Après plusieurs mois d’étude, neuf projets de recherche et développement dans le domaine de la défense ont été retenus par le gouvernement, avec en fil rouge le recours à l’IA et une volonté de renforcer la sécurité extérieure.
Lancé en juillet 2025 par la direction de la Défense, le ministère de l’Économie et le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, en collaboration avec le Fonds national de la recherche et Luxinnovation, l’appel à projets avait pour objectif affiché de «promouvoir les capacités d’innovation de l’industrie et de la recherche du Luxembourg», tout autant, voire moins, que de faciliter l’intégration des acteurs de la défense nationale au niveau de l’Union européenne ou de l’OTAN. Et les axes prioritaires vont dans ce sens, c’est dans l’air du temps, dans la logique de la nouvelle «Stratégie industrie de défense du Luxembourg» et dans le discours sur l’état de la Nation : cybersécurité, espace, matériaux innovants, automatisation et, bien évidemment, intelligence artificielle.
Parmi les projets proposés par des consortiums d’entreprises et de centres de recherche, neuf ont été retenus : le LIST cofinancera cinq d’entre eux, le département SnT de l’université du Luxembourg sera partenaire des quatre autres. En dénominateur commun, le recours à l’intelligence artificielle, aussi variés que soient les domaines ciblés en matière de défense. Le programme va de la détection de drones à la protection face au brouillage de nos satellites, en passant par une cartographie 3D, un suivi en temps réel des mouvements militaires ou encore un bouclier thermique fabriqué à partir de déchets militaires.
«Garantir la sécurité euro-atlantique»
Il est certain que les propos de la ministre de la Défense, Yuriko Backes, ont une portée significative dans le contexte international troublé : «La recherche et le développement de technologies de pointe ne sont pas une option, mais une contribution essentielle pour garantir la sécurité euro-atlantique.»
Que ses homologues de l’Économie, des PME, de l’Énergie et du Tourisme ou de la Recherche et de l’Enseignement supérieur se réjouissent avec elle de l’esprit d’innovation des projets sélectionnés, du dynamisme de nos entreprises et de l’excellence scientifique de notre recherche publique, rien à redire. En cette période de sinistrose, le patriotisme industriel et technologique est bon à prendre. Mais la petite musique qui monte peu à peu émet quelques dissonances et force l’inquiétude.
L’IA, pointée du doigt par les uns, est portée aux nues par les autres. Les Affaires étrangères plaident pour la paix et la diplomatie, mais les instances internationales nous obligent à investir massivement dans l’effort de défense national : cet appel à projets exclusivement sur le sujet de la défense était d’ailleurs inédit. Afin de «répondre aux nouvelles exigences de l’OTAN dans le cadre de l’engagement pris par tous les Alliés au sommet de La Haye d’investir 3,5 % dans les besoins essentiels en matière de défense d’ici 2035.» Quant à l’Union européenne, elle exige que chaque État membre investisse «au moins 2 % de l’effort de défense national dans des projets de R&D», rappelle le gouvernement. Il flotte comme un air de risque d’ingérence extérieure.