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[Bande dessinée] «Yon», le manga phénomène à la française


Le quatrième et dernier tome de «Yon» est prévu pour une sortie en décembre. (Photo : dargaud)

Dans Yon, série fantastique très appréciée des jeunes lecteurs, la Française Camille Broutin a adopté tous les codes de la BD nippone.

Le livre petit et souple ressemble à un manga 100 % japonais, à l’exception du nom de son autrice : Camille Broutin est française.

En mars, juste avant la sortie du troisième tome de Yon, et alors que ses planches originales faisaient l’objet d’une exposition en Corse lors du festival BD à Bastia, l’autrice de 29 ans reconnaissait être «un peu surprise» du bon accueil réservé à son manga auquel elle consacre tout son temps dans son appartement de Lille.

«Je ne fais que ça, je suis tout le temps chez moi à dessiner», témoigne-t-elle. «Je travaille surtout la nuit, car je suis plus concentrée, et je dors entre 9 h et 14 h.»

Après avoir publié chez Dargaud les deux premiers tomes de Yon en 2025, puis le troisième en avril dernier, Camille Broutin promet de terminer le quatrième et dernier pour qu’il soit disponible à la fin de l’année.

Soit quelque 1 000 pages au total, dessinées essentiellement à la main, à l’encre de Chine, et non à l’ordinateur. Les tomes 1 et 2 ont dépassé les 20 000 exemplaires vendus, «ce qui est vraiment bien pour une jeune autrice», se félicite l’éditeur.

Dévoreuse de mangas

L’action de Yon, qui s’adresse surtout aux adolescents et aux jeunes adultes, se déroule dans un internat disciplinaire pour jeunes filles perdu en plein désert.

La vie quotidienne y est brutalement bouleversée lorsque tombent du ciel de grosses billes blanches, en réalité des créatures vivantes qui dévorent tout ce qu’elles touchent.

Les adultes ayant fui, les adolescentes se retrouvent seules à affronter cette menace, connue sous le nom du «Phénomène», et à s’organiser pour survivre. «Ce qui m’intéressait, c’était de mettre en scène un huis clos fantastique et les réactions des différents personnages face à un événement très stressant», relate Camille Broutin, qui dit avoir été inspirée par ses années de lycée pour créer ses héros.

Raconter une telle histoire par le manga relevait de l’évidence pour l’autrice, qui a découvert la bande dessinée japonaise à sept ans en lisant les albums de son grand frère, en particulier Naruto et Death Note.

Tout en goûtant aussi aux aventures de Tintin, du maître de la BD franco-belge Hergé. À l’adolescence, elle dévore les mangas, dont elle apprécie la netteté du trait en noir et blanc, l’efficacité du mode narratif et la lecture de droite à gauche.

Je ne fais que ça, je suis tout le temps chez moi à dessiner

Après avoir étudié à l’école des Gobelins à Paris, Camille Broutin se rend au Japon pour un stage de trois mois dans un studio d’animation à Tokyo, qu’elle n’a pu prolonger à cause de la crise du covid.

Elle espère aujourd’hui que sa carrière la conduira «naturellement» à retourner dans l’archipel et que Yon sera traduit en japonais, réalisant ainsi un «rêve d’enfant», comme une manière de boucler la boucle. Rares sont les «mangakas» (auteurs de mangas) étrangers ayant réussi à percer au Japon, un marché où les traductions d’albums sont très rares.

Nouveau défi

Lorsqu’elle aura terminé Yon, Camille Broutin prévoit de se lancer dans un nouveau défi d’envergure : un roman graphique en trois tomes et en couleur, en collaboration avec BeKa (Caroline Roque et Bertrand Escaich).

Cette prochaine œuvre marquera ses retrouvailles avec le duo de scénaristes : leur première œuvre commune était la série Filles uniques, publiée en cinq tomes de 2021 à 2024. Camille Broutin avait commencé à dessiner le premier tome alors qu’elle était encore étudiante aux Gobelins et avait déjà été remarquée pour son style tout en émotion et pour la délicatesse de son trait, très différent des codes du manga.

Yon, de Camille Broutin. Dargaud.

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