Pour la cinquième année consécutive, le nombre d’interventions de police pour violences domestiques est en hausse au Luxembourg : le reflet d’une certaine prise de conscience collective, selon les autorités.
Comme en 2024, le rapport 2025 du Comité de coopération entre les professionnels de la lutte contre la violence, qui recense les chiffres de la violence domestique collectés par la police, le parquet et les services d’assistance aux victimes, fait état d’une augmentation des interventions policières, du nombre de victimes et des expulsions.
Présenté à la presse ce vendredi, il montre à quel point le phénomène des violences intrafamiliales est répandu dans la société, devenu le quotidien des agents de police qui effectuent désormais plus de trois interventions par jour en moyenne pour ce type de faits. Dans huit cas sur dix, il s’agit de violences au sein d’un couple.
Ainsi, l’an dernier, ce sont 1 297 interventions policières à domicile qui ont été réalisées, soit le pic le plus important depuis dix ans et une hausse de 10 % par rapport à 2024.
Le rapport indique que 2 802 personnes au total ont été victimes de violences au sein de leur foyer en 2025 – des femmes dans huit cas sur dix.
334 expulsions ordonnées
Dans la foulée, les expulsions du foyer ordonnées par le parquet à l’encontre des auteurs présumés ont elles aussi grimpé, atteignant 334, soit une augmentation de 16 % par rapport à 2024 et une moyenne de 28 expulsions par mois. Dans l’immense majorité des cas (88 %), ces décisions concernaient des hommes.
Les autorités veulent y voir l’impact des campagnes de sensibilisation et un basculement des mentalités sur la question des violences.
«On le constate, de plus en plus de personnes de l’entourage, voisins, amis, proches, nous signalent des faits de violence potentiels sur une victime», rapporte Kristin Schmit, directrice centrale de la police judiciaire. «Sans oublier la croissance de la population nationale qui joue aussi mécaniquement un rôle.»

(Sources : police, parquets auprès des tribunaux d’arrondissement de Luxembourg et Diekirch)
Autre enseignement de ce rapport, en 2025, 21 % des auteurs de violences visés par une mesure d’expulsion étaient des récidivistes. Parmi eux, plus de la moitié (55 %) ne se sont pas présentés par la suite au service Riicht Eraus comme cela leur était pourtant imposé.
Des recommandations contre la récidive
D’où une étude, commandée par le ministère à un bureau spécialisé, dont les résultats sont attendus à la fin de l’année. «Ils doivent nous aider à définir des profils d’auteurs récidivistes, à analyser notre dispositif au Luxembourg et à le comparer à ceux en place dans d’autres pays», détaille la ministre de l’Égalité des genres, Yuriko Backes.
«On veut comprendre où sont les problèmes et ce qu’on peut améliorer à l’avenir dans l’encadrement des auteurs de violences récidivistes. Qu’est-ce qu’on devrait changer aussi dans notre loi? Tout cela sera passé au crible, avec des recommandations concrètes.»
Wiltz, Ettelbruck et Esch en tête

(Sources : police, Statec)
Si Esch-sur-Alzette et Luxembourg-ville concentrent logiquement le plus grand nombre d’interventions policières pour violences en tant que zones les plus peuplées du pays, le classement offre une perspective tout à fait différente en tenant compte du nombre d’habitants dans chaque ville.
À travers ce prisme, ce sont alors Wiltz, Esch-sur-Alzette et Ettelbruck qui prennent la tête. À noter que Wiltz ne figurait pas dans le rapport 2024 qui n’avait pris en compte que les 10 plus grandes villes.
Un foyer supplémentaire à Rumelange
Pour mener ses actions, la ministre peut compter sur une enveloppe budgétaire gonflée de 25 % depuis deux ans, avec 65 % des fonds affectés à la lutte antiviolences. De nouveaux moyens qui vont permettre prochainement l’ouverture d’un foyer pour femmes à Rumelange.
«Nous avons malheureusement une liste d’attente de femmes, entre 50 et 60, souvent avec leurs enfants, qui ont besoin d’un logement pour fuir des violences. Alors, pour la fin de l’année, on aura cette nouvelle maison à Rumelange en partenariat avec la Fondation Maison de la porte ouverte. En parallèle, on travaille sur un autre projet, mais celui-là va prendre encore un peu de temps», a annoncé Yuriko Backes.
Certaines mesures du Plan d’action national contre les violences de genre lancé il y a un an sont en cours d’implémentation: ainsi, les policiers bénéficient désormais de différents modules spécifiques aux violences, à l’école de police comme en formation continue.
«Avec les élèves, on travaille par exemple sur des séquences filmées de témoignages de victimes, tandis que des acteurs de terrain collaborent aussi avec nous pour partager leur expérience», explique Kristin Schmit.
«Et on a ajouté cette année des jeux de rôle pour expérimenter le ressenti des victimes lors des auditions et développer l’empathie des agents. On dispose aussi désormais de cours en e-learning obligatoires pour tous nos agents.»
Une unité spéciale pour évaluer les risques
La police peut aussi s’appuyer sur une nouvelle unité composée de cinq personnes chargées d’évaluer les risques pour chaque intervention en lien avec des violences intrafamiliales.
«Concrètement, lors de la rédaction du rapport, les agents de terrain remplissent un questionnaire qui est automatiquement envoyé à cette section. Elle décide s’il faut un suivi supplémentaire, s’il faut avertir le parquet ou procéder à d’autres mesures. Bien sûr, si on constate que l’auteur risque de causer encore plus de dommages, il y a une arrestation vue avec le parquet.»