Lundi, l’ALVA a organisé à la Philharmonie l’édition 2026 de sa conférence «La sécurité dans mon assiette». Elle était dédiée aux différents contrôles effectués lorsque les animaux, plantes et aliments voyagent via l’aéroport du Findel.
Tous les sièges de la salle de musique de chambre de la Philharmonie ont quasiment trouvé preneur ce lundi après-midi afin d’assister à la conférence annuelle de l’Administration luxembourgeoise vétérinaire et alimentaire (ALVA) intitulée «La sécurité dans mon assiette». Après avoir abordé en 2025 les mesures de vérification dans la chaîne alimentaire au Grand-Duché, le thème de cette nouvelle édition était le voyage. À l’import comme à l’export, comment sont contrôlés les animaux, les plantes et les aliments? Quelles sont les restrictions pour en transporter? Quels sont les risques?
Voilà autant de questions auxquelles ont répondu les experts de l’ALVA et de l’administration des Services techniques de l’agriculture (ASTA) qui se sont succédé sur scène, sous l’œil de la ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture, Martine Hansen, assise au premier rang. «On n’y pense pas toujours, mais des insectes nuisibles peuvent se cacher dans une plante ou un aliment qu’on glisse dans sa valise et les conséquences peuvent ensuite être désastreuses», a-t-elle notamment déclaré en guise d’introduction mais aussi d’avertissement pour les 300 participants dans la salle.
Protéger l’homme et l’écosystème
En tant que pays enclavé et membre du marché unique européen, le Grand-Duché ne dispose que d’une seule «frontière» avec les pays hors de l’Union européenne et elle se trouve au cœur du pays : il s’agit de l’aéroport du Findel. Les marchandises à destination d’un État membre devant être contrôlées dès leur entrée dans l’UE, les autorités luxembourgeoises se concentrent sur les cargaisons qui descendent de l’avion. L’ALVA passe au peigne fin les colis qui arrivent au Cargo Center du Findel, ainsi que les bagages privés, en collaboration avec les douanes, au terminal passagers.
«Nos contrôles s’effectuent en trois phases : documentaire, identité et physique», explique Tom Elcheroth, agent de contrôle de l’ALVA au poste de contrôle frontalier. Il s’agit ainsi de vérifier l’exhaustivité et la conformité des documents administratifs, puis de constater la cohérence entre la marchandise déclarée et celle présente sous les yeux du contrôleur, avant de terminer par une inspection sanitaire et phytosanitaire.
Rien n’est laissé au hasard, puisque les risques encourus sont grands et parfois sous-estimés : «Le danger est d’importer des espèces invasives de l’étranger ou des maladies phytosanitaires qui perturberaient notre écosystème et provoqueraient des pertes de biodiversité.» Les fruits et légumes importés peuvent, par exemple, contenir la bactérie Xylella fastidiosa qui a décimé des oliviers dans le sud de l’Italie, ou le scarabée Popillia japonica, qui ravage les feuilles et racines.
Pour les particuliers, «le mieux est de ne rien rapporter», même si cinq fruits frais sont tout de même dispensés de certificat phytosanitaire : ananas, noix de coco, durian, datte, banane. En dehors de ces exceptions et des produits secs, congelés ou cuits, les passagers s’exposent à des saisies. En 2025, un total de 316 saisies a été effectué au terminal passagers, représentant 1 674 kg de fruits, légumes, plantes, semences
et terre.

Avec l’aide des douanes, l’ALVA réalise des contrôles et saisies au terminal passagers du Findel. (Photo : archives lq/alain rischard)
877 kg de denrées animales saisis
Pour les animaux vivants, le contrôle se fait également en trois temps sur la base d’une «loi colossale de centaines de pages», explique Jacob Vedder. Cet inspecteur-vétérinaire travaille au respect de la santé publique et du bien-être animal. L’ALVA veille au bon état de santé de l’animal, examine l’impact du transport et réalise des prélèvements sanguins systématiques ou aléatoires afin de confirmer les résultats sanitaires déclarés par le pays d’origine. «Le plus souvent, nous avons surtout des chevaux et des porcs, quelques chiens, mais parfois nous avons aussi des alpagas qui doivent aller dans un zoo», raconte Jacob Vedder.
Les diverses marchandises d’origine animale (denrées alimentaires, trophées de chasse, produits germinaux, etc.) subissent également des contrôles portant sur l’état du produit, le respect de la température, l’emballage, et des échantillonnages sont parfois réalisés en vue d’effectuer une recherche microbiologique. Le but est d’éviter les contaminations par des pesticides ou des résidus médicamenteux ainsi que la propagation de maladies animales telles que la fièvre aphteuse et la peste porcine, qui peuvent être transmises par le lait et la viande de porc.
Les passagers voulant passer les portiques du Findel avec des produits d’origine animale doivent d’ailleurs être vigilants. «Il est strictement interdit de prendre de la viande ou des produits laitiers avec soi. Il y a une dérogation de 20 kg maximum pour le poisson et une dérogation de 2 kg pour les autres denrées du type miel, œufs ou coquillages», rappelle la Dr Malou Grasges.
Bien qu’ils ne soient pas systématiques, des contrôles ont lieu à la douane. Ils ont permis en 2025 de réaliser 195 saisies pour un poids total de 877 kg, dont plus de 630 kg concernent de la viande et des produits carnés et environ 150 kg pour du fromage et des produits laitiers.

Au Cargo Center, des chevaux et des porcs, notamment, sont contrôlés par les inspecteurs-vétérinaires de l’ALVA. (Photo : archives lq/tania feller)
L’étiquette portant le logo européen de l’agriculture biologique implique plus de contrôles qu’aucune autre. Peu importe l’origine du produit déclaré bio, les contrôles sont identiques et couvrent toute la chaîne alimentaire.
Au stade de la production, des organismes de contrôle indépendants réalisent des inspections annuelles et inopinées afin de valider le respect des normes de production végétales et animales. Au stade de la transformation, un audit annuel vérifie la conformité des méthodes de préparation, l’étanchéité des flux entre produits bios et conventionnels, ainsi que la traçabilité. Au dernier stade de la commercialisation, la surveillance porte sur l’exactitude de l’étiquetage et la fiabilité de la traçabilité, que complètent des analyses d’échantillons par sondage.
Pour qu’un produit issu d’un pays tiers conserve son appellation bio à son arrivée dans l’Union européenne, au Findel ou ailleurs, il doit respecter deux piliers obligatoires. D’une part, le producteur ou transformateur doit être certifié par un organisme de contrôle reconnu par l’UE, avec des standards strictement identiques aux règles européennes. De l’autre, un certificat d’inspection doit être émis avant chaque expédition dans la base de données européenne TRACES, sans quoi l’entrée dans l’UE est impossible.
Agente de contrôle de l’ALVA, Valérie Zoller arpente le Cargo Center en compagnie d’une collègue à quatre pattes : Lilly. Cette jeune chienne renifleuse appartient à la race du chien d’eau romagnol et travaille depuis octobre 2024 à la détection des larves d’Anoplophora glabripennis et Anoplophora chinensis. Elles donnent naissance au capricorne asiatique et au capricorne asiatique des agrumes, deux des ravageurs de feuillus les plus dangereux au monde.
Leurs larves sont aussi bien insérées dans l’écorce des arbres que dans les matériaux d’emballage des colis, notamment les palettes en bois. Des zones inaccessibles pour le contrôle visuel de l’être humain, mais qui n’échappent pas au flair de Lilly. Après être allée en 2025 s’entraîner en Italie dans une zone infestée par les deux coléoptères, Lilly devrait prochainement suivre une formation de surveillance pour les fruits.