On y produit 2,5 millions d’instruments par an… Zheng’an, une petite ville montagneuse, est devenue en dix ans la «capitale de la guitare» et l’un des symboles de l’efficacité de la stratégie industrielle chinoise. Un succès bien orchestré. Découverte.
Sculpture de guitare géante, fresques de guitares sur les murs et même poubelles en formes de guitares… En Chine, la verdoyante petite ville montagneuse de Zheng’an affiche fièrement sa spécialité. Une guitare sur sept vendue dans le monde est ainsi produite dans cette cité de la province du Guizhou, dans le sud. Pourtant, cette industrie n’y existait pas il y a encore dix ans.
Comme celle-ci, la Chine compte des centaines de villes spécialisées dans la fabrication d’un produit spécifique, du vélo aux chaussettes. L’essor spectaculaire de Zheng’an illustre l’efficacité de la stratégie industrielle chinoise quand investissements locaux et centraux s’allient pour optimiser les atouts du territoire. Ainsi, longtemps, ses habitants sont allés travailler plus au sud dans les usines du Guangdong, principal pôle industriel de la Chine.

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Zheng Chuanjiu en a fait partie, avant d’y monter sa propre entreprise de fabrication de guitares, à Canton, la capitale provinciale. «Les affaires tournaient bien à l’époque et la plupart de nos employés à Canton habitaient Zheng’an», raconte ce dernier, fondateur de Shenqu Guitar. En 2012, les autorités de Zheng’an ont lancé un programme pour inciter les ouvriers qualifiés à rentrer et créer leur entreprise. «Ils voulaient qu’on revienne et qu’on développe l’industrie», se souvient-il.
Shenqu Guitar est devenu le premier fabricant à s’installer dans la nouvelle zone économique de Zheng’an. «Ce retour a apporté une main-d’œuvre plus stable et de meilleures perspectives de développement», explique encore le fondateur. «Après plusieurs années ici, beaucoup d’amis ont vu que je réussissais et sont venus me rejoindre pour développer la filière.»
Partout dans les rues, on voit des gens porter des étuis à guitare
Des rangées interminables de guitares terminées attendent entre les murs de l’entreprise un dernier contrôle avant leur expédition. «Pourquoi partir au loin quand on peut travailler au pays?», interroge une banderole dans l’usine. En une décennie, 87 marques locales sont nées sur le pôle industriel. Les autorités ont attiré les entreprises avec des incitations financières, des facilités fiscales et des aides à l’emploi. Certaines ont obtenu trois ans d’exonération d’impôts et dix ans de loyer gratuit.
Zheng’an a, en outre, bénéficié de ses avantages naturels : le climat y est parfait pour fabriquer des guitares, selon le maître luthier Zhang Weiyi, qui y a transféré son entreprise de Canton en 2019. «Que le secteur soit grand ou petit, qu’il ait un impact ou non, peu m’importe!», assure l’artisan âgé de 50 ans en ponçant soigneusement un morceau d’os de bœuf, l’ajustant à la guitare sur mesure qu’il fabrique à la main. «Mes clients sont tous des habitués», souligne-t-il.

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Zhang Weiyi crée environ 150 instruments par an. Zheng’an dans son ensemble en produit quelque 2,5 millions, selon les autorités. Une véritable «capitale des guitares», clament les bannières dans les rues. Elle a ainsi exporté en 2025 pour environ 248 millions de yuans (soit 32 millions d’euros) de guitares dans plus de 40 pays. La simplification des procédures de remboursement des taxes à l’exportation fait aussi partie des avantages offerts aux entreprises locales.
Entre janvier et juillet 2025, les entreprises locales ont bénéficié de 147 millions de yuans (19 millions d’euros) d’allègements et d’exonérations fiscales. Des partenaires commerciaux de la Chine comme les États-Unis et l’Union européenne qualifient de déloyales les subventions et autres aides d’État chinoises, en particulier dans des secteurs comme les véhicules électriques et les panneaux solaires.
Mais selon Dong Xuebing, économiste à l’université du Zhejiang, la promotion de filières régionales comme à Zheng’an est essentielle pour freiner la fuite des populations vers les métropoles et dynamiser des territoires longtemps négligés. Pour les habitants, les retombées dépassent le simple aspect économique. «L’ambiance qui règne ici est vraiment agréable», estime Zhang Weiyi, le maître luthier, en évoquant les mélodies qui résonnent sur la place principale. «Partout dans les rues, on voit des gens, grands et petits, porter des étuis à guitare, probablement en route pour leur cours.»