Accueil | A la Une | Lorraine : elle vit avec le cœur d’un autre

Lorraine : elle vit avec le cœur d’un autre


Sarah avec ses deux enfants : "J'ai du attendre plus de deux mois après l'opération pour pouvoir les reprendre dans mes bras" (Photo : Républicain Lorrain).

Il y a trois mois, Sarah Kasprzak-Bussei a subi une greffe du cœur. L’habitante de Mercy-le-Bas raconte.

Elle a le sens de la formule : «Quelqu’un m’a dit qu’on m’avait changé un muscle. C’est ça. Alors je rassure tout le monde, je suis toujours la même, avec le même cerveau!» Un muscle certes, mais un muscle avec aorte, valves et ventricules. Que l’on a sorti de la cage thoracique de cette jeune femme de 33 ans pour y déposer un autre, plus vaillant. Une intervention aussi physique que chargée en symbolique. Sarah sourit… «J’aime bien l’idée du muscle, vraiment. Elle me rappelle que j’aime et ressens les choses avec ma tête, pas avec mon cœur. On me demande souvent ce que ça fait d’avoir celui d’une autre personne. Pour résumer simplement, je suis comme une femme enceinte à vie. J’enlève la croûte du fromage, je lave mes fruits et légumes, je mange sans sel, sans sucre et je bois de l’eau tout le temps. En bonus, j’avale une vingtaine de cachets par jour et les effets secondaires qui vont avec!»

«Des SMS à mes proches»
Il y a trois mois, Sarah Kasprzak-Bussei, originaire du pays de Briey, a dû abandonner à leur père et à leurs grands-parents ses deux bambins de 4 ans et 7 mois. Le 23 avril, à 3 h du matin, son téléphone a sonné. «Je savais que c’était LE coup de fil. Mon mari a appelé l’ambulancier et je suis partie à Strasbourg. En chemin, j’ai écrit des SMS à mes proches, ces choses qu’on ne dit jamais, au cas où…» La mère de famille est alors au bout d’un processus long et douloureux qui l’a vue encaisser mille examens nécessaires au protocole prégreffe. Deux mois plus tôt, alors hospitalisée à Belle-Isle, à Metz, on lui a annoncé l’état précaire d’un cœur en fin de battements. «J’ai fondu en larmes, je ne m’attendais pas à ça. Aujourd’hui encore, on n’a pas vraiment d’explications… Est-ce mes problèmes du passé, les deux grossesses? Mon cardiologue a dit qu’il n’avait jamais vu pareil cas en 42 ans.»
La jeune femme sort son carnet de santé. Bleu à topographie blanche et aux feuilles jaunies. Un pédiatre y a annoté une pneumopathie, trois décennies en arrière. Elle avait alors 4 mois. «J’ai toujours été suivie, j’ai eu des traitements mais jamais on n’a évoqué une future transplantation. J’ai réclamé, lorsque j’avais 20 ans, de savoir où cela allait me mener, je n’ai pas eu de réponse.»
C’est lors de la seconde grossesse de Sarah que les choses se sont méchamment gâtées. À cinq mois et demi, la maman souffre d’une fatigue aiguë, ses vomissements sont quotidiens. «J’ai tout mis sur le compte de la grossesse.» Ce sera pire après la césarienne. Jusqu’à ce qu’elle investisse les urgences de Briey. «J’avais de l’eau dans les poumons, une fréquence cardiaque élevée. Je dormais assise pour pouvoir respirer.»
Retour chez le cardiologue qui préconise la pose d’un défibrillateur, début janvier. «C’était l’enfer ce truc. J’étais épuisée.» La toux secoue alors ses jours et ses nuits. «On m’a reçue de nouveau, j’étais blanche comme une morte. Et j’ai fini à Metz pendant trois semaines. Où on m’a enlevé le défibrillateur et où j’ai eu droit à la grande nouvelle!»

Réorganisation de la famille
Trois mois que la transplantation cardiaque a eu lieu. Matt et la petite Lise ne lâchent plus leur mère depuis que les médecins l’ont rendue aux siens. «Ça a tardé un peu, à cause de l’état de mon thorax. Je n’avais pas le droit de porter les enfants. Cette période a été difficile. Pas seulement pour moi. Toute la famille a dû s’organiser pour gérer les enfants. Mon mari allait travailler, me rendait visite à Strasbourg, rentrait voir les petits! J’ai beaucoup de chance d’avoir tous ces gens autour de moi. Comme celle d’avoir rencontré ces médecins qui m’ont sauvé la vie.»
Du donneur, elle ne sait évidemment rien, mais le thème, lui, l’inspire beaucoup désormais. «C’est difficile d’entendre des gens affirmer qu’ils ne veulent rien donner après leur mort. Je me demande ce qu’ils feront de tout ça, en boîte.» Ironie du sort, la receveuse s’est faite donneuse elle aussi : «On a pris les deux valves de mon cœur, comme quoi, tout n’était pas à jeter!» Le sens de la formule. Et le goût de la vie.

Saada-G. Sebaoui (Le Républicain Lorrain)

PUBLIER UN COMMENTAIRE

*

Votre adresse email ne sera pas publiée. Vos données sont recueillies conformément à la législation en vigueur sur la Protection des données personnelles. Pour en savoir sur notre politique de protection des données personnelles, cliquez-ici.