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Alzette-Belval : vers une ville nouvelle ?


Du côté Belval, la transformation est radicale depuis 15 ans mais du côté français ? (Photo : Alain Rischard)

La réflexion sur l’aménagement de l’agglomération Alzette-Belval est lancée. Les acteurs du territoire devront faire preuve d’audace et d’équité de part et d’autre de la frontière.

Face aux acteurs de la future agglomération Alzette-Belval, l’homme qui a porté l’Internationale Bauausstellung (IBA) de l’Emscher Park (Allemagne) pèse chacun de ses mots : «Je lance un appel à ce qu’il n’y ait pas de similitudes. Au contraire, il faut de l’audace, placer la barre très haut. Il faut que ce soit bien plus qu’une réparation», conseille Thomas Sieverts, architecte et urbaniste de renom.
C’était jeudi à la Maison du savoir de Belval, devant un parterre de 130 personnes, à l’occasion de la manifestation de lancement de l’IBA Alzette-Belval. Plus qu’une réflexion, l’IBA est un outil qui doit permettre de faire immerger une autre façon de penser le territoire. Avec lui, c’est le début d’un processus urbain qui se veut innovant pour le territoire franco-luxembourgeois. Un espace qui comprend douze communes comptant presque 100 000 habitants et s’étendant sur une zone de 170 km2.
Premiers à prendre la parole, Claude Turmes, le ministre de l’Aménagement du territoire, Henri Kox, le ministre du Logement, Jean-Luc Bohl, le vice-président de la région Grand Est, et Jean Luc Marx, le préfet de la région Grand Est, ont fait part de leurs fortes attentes.

Manque de ressources et pérennité

«Nous entrons dans une ère d’incertitude pour l’IBA, alors que l’on ne sait pas comment évoluera le monde, prévient le professeur. L’IBA, qui débute, est face à ce défi et doit être flexible.» La «routine administrative des deux pays» ne doit pas être un frein, selon lui, à ce projet, alors que les enjeux sociétaux et climatiques sont immenses. «Les ressources viennent à manquer et nous allons doubler la population. On ne peut plus délimiter ces problèmes au niveau local, mais au niveau global.»
«Tout ce que nous construisons doit être ouvert et modifiable pour avoir une longévité importante. L’aménagement spatial doit pouvoir être réaffecté. En 100 ans, un bâtiment est amené à avoir trois fonctions différentes.»

Écouté attentivement, l’urbaniste allemand remet tout en cause, même les modes de construction utilisés jusqu’à aujourd’hui : «Notre modèle de construction actuel est un pillage des ressources planétaires. Par exemple, le cuivre est déjà en pénurie. On en trouve davantage dans les monuments existants que dans les gisements.»
Bien sûr, au Luxembourg comme en Lorraine, les architectes auront à tenir compte de ces paysages industriels qui composent le territoire et devront les intégrer dans leur nouveau concept, comme c’est le cas pour la partie de Belval déjà réaménagée.

Une ville adaptée au changement climatique

L’architecte, qui s’adresse essentiellement à ses homologues, rêve d’une ville nouvelle : «Le Luxembourg et la France peuvent créer une nouvelle page de l’histoire de la ville qui devra faire face à de très fortes précipitations et gérer de grandes quantités d’eau. Ce n’est plus le froid qu’elle devra affronter, mais de très grandes chaleurs. Tout en aménageant beaucoup d’espaces à l’ombre, les villes doivent être plus vertes. Mais est-ce que nous y parviendrons?», interroge-t-il. D’autant que ce n’est pas le seul défi crucial à relever : «Il faut créer un fort attachement émotionnel entre les habitants et l’endroit où ils vont vivre pour qu’ils soient moins mobiles et se sédentarisent. Pour cela, il faut une bonne qualité de vie, que tout soit sur place.» Et peu importe l’ambition de la construction, sa modernité ou le travail qu’elle a demandé, pour fidéliser les habitants, il faut qu’elle soit belle. «L’esthétisme est essentiel, c’est un peu cruel, mais sinon tout le reste ne sert à rien. Il faut construire une passerelle vers le sentiment.»
«Au Luxembourg, les problèmes existentiels ne sont pas aussi brûlants que ceux dans la Ruhr après la guerre», une situation sans doute moins propice à l’expérimentation pourtant indispensable : «Il faut mettre en place un champ expérimental et c’est peut-être là la mission la plus importante.»

Il reste encore deux ans pour voir si les acteurs du projet auront suivi ses conseils et si les propositions seront à la hauteur de cette idéologie. Pour cela, ils devront sortir de leur zone de confort, malgré les contraintes. De nombreux autres participants ont apporté leurs connaissances pour aider à trouver les solutions à apporter.
En attendant, le succès de cette manifestation a fait le bonheur des organisateurs. «Le public est composé aussi bien de techniciens que d’élus de différentes institutions ou de collectivités locales, note Dorothée Habay-Lê, la directrice du GECT Alzette-Belval. Ce que je retiens, c’est que nous avons un soutien sur cette mission de préfiguration qui est sans conteste tant du versant français que du versant luxembourgeois au niveau des États, de la région et des acteurs locaux ou même de l’université. C’est encourageant de partir avec de nombreux partenaires. C’est la preuve que ce sujet intéresse et anime en différents lieux.»
Les deux ministres luxembourgeois se sont notamment montrés intéressés par le fait de voir ce à quoi ce projet va aboutir et quelles seront les solutions proposées à l’issue de cette réflexion commune.

Audrey Libiez

Qu’est-ce qu’une IBA ?

L’Internationale Bauausstellung (IBA) est un outil développé en Allemagne dès 1901, à l’occasion de l’exposition «Ein Dokument Deutscher Kunst», qui permet de révéler des concepts créatifs et innovants dans les domaines de l’architecture, de l’urbanisme ou du développement territorial et son aménagement. Il s’agit d’un outil internationalement reconnu, une marque de qualité, qui génère de la visibilité interne et externe, et d’un mode d’organisation et de conduite de projet créé en réponse à des enjeux territoriaux spécifiques, sans se substituer aux structures et compétences existantes.
L’objectif est d’insuffler une nouvelle façon de faire.
Pour le territoire Alzette-Belval et le groupement européen de coopération territoriale (GECT), cet outil représente un moyen supplémentaire en vue de structurer cette agglomération transfrontalière et d’intégrer aussi bien des projets architecturaux et urbanistiques communs, que des projets situés de part et d’autre de la frontière. Ces projets seront exécutés sur base d’objectifs clairs.

De nombreux partenaires

La mission de l’IBA est conduite par le GECT installé le 8 mars 2013 dans le cadre d’un partenariat franco-luxembourgeois étendu avec des partenaires financeurs : le ministère de l’Énergie et de l’Aménagement du territoire du Luxembourg, le ministère du Logement du Grand-Duché, le ministère de la Transition écologique et solidaire français, la Région Grand Est. Et des partenaires opérationnels : l’université du Luxembourg, l’établissement public d’aménagement d’Alzette Belval et le Luxembourg Center for Architecture (LUCA).

La coopération transfrontalière déjà en cours

Depuis les années 90, Français et Luxembourgeois souhaitent coopérer, mais sans un organisme consacré uniquement à ce projet, difficile d’aller au bout de cette ambition. Le groupement européen de coopération territoriale (GECT) Alzette-Belval devrait cette fois permettre d’aller plus loin. Du moins, c’est son objectif.
Parmi les enjeux auxquels il doit faire face, on note l’explosion de l’économie luxembourgeoise qui aspire l’activité et les travailleurs de ce côté de la frontière. Les communes françaises proches du Grand-Duché ont souvent une vocation de «dortoir» bien malgré elles. Cela handicape non seulement le dynamisme de ce territoire, mais cela attire également des habitants bien au-delà des capacités logistiques des communes (routes, transports en communes, administrations…).

«Déjà dans une démarche de coconstruction»

«Le développement harmonieux des territoires fait partie du projet, c’est même souvent une demande des communes luxembourgeoises participantes. On l’a vu lors de précédentes réunions», indique Dorothée Habay-Lê, la directrice du GECT Alzette-Belval.
Les apports financiers viennent des deux côtés de la frontière à hauteur de l’intérêt pour ce projet. «Sur le territoire qui nous concerne, neutre et transfrontalier, on est déjà dans une démarche de coconstruction d’une agglomération transfrontalière. C’est un pas de plus vers la mise en œuvre de projets opérationnels, d’aménagement et de développement, puisque depuis 2013 (date de création du GECT), nous avons un certain nombre de projets qui sont en cours.»
Ils ne verront pas le jour tout de suite, car avant leur mise en œuvre, les acteurs du projet essayent pour l’heure d’avoir «une meilleure compréhension de ce qui se fait des deux côtés de la frontière en matière urbanistique» afin d’opter pour la meilleure stratégie qui définira le territoire à l’avenir.
Dans son discours, le ministre du Logement, Henri Kox, a dit réfléchir à une production de logements avec des prix qui permettent à tout un chacun de se loger, ce qui est de plus en plus compliqué au Grand-Duché. «Les besoins en logements sont importants des deux côtés de la frontière», indique encore la directrice du GECT Alzette-Belval.
Pour y parvenir, elle sait qu’il faudra avoir l’adhésion des populations déjà établies : «On aimerait trouver le bon moyen d’associer la société civile, en plus des phases de concertation, sur tous les thèmes écologiques notamment, comme par exemple la décarbonisation.»

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