L’inflation a grimpé en août à son niveau le plus élevé depuis trois ans au sein de la zone euro, en raison de la remontée des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient, confortant les attentes d’un nouveau tour de vis de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine prochaine.
Ainsi, selon Eurostat, la hausse des prix de l’énergie dans la zone euro a accéléré à 14,3 % en août, contre 10,3 % le mois précédent.
Les prix des biens industriels ont participé beaucoup plus modestement au mouvement, ressortant en hausse de 1,2 %, contre 0,9 % en juillet.
A l’inverse, les prix des services ont décéléré à 3 % (-0,3 point), tandis que ceux de l’alimentation se sont maintenus à +1,2 %.
L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix des biens les plus volatils (dont l’énergie et l’alimentation), a quant à elle légèrement ralenti à 2,4 % sur un an (-0,1 point).
En mai dernier, l’inflation dans la zone euro avait atteint un pic à 3,2 % dans le sillage du conflit au Moyen-Orient, avant de redescendre sous la barre de 3 % grâce à un apaisement temporaire des prix du pétrole.
Tensions sur les prix des carburants
Mais l’échec de l’accord qui avait été négocié entre Téhéran et Washington pour tenter de mettre fin à la guerre en cours depuis fin février a relancé les tensions sur les prix des carburants.
Selon les économistes, la remontée de l’inflation ne fait qu’accroître les attentes d’un durcissement de la politique monétaire conduite par la BCE.
Celle-ci, qui avait procédé en juin à sa première hausse de taux depuis 2023, portant son taux de référence à 2,25 %, devrait récidiver lors de sa prochaine réunion de politique monétaire programmée la semaine prochaine.
Mais elle ne pourrait pas s’arrêter là, avance Kamil Kovar, économiste en chef pour la zone euro chez Moody’s Analytics, pour qui « la probabilité d’une hausse supplémentaire des taux en décembre a augmenté à 50/50″.
Plus circonspect, l’économiste Leo Barincou d’Oxford Economics juge qu' »il est trop tôt pour tabler sur une troisième hausse de taux » en fin d’année, étant donné que l’inflation sous-jacente reste pour le moment contenue.
Sans se risquer non plus à trancher, Bert Coljn, économiste de la banque ING, estime que ces chiffres, avec une inflation sous-jacente qui reste « étonnamment » modérée, « ont de quoi nourrir un débat intéressant quant à une potentielle hausse supplémentaire des taux », au-delà de celle attendue en septembre, qui semble plus que jamais inévitable.
La BCE, gardienne de la stabilité des prix en zone euro, doit composer avec le risque de casser la croissance, toujours fragile au sein du bloc, si elle relève trop fortement ses taux d’intérêt directeurs.
L’économie de la zone euro avait repris des couleurs au printemps (à +0,4%), après un recul en début d’année, mais la Commission européenne, qui actualisera ses prévisions cet automne, table pour le moment sur une croissance de 0,9% seulement cette année, en net ralentissement par rapport à 2025 (1,4%), en raison des répercussions du conflit au Moyen-Orient.
Par ailleurs, le chômage au sein de la zone euro s’est élevé à 6,4% en juillet, stable par rapport au mois précédent, et en légère progression (+0,1 point) par rapport à un an plus tôt, selon des chiffres également publiés mardi par Eurostat.