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La hausse des prix du porc, une aubaine pour le Luxembourg


Les patrons bouchers-charcutiers tentent d'absorber la hausse du prix du porc, sans répercussion pour le client. (illustration Hervé Montaigu)

La demande chinoise de viande de porc tire actuellement les prix à la hausse sur les marchés mondiaux. Comment s’en tire le secteur luxembourgeois ?

Selon Cochy, l’association pour la promotion de la Marque nationale de la viande de porc, 160 000 porcs ont été vendus pour l’abattage en 2018 dont un tiers a été exporté en très grande majorité en Allemagne. En n’exportant pas de viande de porc en dehors de l’Europe, le Grand-Duché se préserve un peu de la crise internationale qui sévit dans d’autres pays comme la France.

La peste porcine africaine continue de se propager, notamment dans les pays d’Asie du Sud-Est et en particulier en Chine, où la moitié du cheptel pourrait être décimé d’ici la fin de l’année selon la Fict (fédération française des industriels charcutiers traiteurs). Or les Chinois sont les premiers consommateurs de porc et cette crise a provoqué un appel d’air sur le marché européen, notamment en France où l’on craint la pénurie. Les prix ont déjà fortement augmenté dans les magasins depuis la mi-mars.

Le risque de voir le Grand-Duché contaminé par ce fléau reste présent : « La peste porcine africaine est toujours là, juste à la frontière. Le risque est important », rappelle Thérèse Kohl, employée pour l’association pour la promotion de la Marque nationale de la viande de porc, qui s’étonne presque que le Grand-Duché n’ait pas encore été contaminé.

Même constat pour Luc Meyer, le président de la Fédération nationale des patrons bouchers-charcutiers : « La peste porcine est une grande crainte pour la filière du Luxembourg, mais il faut dire que toutes les porcheries du Grand-Duché sont très bien encadrées par les services vétérinaires. Les porcs sont tous confinés. Les animaux et hommes étrangers à la ferme ne peuvent pas entrer afin de garantir la biosécurité. Si les producteurs respectent les consignes, il est très peu probable que les porcheries soient infectées. Par rapport à certains pays limitrophes, nos fermes et nos infrastructures sont plus modernes et sécurisées. »

Une augmentation inévitable

La peste porcine a redistribué les cartes sur le marché international, mais elle n’est pas à l’origine de la hausse des prix dans notre pays pour Luc Meyer : « Beaucoup de producteurs de porc ont réduit ou arrêté leur activité ces dernières années, car il était très compliqué pour eux de vivre, voire de survivre. Environ 20 à 25% d’entre eux ont cessé leur activité en trois ou quatre ans.»

«Il fallait donc s’attendre à une hausse des prix et heureusement que cette augmentation intervient, car on risquait de ne plus avoir de porcheries dans la région, reprend Luc Meyer. Ce qui veut dire qu’on aurait dû importer de la viande de la Grande Région ou de plus loin. Je ne pense pas que ce soit le souhait de nos clients, car dans ce cas la viande effectue un long transport dans un contexte climatique qui fait l’actualité tous les jours. C’est dans notre intérêt de nous procurer de la matière première locale, qui est d’ailleurs de très bonne qualité. »

Mais cette augmentation du prix de la viande porcine a des conséquences. « L’impact est clair, du moins je parle pour moi : cela entraîne une diminution de nos marges, précise le patron de Salaisons Meyer. Car c’est toujours compliqué de répercuter sur la marchandise un prix qui évolue un peu comme le rythme de la Bourse. Le prix de la viande est déterminé hebdomadairement en fonction de l’offre et de la demande. »

Gage de qualité

Luc Meyer assure acheter exclusivement de la viande luxembourgeoise. Selon lui, tous ses confrères tiennent à acheter de la viande issue du pays. « Il faut dire qu’au Luxembourg on a une bonne filière. On a l’avantage d’être un petit pays où tout le monde connaît tout le monde. Il y a des réseaux de transport très courts pour les animaux, ce qui est mieux pour leur bien-être, mais aussi pour la qualité du produit. Or la qualité, c’est le principal objectif d’un boucher. Et pour avoir une bonne qualité de viande, il est impératif d’avoir des animaux bien soignés .»

Une qualité que l’on retrouve dans le prix de la viande de porc : « Une statistique est sortie récemment montrant que la viande luxembourgeoise est l’une des plus chères d’Europe, reconnaît le président de la fédération. Les terres agricoles, l’immobilier et les frais de production sont parmi les plus chers d’Europe. L’hygiène et la traçabilité sont vraiment très pointues au Luxembourg. Je pense que le prix de la viande va donc encore augmenter, mais pas de manière drastique. »

Actuellement, une centaine d’éleveurs de porcs sont installés sur le sol luxembourgeois.

Audrey Libiez

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