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«Marcher sans avoir peur» : Ask for Angela veut mobiliser contre les violences faites aux femmes


Une grande marche est prévue à Luxembourg en signe de protestation. (Photo : alain rischard)

Le 2 octobre, l’ASBL Ask for Angela invite à marcher dans la capitale pour réclamer davantage de prévention face aux violences faites aux femmes et remettre en question les conseils de sécurité qui leur sont adressés.

Le vendredi 2 octobre (journée internationale de la non-violence), une marche pacifique traversera la ville de Luxembourg sous le slogan «Les femmes devraient pouvoir marcher sans avoir peur». Organisée par l’ASBL Ask for Angela dans le cadre de sa campagne «SousRéaction», cette mobilisation entend dénoncer la logique selon laquelle les femmes devraient adapter leurs déplacements, leurs habitudes ou leur comportement pour éviter d’être agressées.

La manifestation fait suite, explique l’association, à «des affaires récentes au cours desquelles des hommes ont agressé violemment et sexuellement des femmes et des jeunes filles qu’ils ne connaissaient pas». Un triste écho aux agressions ayant eu lieu il y a quelques semaines à Bettembourg, où un jeune homme de 12 ans a été interpellé, ainsi qu’à la violente agression d’une femme, fin août, en plein cœur de la capitale. (Lire encadré ci-dessous)

Pour Ask for Angela, l’enjeu est donc de renforcer la prévention et surtout de «cesser de dire aux femmes comment elles doivent adapter leur vie et leur comportement pour se protéger».

L’association entend notamment mettre en scène, durant cette marche, des versions volontairement exagérées d’objets que les femmes sont régulièrement invitées à porter pour assurer leur sécurité. Une manière, explique-t-elle, de souligner «l’absurdité de faire peser sur les femmes elles-mêmes la responsabilité de prévenir les agressions».

266 viols enregistrés en deux ans

Ask for Angela va même plus loin et affirme n’avoir identifié au Luxembourg «aucun programme visant à prévenir les violences sexuelles en dehors du cadre domestique». L’association rappelle que le Grevio, organe d’experts du Conseil de l’Europe, avait déjà critiqué l’accent mis par le Luxembourg sur la violence domestique face à «l’absence de stratégie à long terme pour lutter contre d’autres formes de violence à l’égard des femmes».

Selon les chiffres cités dans le communiqué, la police grand-ducale a enregistré «138 viols en 2024 et 128 en 2025». L’association affirme n’avoir trouvé «aucune preuve indiquant que les autorités aient communiqué de manière proactive sur l’un de ces 266 cas à l’époque», estimant que ces affaires ont généralement été rendues publiques après des questions de journalistes.

Le document cite également le témoignage de Kelsey Hopper : le dimanche 30 août dernier à 11 h, à Hamilius, un homme l’aurait frappée puis poursuivie «le pantalon ouvert». La police «a pris les mesures qu’elle pouvait» pour finalement conseiller à la jeune femme «d’éviter le centre-ville».

Ce n’est pas à la femme qu’il incombe
de ne pas se faire agresser

Pour Terri Allington, présidente d’Ask for Angela Luxembourg, le problème est précisément de déplacer la responsabilité vers les victimes potentielles. «Ce n’est pas à la femme qu’il incombe de ne pas se faire agresser. La responsabilité incombe uniquement à l’agresseur», affirme-t-elle.

La militante dénonce également les nombreux «conseils» visant les femmes : «On ne cesse de leur dire ce qu’elles doivent emporter avec elles, par où elles doivent passer et comment elles doivent réagir lorsqu’elles sont agressées.»

Elle poursuit avec une formule volontairement ironique : «Où est l’urgence d’empêcher les hommes d’agresser en premier lieu? Le temps que je fouille dans mon sac à main à la recherche de mon sifflet magique, il est déjà trop tard.»

Pour elle, l’expérience de Kelsey Hopper illustre parfaitement les limites auxquelles peuvent être confrontées les victimes : «Lorsque la police fait ce qu’elle peut dans la mesure des pouvoirs dont elle dispose, mais que le résultat se résume à dire à une femme d’éviter le centre-ville, c’est que quelque chose ne va pas avec le système.»

L’association appelle donc le public à se mobiliser : «Nous avons besoin que le plus grand nombre possible de personnes nous consacre une heure et manifeste son soutien.» Et de conclure : «Nous ne réagissons pas de manière excessive. C’est tout le monde autour qui ne réagit pas assez.»

Une marche ouverte à toutes… et tous

Si la manifestation est centrée sur la sécurité des femmes, Terri Allington invite «les personnes de tous genres et de toutes identités» à y participer.

Le rendez-vous est fixé à 18 h 15 devant l’Hôtel des Postes à Hamilius. Aucune inscription n’est nécessaire. Le cortège empruntera ensuite «la rue Philippe-II, la Grand-Rue et la rue de la Fosse jusqu’à la place Guillaume-II (Knuedler)». La marche doit se terminer avant 19 h 30 et aucun rassemblement n’est prévu à son issue.

Les organisateurs expliquent avoir choisi de limiter l’action à une heure dans l’espoir de rendre la mobilisation accessible au plus grand nombre. «Ask for Angela fournira des pancartes, des drapeaux et des rubans.»

L’association rappelle enfin qu’elle «n’a jamais reçu de subventions publiques» et qu’elle dépend entièrement «des dons et des cotisations de ses membres».

Trois agressions à Bettembourg et Luxembourg

Ce début du mois de septembre a été marqué par deux agressions sexuelles ayant eu lieu à Bettembourg, à seulement quelques jours d’intervalle. Dans le premier cas, une jeune femme a été abordée par un inconnu, qui l’aurait saisie et prise dans ses bras. Alors qu’elle tentait de se défendre, elle est tombée au sol. Il a alors pris la fuite, mais a ensuite suivi la victime jusqu’à son appartement. Elle a dû, à nouveau, se défendre.

Quelques jours plus tard, une autre jeune femme se déplaçait à pied dans la rue Marie-Thérèse à Bettembourg lorsqu’elle a été saisie par-derrière par un inconnu qui a porté la main sur ses parties intimes. L’auteur a ensuite pris la fuite à bord d’une trottinette électrique.

Le Parquet a indiqué le 5 septembre dernier qu’un mineur de 12 ans avait été interpellé pour ces deux faits et a transmis le dossier au département de la protection de la jeunesse du parquet de Luxembourg.

Fin août, une autre agression sexuelle a eu lieu, cette fois en plein cœur de la capitale. Une femme qui regagnait son domicile a été agressée par un homme de 40 ans d’origine polonaise. Après son arrestation, ce dernier a été inculpé pour tentative de meurtre, coups et blessures volontaires, viol, atteinte à l’intégrité sexuelle ainsi que pour vol avec violences.

Alors qu’elle tentait de fuir, la victime n’a reçu aucune aide de la part des passants. Cette situation rappelle, selon Terri Allington la présidente d’Ask for Angela Luxembourg, l’importance de savoir comment réagir lorsqu’une personne demande de l’aide dans la rue. «Personne n’a besoin d’affronter physiquement un agresseur pour intervenir : appeler les services d’urgence constitue déjà une intervention.»

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