Ce jeudi, l’Adem et La Provençale ont célébré dix ans de partenariat pour former et recruter des chauffeurs-livreurs. Un parcours dont le succès ne se dément pas et qui pourrait encore être amélioré.
Depuis sa création en 1969, avec un magasin de vente au détail au centre-ville de Luxembourg, la petite entreprise familiale a fait du chemin: avec plus de 1 700 collaborateurs, La Provençale est aujourd’hui le grossiste en alimentation générale incontournable de la Grande Région, livrant chaque matin plus de 40 000 références aux professionnels de l’Horeca.
Des tournées assurées par 370 chauffeurs-livreurs qui sillonnent quotidiennement les routes de Belgique, de France, d’Allemagne et du Grand-Duché, depuis Leudelange jusqu’à Liège, Coblence ou Nancy.
Un défi pour Georges Eischen, l’un des trois associés-gérants, alors que la marque est régulièrement confrontée à des difficultés de recrutement dans sa branche transport et logistique. «Pour passer un permis C, il faut débourser au minimum 1 800 euros et se libérer du temps. Or peu de candidats peuvent se le permettre, ce qui alimente la pénurie de chauffeurs-livreurs.»
D’où une prise de contact avec l’Adem dès 2013, dans l’idée de faciliter la formation et l’embauche de chauffeurs poids lourd au sein de la société. Une collaboration inédite s’engage alors, avec le Centre national de formation professionnelle continue (CNFPC) en appui, ainsi que le Centre de formation pour conducteurs (CFC) et une auto-école. Une première session de formation est lancée en 2016.
Une présélection indispensable
«L’Adem sélectionne d’abord 200 personnes pour participer à une séance d’information. Environ 50 d’entre elles sont ensuite conviées à des ateliers de recrutement et une trentaine effectuent un stage de deux semaines aux côtés de nos chauffeurs pour s’imprégner du métier», explique-t-il.
À l’issue de ces étapes, une quinzaine de candidats intègrent la formation avec passage du permis C et formation théorique de quatre semaines au programme. Le tout intégralement financé par l’Adem. Avec des résultats : ces dix dernières années, 120 demandeurs d’emploi ont réussi leur apprentissage et 38 chauffeurs-livreurs de La Provençale, soit 13 % de l’effectif concerné, sont issus de ce dispositif.
«Ce qui a une valeur supplémentaire pour nous, c’est qu’ils sont tous résidents. On peut donc les faire rouler à l’étranger, contrairement à nos chauffeurs frontaliers – plus de la moitié de l’équipe – qui sont strictement limités dans leurs déplacements hors du Luxembourg par les règles européennes.»
Des employés rémunérés directement au salaire minimum qualifié, une façon pour l’entreprise de valoriser leur engagement, avec des perspectives d’évolution réelles : «Notre responsable logistique a démarré en tant que chauffeur. Il dirige aujourd’hui 500 personnes.»
«Plus de temps pour ma famille»
Même trajectoire pour Rui, 31 ans, entré à La Provençale en 2017 grâce à la formation de chauffeur-livreur et passé au bureau expédition depuis un an. «J’avais commencé ma carrière dans la restauration, mais au moment de devenir papa, les horaires décalés et les coupures dans la journée sont devenus difficiles à gérer», raconte-t-il.

Rui a déjà évolué depuis son arrivée, il est affecté au bureau expédition. (Photo : didier sylvestre)
«Je me suis inscrit à l’Adem, qui m’a proposé de devenir chauffeur-livreur, et j’ai foncé! Ça m’a permis d’avoir un emploi stable, plus de temps pour ma famille, et puis, quelque part, de rester en contact avec les restaurateurs.»
Quand je suis en congé,
j’avoue que mon camion me manque!
Un chemin que ne souhaite pas suivre pour l’instant son collègue Bruno, 30 ans. Lui a rejoint l’équipe il y a moins de trois ans : «J’assurais des missions de déménagement, mais ça ne me convenait plus. J’avais pensé à passer le permis poids lourd parce que j’avais entendu qu’il y avait des offres dans ce domaine, mais je manquais de ressources. C’est l’Adem qui m’a orienté vers La Provençale.»
Le lever à 4 h 30 ou les cinq heures de route pour livrer ses clients en Allemagne ne sont pas un problème pour le jeune homme, au contraire : «Quand je suis en congé, j’avoue que mon camion me manque! (il rit) J’adore conduire sur de longues distances et ma tournée longe la Moselle, donc je profite de beaux paysages.»
Un travail physique aussi, il ne le cache pas, entre chargements et déchargements : «Il faut faire très attention à ses gestes, ses postures, prendre soin de son dos. Bien sûr, il y a des journées plus dures que d’autres», reconnaît-il.
Deux pistes concrètes d’amélioration
Les bons résultats de ce partenariat avec l’Adem n’empêchent pas Georges Eischen de pointer certaines problématiques constatées sur le terrain au fil de ces dix ans, qui mériteraient d’être explorées.
D’abord, une fois la formation bouclée, un tiers des 120 chauffeurs a choisi de ne pas signer avec La Provençale. «Ça reste positif, puisqu’ils ont certainement trouvé du travail ailleurs, mais peut-être pourrait-on demander à l’avenir une durée d’engagement minimum chez nous?»
Ensuite, alors que la formation initiale minimum obligatoire pour le permis C peut s’étirer sur plusieurs mois en fonction des disponibilités du CFC, certains demandeurs d’emploi arrivant en fin de droits perdent leurs indemnités chômage.
«Ils n’ont alors pas d’autre choix que de laisser tomber la formation et de se tourner vers un autre job. Ces profils devraient pouvoir bénéficier d’une priorité au CFC», propose le patron.
Prochaine session en septembre
Des doléances entendues ce jeudi par la directrice de l’Adem, Isabelle Schlesser. Pour elle, ces formations taillées sur mesure en fonction des besoins des entreprises sont la clé, alors que le marché du travail regorge d’offres qui ne trouvent pas preneur, faute de profils adéquats.
En 2025, près de 10 000 demandeurs d’emploi ont bénéficié d’une ou plusieurs formations financées par l’Adem, soit 20 % des inscrits. Les formations sur mesure, comme celle proposée pour La Provençale, sont celles qui affichent le taux le plus élevé de placement, avec 80 % des participants intégrés à l’entreprise dans la foulée. Il en existe actuellement 35 suivies par 1 000 demandeurs d’emploi l’an dernier.
À ce jour, 25 sociétés sont labellisées «Partenaire pour l’emploi» au Luxembourg : «Il s’agit de grandes entreprises qui s’engagent chaque année à embaucher un certain nombre de demandeurs d’emploi. La Provençale en fait partie : sur l’ensemble de ses salariés recrutés en 2025, 35 % étaient des personnes inscrites à l’Adem», salue-t-elle.
Dès le mois de septembre, une nouvelle session de formation de chauffeur-livreur sera lancée, tandis qu’un nouveau parcours polyvalent dédié aux métiers de la boucherie est en cours, avec déjà des résultats encourageants.