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13,5 millions d’euros et un plan d’attaque pour ouvrir la culture à tous


Pour le ministre, «la culture façonne le vivre-ensemble, renforce l'identité et ouvre nos horizons.» (Photo: fabrizio pizzolante)

«C’est un choix politique clair», a insisté Eric Thill ce mardi, en déroulant sa stratégie d’accès à la vie culturelle pour tous, dotée d’une enveloppe conséquente.

Annoncé en juin 2025, dans la foulée des assises qui avaient rassemblé 300 acteurs culturels, sociaux et institutionnels à Ettelbruck, voilà le premier plan d’action national «Accès à la culture» sur les rails. Le ministre de la Culture en a dévoilé les grandes lignes ce mardi.

Au menu, pas moins de 99 actions concrètes, censées venir à bout des multiples barrières qui se dressent quand il s’agit de participer pleinement aux activités culturelles, comme le manque d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, les facteurs socio-économiques, le sentiment de non-appartenance ou encore la concentration de l’offre dans la capitale.

«Dans les études que nous avons menées, ce qui est beaucoup revenu, ce sont les difficultés dans les régions, par rapport à l’offre très diversifiée en ville ou dans le sud du pays. Le manque de communication et de visibilité a également été cité. En parallèle, les résidents manifestent un réel intérêt pour la culture : 82 % estiment qu’elle a un grand rôle dans leur vie quotidienne», détaille le ministre.

9 millions débloqués jusqu’à 2028

Tous ces points critiques vont donc faire l’objet d’efforts ciblés, avec un budget revu spécialement à la hausse. «Pour financer ce plan, une enveloppe de 13,5 millions d’euros sur cinq ans a été ajoutée au budget actuel du ministère, dont 9 millions qui seront débloqués pour les années 2026, 2027 et 2028».

Construit en concertation avec les professionnels du milieu, le plan veut d’abord «imposer la culture comme vecteur d’inclusion, en renforçant la participation citoyenne et en valorisant la diversité».

Un conseil consultatif sera chargé d’échanger régulièrement autour des initiatives en matière d’accès à la culture et récompensera les meilleures pratiques avec la remise d’un prix.

Le Kulturpass offre l’accès gratuit à une vingtaine de musées. (Photo : julien garroy)

Le Kulturpass – qui ne bénéficie aujourd’hui qu’à 12 % des personnes éligibles – sera attribué automatiquement aux personnes concernées, comme d’autres pays le font déjà.

«Nous allons proposer le Kulturpass sur le guichet unique social, pour éviter trop de démarches administratives, et on va aussi distribuer plus d’informations à propos de ce dispositif, notamment avec un guide pratique, car certaines personnes n’ont aucune idée que ça existe.»

Les avantages du Kulturpass

Nominatif, valable deux ans, le Kulturpass permet l’accès gratuit à une vingtaine de musées sur tout le territoire et l’accès à 1,50 euro à des événements culturels (musique, théâtre, exposition, danse, cinéma, festival) organisés par des partenaires. Il est ouvert à toute personne, adulte ou enfant, bénéficiaire de certaines aides publiques (liste complète sur le site).

kulturpass.lu

En termes de visibilité, l’information culturelle sera davantage «structurée, accessible et ouverte à tous», promet le plan. Cela passera notamment par le développement accru de la plateforme nationale culture.lu, intégrée au réseau du Luxembourgticket GIE depuis 2024.

Alors qu’une brochure spécifique remise directement par les communes fera la promotion des activités culturelles auprès des nouveaux résidents, les frontaliers, les jeunes et les bénéficiaires du Kulturpass seront visés par un programme annuel baptisé Kultur fir jiddereen (Culture pour tous).

Pour garantir un aménagement culturel équitable aux quatre coins du pays, des aides financières seront accordées aux communes et associations pour encourager les projets culturels régionaux et soutenir l’adaptation et l’accessibilité des lieux et équipements.

Les enseignants mobilisés

Pour «faire de la culture un pilier éducatif», le plan s’appuie entre autres sur la plateforme Kulturama, qui met en contact des enseignants avec des experts de différents domaines (théâtre, littérature, danse, musique, cinéma, arts plastiques) pour réaliser des projets créatifs avec leur classe.

Tandis qu’au lycée, le nouveau programme CreativeLab propose depuis peu des activités créatives en dehors des cours.

La coordination et le suivi du plan d’action ont été confiés à un comité de pilotage, en attendant un premier bilan début 2028, puis une analyse finale dans cinq ans, doublée d’une étude externe pour mesurer les effets structurels sur l’écosystème culturel luxembourgeois.

De l'art sur ordonnance

Eric Thill veut introduire au Luxembourg le concept de «culture sur ordonnance» pour accompagner certains patients dès 2028. «Des études à l’étranger donnent des informations très concrètes sur le fait que la culture est bénéfique pour la santé des gens. C’est vraiment ce qu’on imagine, c’est-à-dire la prescription par un médecin d’une activité culturelle, musée, concert, ou autres, pour aller mieux», décrit le ministre.

Nadine Erpelding, responsable de l’accès à la culture et du développement des publics au ministère, qui a travaillé sur le sujet, explique que plusieurs pays disposent depuis longtemps de ce genre de système.

«La Grande-Bretagne fait partie des précurseurs. Ils ont compris il y a déjà 40 ans le lien entre activités culturelles et bien-être, y compris en matière de prévention. On peut aussi citer le Canada, ou la France, qui propose la culture sur ordonnance depuis une vingtaine d’années à des groupes, via certains hôpitaux ou structures de santé, en collaboration avec des associations ou des institutions culturelles.»

Musées et médecins collaborent à Bruxelles

«D’autres pays testent actuellement le dispositif. C’est le cas de la Belgique, avec un projet pilote à Bruxelles, entre le musée des Beaux-Arts et des médecins généralistes. En Grèce, ils viennent de boucler un projet sur cinq ans, porté uniquement par le ministère de la Culture, dont la moitié du budget est dédiée à la recherche sur les effets produits sur les participants.»

C’est un rapport de l’OMS, publié en 2019, qui a changé la donne et fait passer la culture sur ordonnance dans une autre dimension. «Ce rapport, basé sur énormément d’études médicales, documentait pour la première fois l’impact de la culture sur la santé. Pas seulement mental, mais aussi physique. Ce qui a poussé la Commission européenne à analyser comment la culture pourrait contribuer à répondre aux grands défis sociaux d’aujourd’hui.»

Un premier colloque en 2027

Un groupe de travail européen, dont elle a fait partie, a alors formulé une série de recommandations pour une politique commune mêlant culture et santé. Un aspect qui suscite ces dernières années un intérêt grandissant en Italie, dans les pays de l’est de l’Europe, et donc au Luxembourg.

Soutenu dans cette démarche par sa collègue Martine Deprez au ministère de la Santé, Eric Thill a déjà son calendrier. Il annonce un colloque en 2027, réunissant acteurs de la santé et de la culture, pour analyser ce qu’il est possible de mettre en place. L’idée étant d’aboutir à un projet pilote qui puisse être déployé dès l’année suivante, il l’espère.

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