Qui n’a jamais rêvé de trouver un Van Gogh oublié dans un vieux grenier? Encore faut-il l’authentifier… Des chercheurs ont réussi à identifier la signature morphologique de l’artiste en mesurant la surface de ses œuvres. Découverte.
La recherche d’authenticité d’une œuvre mêle plusieurs types d’expertise, par exemple une analyse chimique des microprélèvements de pigments utilisés sur l’œuvre, afin d’attester qu’il date de la bonne époque et est conforme à la base de données des pigments utilisés par le peintre. Le cadre en bois peut aussi être analysé pour confirmer l’époque. Mais le dernier mot revient toujours à l’expert, spécialiste de l’artiste, qui prend en compte tous ces éléments au regard de sa connaissance de l’œuvre et des éléments historiques.
L’histoire de l’art, et en particulier celle des œuvres de Van Gogh, est truffée de contrefaçons. La plus célèbre affaire reste sans doute celle de la galerie d’Otto Wacker dans les années 1920, qui, depuis la ville de Berlin, avait écoulé une trentaine d’œuvres attribuées au peintre néerlandais avant que la supercherie soit découverte. Dans un article publié dans la revue Surface Topography Metrology and Properties, François Berkmans, Ludovic Nys et Maxence Bigerelle proposent une toute nouvelle approche qui complète la gamme des analyses : transformer la surface des œuvres en cartographie 3D, pour obtenir une sorte de signature morphologique de l’artiste.
Différences d’intensité
«Avant d’entamer un doctorat sur les surfaces dans la mécanique, j’ai fait un master en histoire de l’art», raconte François Berkmans, le premier des trois auteurs. Ce chercheur de l’université polytechnique Hauts-de-France, dans le nord de l’Hexagone, qui travaille au sein du laboratoire d’automatique, de mécanique et d’informatique industrielles et humaines (LAMIH, UMR) du CNRS, ne remet pas en cause le sérieux des expertises actuelles. «Prenez le cas d’une enquête judiciaire : ce n’est pas parce qu’on a inventé le prélèvement d’ADN qu’on a supprimé l’utilisation des empreintes», souligne-t-il.
«Les méthodes d’authentification arrivent toujours en complément d’autres méthodes», poursuit-il. Les chercheurs ont utilisé des banques de données d’images disponibles gratuitement en ligne, via des fondations, notamment le Rijksmuseum, le musée Van Gogh à Amsterdam. Ils ont alors commencé par convertir ces images en couleurs de très haute qualité en noir et blanc, pour faire ressortir des différences d’intensité entre les gammes de blanc et les gammes de noir.
«Des pics, des creux, des vallées»
«Pour chaque pixel, vous allez avoir une valeur entre 0 et 255 unités, et cette valeur est convertie en hauteur», décrypte François Berkmans. La surface des tableaux apparaît ainsi en trois dimensions, avec «une géométrie de pics, de creux, de vallées. Cet agencement est directement lié à la façon dont Van Gogh a exécuté son œuvre. C’est sa signature morphologique, ce que l’on appelle la dimension fractale», souligne-t-il. Afin d’établir la signature la plus proche possible du travail de Van Gogh, les chercheurs ont ensuite modélisé neuf œuvres du peintre.

Photo : afp
Puis ils ont comparé cette signature à deux œuvres dont l’authenticité a prêté à débat : Coucher de soleil à Montmajour et Laboureurs. Peinte en 1888, la première n’a été retrouvée que dans les années 1970 et le tableau a longtemps été considéré comme n’étant pas de Van Gogh, jusqu’à son authentification en 2013. Laboureurs est, quant à elle, une petite huile sur bois ayant donné lieu en 2003 à une tentative d’escroquerie, le propriétaire obtenant une expertise de complaisance avant que d’autres experts ne découvrent la supercherie.
Dans les deux cas, la signature morphologique de Van Gogh obtenue par François Berkmans et ses collègues a confirmé les faits : œuvre authentique pour Coucher de soleil à Montmajour et contrefaçon pour Laboureurs. Leur méthode, qui a l’avantage d’être non invasive, peut également aider à une meilleure conservation des œuvres, en améliorant le processus de restauration.
«On peut créer des indicateurs qui permettent aux restaurateurs de mieux faire encore leur travail», avance-t-il. Les chercheurs aimeraient travailler directement sur les vraies œuvres afin d’affiner encore leurs mesures. «Cela pourrait prendre un à deux mois pour analyser un vrai tableau.» Mais qu’est-ce que deux mois de travail face à l’intemporalité d’une œuvre?