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Selah Sue : le groove face à la dépression


La chanteuse belge Selah Sue transpose sur scène un album tout en groove, glaive contre une dépression tenace.

Un autre artiste belge, Stromae, a évoqué cette année ses fêlures passées dans L’Enfer, un des titres de son dernier album Multitude. Mais les deux parcours n’ont rien à voir. Lui a vu le sol se dérober sous ses pieds après un gros burn-out causé par sa précédente tournée qui l’avait essoré. La dépression est chez Selah Sue une vieille compagne de route avec qui il a fallu apprendre à vivre depuis son adolescence.

Son dernier disque sorti en mars dernier, Persona – soit le masque social en psychologie – est une étape importante dans ce processus. «Le making of thérapeutique de cet album est intéressant : ça m’a permis d’embrasser les différentes parties de moi dans chaque chanson, ça guérit sur plein de plans», explique la Flamande depuis Paris, à la suite de ses deux concerts à La Cigale (après des passages par la Pologne, la République tchèque et avant les Pays-Bas). «Apprivoiser les différents côtés de vous, c’est une lutte permanente, non, je dirais que c’est une route», poursuit-elle, nullement déprimée pendant l’interview.

«C’est parfois difficile de trouver la paix avec mon côté dépressif, ou mon moi critique, celui qui dit que je suis une « loseuse », mais on apprend à choisir qui va être au volant du bus, la personnalité confiante par exemple, pas celle qui est critique.»

Chacune de ces facettes d’elle-même inspire un titre de Persona. Le disque n’est toutefois en rien larmoyant. Comme d’ailleurs ses concerts enjoués, durant lesquels elle arbore sur scène une tenue jaune pétante ou un peignoir façon boxeur, marbré comme le pelage d’un tigre.

Cet album et cette tournée, ça m’a guéri sur plein de plans

On y entend des accents soul et hip-hop, puisque le morceau Wanted You to Know est chanté sur disque avec le rappeur belgo-congolais Damso, et Hurray avec Benjamin Epps, gabonais installé en France. Pas une nouveauté chez elle, puisqu’on l’entendait sur d’anciens morceaux aux côtés de rappeurs français (Nekfeu) ou américain (Childish Gambino) par exemple. Dans Karma, une de ses récentes chansons, on saisit une intonation à la Prince dans le refrain : rien d’étonnant là non plus car l’artiste s’est produite au début de sa carrière en première partie du Kid de Minneapolis.

Un des titres les plus emballants est paradoxalement Pills, «pilules» en anglais (langue dans laquelle elle chante), en référence aux antidépresseurs. Un remède dont la trentenaire avait cru pouvoir se passer.

Avant d’informer ses fans sur ses réseaux sociaux qu’elle devait de nouveau se reposer sur cette béquille chimique. «Je dois être honnête avec cette histoire, et quand j’ai dit sur Instagram que je devais rependre des antidépresseurs, il y a plus de 16 000 personnes qui m’ont soutenue.»

«Certaines m’ont même dit qu’elles vivaient la même chose : on veut toujours être unique et spéciale, mais pas dans la dépression, et savoir que d’autres sont dans le même bateau a été apaisant», sourit-elle. La tournée qui s’achève a été salvatrice car «pouvoir se connecter avec son public et partager ses émotions, c’est de l’or».

Que se passera-t-il quand la tournée s’arrêtera ? Pas de vertige, car elle se projette sur un nouvel album. Avec une promesse, celle de ne pas attendre trop longtemps… «J’ai pris un break la dernière fois car j’ai eu deux enfants, maintenant je n’en veux plus !» (elle rit). Le prochain album attendra «un ou deux ans, maximum».

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