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Échange franc entre Européens sur Ceuta


Léon Gloden. (Photo : archives editpress)

Après la crise, l’heure de la mise au point : les Européens ont échangé ce mardi 4 août à bâtons rompus pour tirer les leçons de l’épisode migratoire de Ceuta et des vives tensions qu’il a suscitées. Le ministre luxembourgeois des Affaires intérieures a salué la gestion espagnole de la crise migratoire et défendu l’espace Schengen.

Les ministres de l’Intérieur des 27 pays de l’UE ont tenu une réunion d’urgence par visioconférence quelques jours après l’arrivée en force de dizaines de milliers de personnes dans cette enclave espagnole d’Afrique du Nord.

Durant cet appel, qui a duré «plus de trois heures», les États membres «ont unanimement exprimé leur profonde solidarité envers l’Espagne», selon un premier compte rendu de la réunion.

Ils ont toutefois souligné que la communication en période de crise «pourrait être améliorée» et «qu’elle devait être plus cohérente».

Une façon feutrée, en langage diplomatique, de souligner que la coordination européenne sur ce dossier a été loin d’être optimale.

Depuis la diffusion d’images de migrants franchissant illégalement la frontière hispano-marocaine à pied ou à la nage, deux camps s’opposent.

D’un côté l’Espagne. De l’autre, les États de l’UE partisans d’une ligne migratoire très ferme, comme l’Italie ou le Danemark.

Dès les premières photos et vidéos de migrants gagnant Ceuta par tous les moyens – des images qui ont fait le tour du monde –, ces pays sont montés au créneau, déplorant qu’une «immigration incontrôlée» constitue «une menace pour l’Europe».

Ils ont dans la foulée exigé d’exclure l’Espagne de l’espace Schengen, la zone de libre circulation en Europe.

Une demande politiquement explosive, juridiquement impossible au regard du droit européen, et qui a suscité l’ire de Madrid, d’autant que la ville autonome de Ceuta n’appartient pas, par dérogation, à cet espace.

Des lettres de tous les côtés

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, a répliqué par une lettre adressée aux chefs des institutions européennes.

Dans cette missive, le leader espagnol a vertement critiqué l’attitude «égoïste» de ces pays de l’UE, et a réclamé cette réunion d’urgence à 27.

Quelques heures plus tard, contre-missive de 22 pays, emmenés par l’Italie, le Danemark, l’Allemagne ou la Hongrie, appelant eux aussi à une visioconférence d’urgence. Mais avec un objectif bien différent : continuer à défendre leur ligne de fermeté sur l’immigration.

La France ne s’est pas associée à cette initiative, estimant qu’elle revenait à instrumentaliser la situation dans l’enclave espagnole. Tout en soulignant que l’immense majorité des migrants ayant franchi la frontière avaient déjà été reconduits au Maroc.

Le Luxembourg aux côtés de Madrid

Le Grand-Duché, qui avait lui aussi refusé de signer la lettre des 22, a réaffirmé son soutien à l’Espagne. Lors de son intervention à la réunion informelle du Conseil «Justice et affaires intérieures» (JAI), le ministre des Affaires intérieures Léon Gloden a remercié l’Espagne pour sa gestion de la crise et réitéré son soutien. Il a estimé que les autorités espagnoles avaient, à tout moment, assumé leurs responsabilités vis-à-vis de l’Union européenne et de l’espace Schengen, et que la situation avait été gérée de manière rapide et efficace.

Le ministre a regretté que certains aient tenté d’instrumentaliser le débat sur Schengen sans se fonder sur des faits objectifs, alors qu’aucun migrant n’a rejoint le territoire continental espagnol et qu’il n’y a pas eu de mouvements secondaires. «Schengen et ses valeurs ne doivent pas être pris en otage», a-t-il martelé.

Léon Gloden a par ailleurs plaidé pour un renforcement continu des contrôles aux frontières extérieures afin de combattre l’immigration irrégulière, rappelant que les arrivées irrégulières en Europe ont diminué de 55 % sur les deux dernières années et déjà de 37 % en 2026. Il a enfin appelé à intensifier, à l’échelle européenne, la lutte contre la désinformation et contre les réseaux de trafiquants de migrants.

Selon le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, plus de 70 000 entrées irrégulières ont été enregistrées à Ceuta, la quasi-totalité des personnes concernées ayant été reconduites vers le Maroc en 48 heures. Le bilan humain s’établit à 75 décès selon les autorités espagnoles.

Frustration

Lors d’une réunion entre ambassadeurs lundi, l’Espagne avait, selon une source diplomatique, déjà «exprimé sa frustration sur le manque de solidarité» venant de certains pays de l’UE.

Plusieurs États membres s’étaient interrogés en retour sur le signal envoyé par Madrid, jugeant que certaines décisions récentes, à commencer par son vaste programme de régularisation des sans-papiers, avaient pu donner l’impression que «les portes étaient ouvertes».

À rebours de l’Espagne, Bruxelles a déjà nettement durci ses règles en matière d’immigration, autorisant notamment ses États membres à envoyer des déboutés d’asile dans des centres en dehors des frontières de l’UE, les fameux «hubs de retour».

Une idée que certains États membres poussent à fond, avec pour projet de nouer de premiers accords d’ici la fin de l’année. Parmi les pistes envisagées : le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana ou encore l’Ouzbékistan.

(LQ/AFP)

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