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[Culture] Patrimoine en péril


(Photo : afp)

Forteresses médiévales au Sud-Liban, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud… Face aux conflits et menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l’Unesco. Analyse.

Réunis à Busan, en Corée du Sud, les 196 États membres de l’organisation onusienne examineront à partir de ce lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter aux plus de 1 200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial. Trois feront même l’objet d’un classement en procédure d’urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur celle du patrimoine en péril. Deux sont situés au Moyen-Orient : le site archéologique de Sébastia (la Samarie de la Bible), dans le nord de la Cisjordanie occupée – auquel Israël s’intéresse depuis des années pour son potentiel touristique –, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

(Photo : afp)

L’une des plus connues, datant de l’époque des Croisades et conquise fin mai par l’armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d’occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000. Israël a quitté l’Unesco en 2017 (tout comme les États-Unis, dont le départ sera effectif à la fin de l’année) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial. 

 «Revenir et se reconstruire»

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d’opposition que du réchauffement climatique. Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37 500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent en effet la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d’antilopes.

Ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction

«Nous n’avons peut-être pas les moyens d’envoyer des Casques bleus mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction», explique le directeur du Centre du patrimoine mondial de l’Unesco, Lazare Eloundou Assomo. «Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire», ajoute-t-il, insistant sur le fait que l’inscription sur la liste en péril n’est pas une sanction : il permet «de mobiliser des financements, des partenaires et l’attention» pour bénéficier d’une protection accrue.

Outre ces procédures d’urgence, d’autres sites devraient s’ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée récemment par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014. Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d’artefacts. En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touchée par une frappe aérienne russe en juin.

Alerte sur le lac Baïkal

Selon l’Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d’eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l’exploitation forestière à grande échelle. Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper «la dégradation écologique du lac de toute urgence», l’Unesco juge les mesures prises insuffisantes. L’an dernier, l’organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois quarts des sites du patrimoine mondial «confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d’eau ou inondations».

(Photo : afp)

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l’était en raison des conséquences directes des conflits. Parmi les nouvelles candidatures au patrimoine mondial, les plages du débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l’Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.

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