Considéré comme l’un des plus grands films d’action et de science-fiction, Terminator 2 : Judgment Day revient une nouvelle fois en salles pour ses 35 ans. Analyse.
Il y a des scènes, des gestes qui marquent et restent en tête, même 35 ans après : une course-poursuite sur les rives bétonnées de la Los Angeles River, un hélicoptère assiégé par une moto, un méchant flic à l’état de flaque qui se reconstitue, des fusils à pompe que l’on recharge d’une seule main, un gros costaud en Harley, en cuir et en Ray-Ban, la musique de Guns N’ Roses et, bien sûr, une réplique devenue culte («Hasta la vista, baby»). Non, Terminator 2 : Judgment Day n’est pas un film comme les autres. Pour beaucoup, il est même ce que l’on a fait de mieux dans le cinéma d’action et de science-fiction, à une époque où le blockbuster savait conjuguer effets spéciaux et qualité narrative. Au point de dépasser son prédécesseur, ce qui est rare en la matière.
Comme avec cette saga (de six films – un septième est envisagé), il est question de sauts dans le temps, revenons des décennies en arrière. Un premier volet est sorti en 1984, posant les bases d’une histoire anxiogène aux airs apocalyptiques et aux échos contemporains : le 29 août 1997, des bombes nucléaires s’écrasent un peu partout sur Terre. Le monde est détruit par des machines contrôlées par une IA (Skynet). Mais trois décennies plus tard, l’humanité s’accroche encore. Un cyborg est alors envoyé dans le passé pour éliminer Sarah Connor, la mère du chef de la résistance. Le film, apparenté au genre slasher, plaît. Le public, lui, découvre un réalisateur (James Cameron) et un duo de choc (Arnold Schwarzenegger-Linda Hamilton).
Effets miroirs et retournements
Pour des raisons de droits et d’envies, la suite met du temps à se dessiner, avant que tout ne s’enchaîne : sept semaines pour écrire le script, un montage qui se fait au pas de course et, au bout, un budget qui explose (plus de 100 millions de dollars, soit le film le plus cher du monde à l’époque). Mais en réponse, le succès est colossal : 520 millions de recettes au box-office mondial (sans compter sa reprise en 2017) et 36 récompenses (dont quatre Oscars). Un tour de force qui, surtout, va faire des petits les années suivantes, notamment en raison de l’usage pionnier des images de synthèses (CGI), d’abord novateur avant de devenir systématique à Hollywood et ailleurs (cf. Jurassic Park ou la naissance de Photoshop). Mais résumer Terminator 2 à ses images avant-gardistes, ses cascades et ses explosions serait réducteur. Il est avant tout la marque d’un grand cinéaste.

Photo : studio canal
À l’heure où les films d’action et de superhéros s’enchaînent et se multiplient dans une même pauvreté scénaristique, avec T2 (pour les intimes), James Cameron affirme les bases de son cinéma, fait d’effets miroirs et de retournements de situation – soit des mondes que tout oppose au départ mais qui se mélangent quand même, procédé employé aussi bien dans Avatar, Abyss, Alien ou Titanic. Ainsi, ici, de réguliers clins d’œil ramènent au premier volet (de la première scène à différentes répliques) pour mieux imposer un contre-pied. Incarnation de ce jeu trouble, le T-800, robot porté par l’acteur autrichien qui passe du statut de tueur impitoyable à celui de protecteur, voire de figure paternelle pour le jeune John (Edward Furlong). Il se dit d’ailleurs qu’Arnold Schwarzenegger était livide à la lecture de l’histoire.
Il n’y a pas de fatalité
Idem pour sa nouvelle alliée, Sarah Connor, ex-serveuse traquée et vulnérable transformée là en une guerrière d’élite, athlétique, hyper-entraînée et habitée par une rage. Bref, une volte-face qui rabat les cartes et impose un symbole : la machine devient humaine, et l’humain devient machine, principe résumé dans la dernière phrase du film : «Si une machine peut apprendre la valeur de la vie humaine, peut-être qu’on le peut aussi». Une référence aussi, en creux, à deux autres piliers du cinéma : The Wonderful Wizard of Oz (1939), avec son homme de fer blanc qui réclame un cœur, et 2001: A Space Odyssey (1968) et son IA HAL 9000 aux émotions sensibles. Difficile, par contre, de parler de film féministe : le cachet touché par Linda Hamilton sera quinze fois inférieur à celui de son homologue masculin et elle ne sera jamais récompensée pour son rôle, pourtant de haute tenue.

Photo : studio canal
Le film de James Cameron, derrière la pyrotechnie, est donc bien plus subtil qu’il n’y paraît, questionnant la morale, l’humanité et ce que l’on appelle le déterminisme. Quand son héroïne barre d’un coup de couteau l’expression «No Fate», elle affirme clairement qu’il n’y a pas de fatalité et que l’avenir peut être réécrit. Un message qui fait sens encore aujourd’hui, où les craintes d’effondrement (politiques, technologiques, environnementales) sont aussi perceptibles que celles ressenties à l’aube de l’an 2000. Pour tout ça, Terminator 2 : Judgment Day reste d’une rare pertinence et d’une actualité brûlante. Son réalisateur ose même spoiler : «À la fin, ce sont les gentils qui triomphent de la superintelligence artificielle! C’est peut-être là un message d’espoir dont nous avons tous besoin».
Terminator 2 : Judgment Day, de James Cameron.
Kinepolis Belval (en 2D)
Kinepolis Kirchberg (en 2D et 4Dx3D)