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[Littérature] Nelio Biedermann, déjà un classique


Photo : afp

S’il ne fallait retenir qu’un nom de la rentrée littéraire, ce serait lui : avec Lázár, ample fresque historique familiale, le jeune romancier suisse épate. À 23 ans, on le compare déjà à Thomas Mann ou Gabriel García Márquez. 

À seulement 23 ans, le romancier suisse Nelio Biedermann est l’une des sensations de la rentrée littéraire – pour ne pas dire la principale – avec Lázár, une fresque enlevée sur le déclin d’une famille noble entre la fin de l’Empire austro-hongrois et l’avènement du communisme. Portant une fine moustache, un tee-shirt noir et une chaînette autour du cou, le jeune auteur ne cherche pas à jouer à l’écrivain tourmenté lorsqu’il vient présenter à Paris son roman, publié il y a deux semaines par Belfond.

Décontracté, il refuse l’étiquette d’«enfant prodige» de la littérature que certains lui ont prêtée à la sortie du livre en Suisse alémanique en 2025. Des critiques l’ont même présenté comme l’héritier de Thomas Mann, l’auteur de La Montagne magique couronné d’un prix Nobel de littérature en 1929. Son livre, lui, accumule les louanges, présenté d’égal à égal avec des chefs-d’œuvre comme Les Buddenbrook, toujours de Thomas Mann (1901), ou Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez (1967).

Désillusions et dégringolades

Nelio Biedermann, lui, préfère comparer l’attention qu’on lui prête en raison de son jeune âge à celle accordée au prodige du football espagnol Lamine Yamal, sous les projecteurs grâce à «la qualité de son jeu». Né en 2003, il a grandi sur les bords du lac de Zurich, où il a étudié la littérature allemande et le cinéma avant de publier son premier roman, non traduit en français. Il a 20 ans lorsqu’il commence à écrire Lázár, désormais en cours de traduction dans une vingtaine de langues et déjà publié aux États-Unis, un marché pourtant réputé frileux vis-à-vis de la littérature européenne.

Une société de production allemande a par ailleurs acquis les droits d’adaptation du roman au cinéma, selon la presse suisse. Lázár est «un récit très personnel», résume Nelio Biedermann, car «il parle du destin de trois générations de ma famille paternelle» avant qu’elle ne migre de Hongrie en Suisse. Il y raconte ainsi la dynastie du baron Sandor van Lázár, qui va de désillusions personnelles en dégringolades financières avec l’enchaînement des crises du XXe siècle : déclin de l’empire austro-hongrois avec la guerre de 1914-1918, montée du nazisme, Seconde Guerre mondiale, mainmise des Soviétiques sur la Hongrie.

Mes personnages cherchent à conserver leur routine quotidienne même quand tout s’écroule autour d’eux

«J’ai grandi avec ces histoires racontées par ma grand-mère et mon grand-oncle, qui ont été mes principales sources d’inspiration», explique Nelio Biedermann. «Les personnages dans mon livre sont presque toujours passifs. Les choses leur arrivent, l’Histoire les frappe» sans qu’ils ne réagissent ou «fassent preuve de courage», s’étonne-t-il. «Ils cherchent à conserver leur routine quotidienne même quand tout s’écroule autour d’eux».

«Perspective moderne»

L’auteur souligne avoir beaucoup réfléchi et tâtonné afin que l’écriture de son roman diffère de celle des sagas familiales traditionnelles et attire les lecteurs de sa génération. «Par exemple, celles écrites au début du XXe siècle par Thomas Mann évoquent la sexualité ou la masculinité, mais ces thèmes restent sous-jacents. On sent qu’il ne peut en parler aussi librement que moi aujourd’hui. C’était donc vraiment important que j’adopte une perspective moderne», indique-t-il.

L’enjeu pour la traductrice, Rose Labourie, a alors été de «s’adapter aux changements de formes narratives» de l’auteur, qui mélange poésie, scènes crues de batailles ou de violence, réalisme magique et humour, souvent caustique. Outre le roman, Nelio Biedermann écrit des chroniques pour le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung (NZZ), dont l’une relatait en juillet son expérience traumatisante de la canicule vécue dans une location Airbnb sous les toits à Paris.

Lázár, de Nelio Biedermann. Belfond.

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