement des témoignages de salariés «confrontés à une pression importante, à des objectifs de performance toujours plus élevés et à des situations de mise à l’écart ou de licenciement contestés».

Dans certains cabinets, «les salariés doivent atteindre des taux d’utilisation (NDLR : pourcentage de temps de travail disponible qu’un collaborateur consacre à des tâches facturables au client) dont ils ne maîtrisent ni l’attribution ni l’évolution.»

Des activités externalisées

Pour les organisations syndicales, ces préoccupations sont d’autant plus légitimes que les Big Four affichent des résultats financiers en hausse : 765,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 pour PwC, 373 millions pour KPMG, ou encore 535 millions d’euros pour Deloitte (pas de chiffres disponibles pour EY).

Ce qui n’empêche pas plusieurs cabinets de «développer depuis plusieurs années des centres de services dans des pays où les coûts salariaux sont nettement inférieurs à ceux du Luxembourg. Certaines activités d’audit, de comptabilité ou de support sont ainsi désormais réalisées à distance.»

«On sait que chez PwC, qui se développe fortement à Porto, les postes supprimés à Luxembourg ne sont plus remplacés, les départs en retraite non plus, car ils externalisent», poursuit Maria-Helena Macedo.

Délégations neutres : un danger?

Pour finir, OGBL et LCGB dénoncent des délégations du personnel dites «neutres» qui ne protègeraient pas suffisamment les salariés. «Sous la pression de l’employeur, aucune liste liée à un syndicat disposant de la représentativité nationale n’est présentée lors des élections sociales», décrit Maria-Helena Macedo.

Une situation commode pour ces grands groupes puisqu’elle leur permet de verrouiller leurs portes. «Nous sommes souvent sollicités par des gens qui souhaitent qu’on les accompagne à leur entretien préalable au licenciement, mais ça nous est systématiquement refusé.»

De quoi maintenir un rapport de force favorable aux employeurs, notamment en cas de plan social : «Aucun délégué d’un syndicat représenté au niveau national ne peut alors être présent lors des négociations. Comme cela s’est passé chez Amazon. Les salariés sont livrés à eux-mêmes».

Une table ronde ce mardi

L’OGBL Secteur financier organise, avec la participation du LCGB, une table ronde, ce mardi 15 septembre, de 17 h 30 à 19 h 30, à la Chambre des salariés (CSL), 2-4 rue Pierre Hentges à Luxembourg.

Cette rencontre réunira des salariés et des experts en droit du travail afin d’échanger sur l’évolution de l’emploi, les conditions de travail et l’avenir du secteur de l’audit au Luxembourg.

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