Dans son guide salarial consacré aux métiers de la finance, le groupe de chasseurs de têtes Morgan Philips ne peut ignorer que les femmes sont moins bien représentées.
Le cabinet de recrutement n’en est pas à sa première étude : après son Banking Salary Guide, il dresse un nouveau tableau, cette fois-ci sur les métiers de la finance dans les secteurs secondaires et tertiaires au Luxembourg. Premier constat : les postes financiers sont soumis à des contraintes de plus en plus exigeantes. Les employeurs de l’industrie, des services et de la tech attendent de leurs équipes qu’elles combinent davantage précision technique, compréhension des réalités économiques et capacité à fournir rapidement des informations fiables, dans un contexte de pression sur les coûts et de transformation continue due à l’omniprésence de l’intelligence artificielle.
L’automatisation rebat les cartes des ressources humaines, qui n’ont jamais aussi bien porté leur nom. Le rapport focalise alors l’attention des directions financières luxembourgeoises sur la nécessité «d’attirer des profils hybrides orientés data, à la croisée de la finance et de la technologie». Entre obligation de performance opérationnelle et rôle de conseil à la direction, les chasseurs de têtes sont donc en quête du mouton à cinq pattes, qui vaut son pesant d’or. Or tous les joueurs ne sont pas dans la même cour : les organisations plus grandes et plus complexes proposent généralement des salaires supérieurs à la médiane du marché et attirent les talents les plus cotés, tandis que les services industriels et commerciaux sont plus prudents et rétifs à la dépense.
Plafond d’argent
Les fiches de poste éditées dans ce premier Salary Guide – In-house Finance Roles sont manifestement instructives. D’abord parce qu’on y lit explicitement le même déséquilibre entre les sexes que dans le secteur bancaire. Les postes à hautes responsabilités sont de toute évidence confiés majoritairement aux hommes : direction fiscale (74 %), direction administrative et financière (71 %), direction de la trésorerie (63 %) ou de la comptabilité (60 %), le milieu de l’argent est masculin. Celui où l’on prend les décisions aussi, visiblement.
Et à y regarder de plus près, au niveau du bulletin de salaire, cela se ressent… Qui dit plus grandes responsabilités dit certes meilleure rémunération, mais en comparant les différents métiers de la finance en tension, on s’aperçoit également que les femmes sont surreprésentées dans les postes les moins bien payés. Les comptables (à 70 % des femmes) peuvent espérer un salaire entre 39 000 euros annuels (junior) et un plafond de verre estimé à 55 000 euros annuels (senior), qui s’étire péniblement à 70 000-100 000 euros pour un comptable général (mais on tombe alors à 59 % de femmes). De l’autre côté, un spécialiste en fusions-acquisitions (dont 72 % sont des hommes) va pouvoir prétendre en début de carrière à 55 000-70 000 euros annuels contre 120 000 euros annuels après six ans d’expérience.
Le guide du cabinet de recrutement n’a pas pour objectif d’analyser ces écarts, il ne donne que les chiffres bruts : à chacun de tirer les conséquences qui s’imposent et de se débarrasser définitivement des carcans idéologiques tenaces qui maintiennent aussi certains secteurs en tension. Il sera par exemple édifiant de constater que parmi tous les métiers de la finance, ceux présentant les taux de rotation du personnel les plus bas, donc les plus efficients, sont précisément… les postes occupés en majorité par des femmes.