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[Album de la semaine] « No Home Record » : Kim Gordon brouille les pistes


Ce premier opus solo constitue avant tout une expérience sensorielle (Photo : DR).

Artiste inclassable, fondatrice du groupe culte Sonic Youth, Kim Gordon vient de sortir son premier album solo, No Home Record. Où elle continue d’expérimenter.

En 2011, pour les défenseurs de longue date de l’underground et autres fans du rock dit «contre-culturel», l’annonce a été accueillie comme un véritable crève-cœur : Thurston Moore et Kim Gordon, l’un des couples les plus emblématiques de la scène alternative ayant traversé les exigences du studio et de la scène sans vaciller (en tout cas en apparence), se séparaient, emportant avec eux le groupe culte qu’ils avaient mis sur pied trente ans auparavant : Sonic Youth. Si, depuis, son ex-mari enchaîne les productions en solo (sa dernière en date, le triple album Spirit Counsel, est sortie mi-septembre), Kim Gordon est restée discrète, préférant chercher le salut dans son activité de plasticienne et d’artiste conceptuelle.

Seules les sonorités bruitistes (et complexes) de Body/Head, groupe à deux têtes qu’elle partage avec Bill Nace, prouvaient que l’icône de l’après-punk new-yorkais et figure féministe – qui contribua au mouvement «riot grrrls» – n’avait pas tourné définitivement le dos à la musique.

Ce premier disque enregistré sous son nom, No Home Record, le confirme et le moins que l’on puisse dire, c’est que Kim Gordon reste droite dans ses bottes, prouvant qu’elle est toujours à la pointe de l’avant-garde sonore américaine. Pour mieux saisir l’œuvre, il faut d’abord replacer la personne.

Grâce à son autobiographie (Girl in a Band, 2015), on en sait un peu plus sur elle, notamment sur le fait qu’elle n’a jamais dissocié musique et art, son histoire personnelle en témoignant – sa passion pour le free jazz, ses études au réputé Otis Art Institute de Los Angeles, son premier emploi dans une célèbre galerie californienne…

D’ailleurs, Kim Gordon, 66 ans aujourd’hui, reste claire sur ses intentions : «Mon approche a toujours été celle d’une artiste qui joue de la musique», précisait-elle récemment. No Home Record – joli titre qui se moque du tout technologique et de la production «maison» – est donc à voir, et à entendre, comme une nouvelle expérience sensorielle, permise notamment grâce à la collaboration avec le producteur Justin Raisen (Charli XCX, Ariel Pink…) qui a su enrober les élans minimalistes de la dame, seulement armée d’une guitare, d’une basse et d’une boîte à rythmes.

Ici, le fond est politique, dénonçant le patriarcat, l’uniformisation ou la gentrification. La forme, elle , surprend, en équilibre entre noise rock incisif, touches expérimentales et sonorités électro-industrielles. Des chansons enragées sur lesquelles Kim Gordon pose sa voix nonchalante, dans une tonalité parfois proche du rap.

Si No Home Record, d’une certaine manière, brouille les pistes, il démontre surtout toute l’inventivité d’une artiste qui sait se remettre en question et ouvrir de nouvelles brèches. Ici, pas de reproduction ni de réflexes passéistes, mais bien de l’audace et de la créativité, deux caractéristiques qui lui vont si bien.

Grégory  Cimatti

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