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[Musique] Block Party, vingt ans de mutations de l’indie rock


(Photo : charlie pryor)

Avec son nouvel album, Anatomy of a Brief Romance, le groupe britannique Bloc Party poursuit une métamorphose qui, depuis vingt ans, suit celles du rock indépendant.

2001-2005 : le rock revient, mais autrement

Au début des années 2000, le rock n'a pas disparu, mais il n'incarne plus trop la nouveauté. Puis arrivent les Strokes. Avec Is This It en 2001, cinq New-Yorkais remettent au goût du jour les guitares, les chansons resserrées, The Velvet Underground et Television. Dans leur sillage, les White Stripes réactivent le blues et le garage, Interpol, le post-punk et les Libertines, un certain panache anglais. Plus qu'un mouvement cohérent, c'est un passé du rock qui redevient contemporain. Franz Ferdinand ajoute un élément : la danse. Alex Kapranos dit trouver absurde qu'on bouge en club mais qu'on reste immobile devant un groupe. Take Me Out condense cette idée en 2004 : il y a de la guitare, avec la mécanique d'un morceau conçu pour le dancefloor.

Bloc Party surgit à ce moment-là. Kele Okereke et Russell Lissack jouent ensemble depuis plusieurs années lorsque Gordon Moakes et Matt Tong stabilisent la formation. Une démo remise à Kapranos puis au DJ de la BBC Steve Lamacq contribue à les faire connaître. Tout semble donc les destiner à rejoindre le revival post-punk. Le groupe se méfie de l'étiquette; il écoute autant Gang of Four que de l'electro, du rap ou du post-rock. Cette ouverture est au cœur de Silent Alarm, enregistré avec Paul Epworth et publié en 2005. Les guitares de Russell Lissack fonctionnent comme un engrenage, la basse de Gordon Moakes comble les intervalles et Matt Tong fait de la batterie un moteur permanent. L'album atteint la troisième place des classements britanniques. Il peut alors sembler consacrer le «retour du rock» amorcé par les Strokes quatre ans auparavant. En réalité, il annonce la suite. Bloc Party y introduit du post-rock et une conception électronique de la guitare. Au moment où les guitares reviennent au centre, l'un des groupes les plus emblématiques de cette génération commence à chercher comment en sortir.

2005-2008 : l'indie éclate et change de forme

Le «retour du rock» ne ressemble plus à un seul mouvement. À la base, «indie» signifie «indépendant», renvoyant au label d'un groupe. Puis il renvoie à un «son». Puis à un territoire où cohabitent guitares, electro, post-punk, folk, pop, expérimentation... En 2005, TV on the Radio ou Broken Social Scene élargissent le paysage. Mais Clap Your Hands Say Yeah incarne autre chose. Son premier album, autoproduit en 2005, se diffuse sans label majeur, porté par les blogs, les MP3 et l'enthousiasme du site spécialisé Pitchfork. Quelques mois plus tard, le groupe joue à guichets fermés et a vendu des dizaines de milliers de disques. Plus encore que sa musique, entre Talking Heads, Television et indie-pop débraillée, sa trajectoire annonce une nouvelle époque : désormais, un groupe peut émerger d'internet.

Cette économie accompagne un éclatement esthétique. LCD Soundsystem et The Rapture abolissent la vieille opposition entre rock et club, là où Hot Chip fait de l'électronique une pop intime. En Grande-Bretagne, Klaxons et Infadels poussent l'hybridation jusqu'au «new rave». L'indie ne consiste plus uniquement à remettre les guitares au premier plan, il commence à s'imprégner de ce qui l'entoure. Bloc Party suit ce mouvement. A Weekend in the City, en 2007, est moins nerveux que Silent Alarm, mais plus ambitieux dans ses textures et ses sujets : Londres, la solitude, la nuit, le désir et la violence urbaine. Si les guitares restent présentes, elles partagent l'espace avec les programmations et une production maousse. Même la diffusion du disque raconte son époque : l'album fuite sur internet plusieurs mois avant sa sortie et Kele constate que le public connaît déjà les nouveaux morceaux en concert.

Avec Intimacy en 2008, Bloc Party accélère encore. Ares ou Mercury empruntent aux beats electro, au rap et aux Chemical Brothers; l'album est annoncé puis mis en téléchargement plusieurs semaines avant sa sortie physique. Au même moment apparaît Foals. Avec Antidotes, le groupe d'Oxford transforme lui aussi les guitares en motifs rythmiques, malaxe math-rock, post-punk et obsession du mouvement. Yannis Philippakis dit avoir voulu former un groupe plus direct, capable de faire danser dans les fêtes plutôt que de prolonger le sérieux du math-rock. En trois ans, tout a changé. Le rock n'a pas disparu, il s'est fragmenté, contaminé par le club, internet et de nouvelles manières de produire et d'écouter la musique.

2008-2016 : l'indie perd son centre

À la fin des années 2000, le rock indépendant n'est pas en crise au sens strict. Il n'a même jamais semblé aussi vaste. Mais il devient de plus en plus difficile de dire ce qui relie encore tous ceux qu'on range sous l'étiquette «indie». Vampire Weekend puise dans les influences africaines et la pop lettrée, c'est un succès mondial; MGMT trempe le psychédélisme dans le chaudron synthétique; The xx élabore en 2009 une musique où les guitares, les machines et le R&B ont l'air d'avoir toujours coexisté. Le changement est aussi technologique. L'époque où un groupe pouvait sembler appartenir à une scène parce qu'il se retrouvait sur les mêmes blogs, dans les mêmes clubs et les mêmes magazines commence à s'effacer. Le streaming s'installe, les réseaux sociaux remplacent MySpace et les frontières entre les publics sont de plus en plus poreuses. L'«indie» survit, de moins en moins comme un mouvement identifiable.

Les groupes de la première moitié des années 2000 entrent dans une période plus incertaine. Les White Stripes se séparent en 2011; LCD Soundsystem annonce sa dissolution la même année avant de revenir quelques années plus tard; Interpol poursuit sa route sans Carlos Dengler. Clap Your Hands Say Yeah, dont le premier album avait symbolisé l'âge héroïque des blogs, se recentre autour d'Alec Ounsworth. Les groupes qui représentaient la nouveauté commencent à devoir gérer leur propre histoire. Bloc Party connaît cette transition. Après Intimacy et des années de tournées, les quatre musiciens décident en 2009 de s'éloigner les uns des autres. Kele Okereke publie The Boxer, album solo electro. Lorsqu'ils se retrouvent pour Four en 2012, le geste ressemble à une réaction : moins de manipulations de studio, davantage de guitares et le désir de retrouver la sonorité de musiciens jouant ensemble.

Ce retour aux fondamentaux ne résout pas les tensions. Matt Tong quitte le groupe en 2013, puis Gordon Moakes s'en va à son tour. Quand paraît Hymns en 2016, seuls Okereke et Russell Lissack restent de la formation originelle. La batterie de Louise Bartle et la basse de Justin Harris accompagnent un disque plus synthé et plus dépouillé. Okereke reconnaît que la chimie du groupe a changé. Une question apparaît, qui dépasse largement Bloc Party : comment un groupe associé si fortement à un moment précis peut-il continuer lorsque ce moment n'existe plus? En une dizaine d'années, Bloc Party est passé du statut de promesse du futur à celui de groupe obligé de négocier avec son propre passé.

2016-2026 : le présent devient un héritage

À partir de la fin des années 2010, un renversement se produit. Bloc Party influence d'autres combos. En 2022, Hayley Williams affirme que le groupe a été la «référence numéro un» de Paramore pour This Is Why. Elle insiste sur cette urgence différente du punk et de l'emo américains : une musique tendue, mais faite pour bouger. L'année suivante, Paramore invite Bloc Party sur sa tournée et Williams rejoint Kele Okereke autour de Blue Light à Londres. Dans le même temps, une génération d'artistes comme Willow, Genesis Owusu ou Connie Constance revendique ou réactive des éléments de cette couleur musicale. Ce qui, en 2005, incarnait le présent appartient désormais à une histoire disponible : guitares anguleuses, dance-punk et indie des années 2000 sont devenus des influences possibles au même titre que le post-punk l'était pour Bloc Party vingt ans auparavant. Après Alpha Games en 2022, qui retrouvait une partie de l'énergie et de la nervosité de ses débuts, les célébrations des vingt ans de Silent Alarm culminent avec de grands concerts anniversaire. En 2025, Bloc Party reçoit aux Ivor Novello Awards un prix récompensant l'ensemble de ses chansons.


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