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[Littérature] La romance veut se faire aimer


Dernier triomphe en date sur la plateforme de streaming d'Amazon, la série «Off-Campus», adaptée de la romance du même nom écrite par Elle Kennedy. (Photo : amazon prime video)

LITTÉRATURE Souvent dénigrée, la romance est un genre qui cartonne en librairies, au point de «sauver» un marché de l’édition en difficulté. Analyse d’un succès au féminin qui joue sur les stéréotypes.

«Il n’y a pas de mal à aimer les comédies fleur bleue», affirme Christine Van Geen, une professeure de philosophie férue de romance. Dans l’essai Love Stories (Les Arènes), elle clame son plaisir à plonger dans ces récits car «ce sont des livres qui font du bien». «La romance m’aide vraiment à vivre» et «je ne pense pas être la seule», explique cette normalienne qui enseigne la philosophie à Rennes.

En publiant cet essai, Christine Van Geen a voulu parler au nom de toutes ces lectrices qui «ne prennent pas la parole» pour défendre la romance, souvent présentée comme un «sous-genre littéraire», «mal écrit», «naïf» et parfois «sexiste», poursuit-elle. Et pourtant, elle n’a jamais été aussi populaire. Comme en témoignent les très longues files d’attente pour les séances de dédicace devant les stands des maisons d’édition spécialisées au récent Festival du livre de Paris, mais aussi l’ouverture de librairies dédiées, qui organisent des rencontres avec les autrices ou des «book clubs».

«La « New Romance » sauve un peu le marché du livre qui, sans elle, reculerait encore plus fortement», constate Arthur de Saint-Vincent, le patron d’Hugo Publishing, numéro un du secteur en France. «Son image a totalement changé. Il y a quelques années, les livres de romance étaient cachés dans les librairies. Aujourd’hui, ils sont placés en évidence sur les présentoirs», souligne-t-il. Quelque 10,7 millions de livres neufs de romance ont été vendus en France en 2025, en hausse de plus de 120 % par rapport à 2022, même si 2025 a marqué un coup d’arrêt à sa croissance.

Le «pacte» du succès

Encore largement boudée par les médias généralistes, la romance est boostée par les réseaux sociaux et les communautés comme BookTok sur TikTok. Elle a aussi profité du Pass Culture, qui a rajeuni l’âge des lectrices en attirant des adolescentes, parfois dès 12 ans.

Le genre compte des têtes d’affiche peu connues du grand public, comme Sarah Rivens, Azra Reed, Rachel Reid ou Morgane Moncomble, qui a été la deuxième autrice la plus vendue en France en 2025, tous genres confondus, après s’être fait connaître sur la plateforme d’écriture Wattpad il y a dix ans. Sortie en mars, La Révolte de la reine, la dernière romance historique de cette jeune femme de 30 ans a déjà dépassé les 100 000 exemplaires vendus, selon son éditeur, Hugo.

Le succès d’un livre s’appuie sur «un pacte entre l’autrice et la lectrice» : «Une romance est une histoire d’amour qui finit bien, et dont le public sait à l’avance qu’elle finira bien», explique Christine Van Geen. Avant cette fin heureuse, l’intrigue peut comporter de nombreux rebondissements, qui jouent sur des stéréotypes associés à «la jeune première, à l’amant ténébreux, aux obstacles à surmonter et aux secrets douloureux». «J’aime lire de la romance, car quand j’y plonge, plus rien n’existe en dehors et j’oublie tous les soucis du quotidien. Et ça permet aussi de jouer avec nos fantasmes de femme par l’imaginaire, donc sans danger», témoigne Magalie, 29 ans, interrogée au Festival du livre.

Sur tous les écrans

L’engouement pour la romance marque, selon Arthur de Saint-Vincent, «la prise de pouvoir des femmes pour les femmes» dans l’ère post-MeToo. Depuis l’âge d’or des Harlequin, champions des romans à l’eau de rose au XXe siècle, la romance s’est largement diversifiée en sous-genres. En particulier la «dark romance», plus violente et crue, la «romantasy», qui plonge dans la magie et les univers irréalistes, mais aussi les histoires homoérotiques «MM» («Male-male») et «FF» («Female-female»). «Il y a aussi dans la romance contemporaine de la douceur, de l’absence de sexe et de violence», souligne Christine Van Geen.

Signe de l’engouement pour le genre, de plus en plus de romans sont adaptés en films ou en séries, touchant encore d’autres publics, comme en atteste le succès de It Ends with Us (Justin Baldoni, 2024) et Reminders of Him (Vanessa Caswill, 2026) au cinéma, ainsi que les séries Off Campus (sur Prime Video) ou Heated Rivalry (HBO Max), une histoire d’amour sulfureuse entre joueurs de hockey.

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