Déterminée à aborder la politique sociale de manière transversale, la Ville de Dudelange dispose désormais de données fines illustrant son dynamisme comme ses inégalités.
Lancé en 2024 en collaboration avec le Liser, l’Observatoire social de la Ville de Dudelange vient de rendre public son premier rapport. Un portrait inédit et fouillé, où se croisent sur 300 pages analyses statistiques approfondies et expertises des services communaux.
Un document crucial pour piloter les politiques publiques dont plusieurs communes du pays se sont déjà dotées. Après Esch-sur-Alzette en 2018, Luxembourg en 2019 et Schifflange en 2022, Dudelange fut la quatrième à se lancer, un an avant Wiltz.
L’outil va permettre aux élus d’anticiper les besoins des 22 043 habitants avec, en ligne de mire, la construction d’un nouveau plan de cohésion sociale incluant les questions liées à l’emploi, la formation, la santé, le logement et la culture.
«L’avantage, c’est de voir apparaître les réalités sociologiques comme sur une radiographie», explique le bourgmestre Dan Biancalana.
Un pôle de plus de 10 000 emplois
Les chercheurs ont dégagé quelques constats importants. D’abord, le positionnement de Dudelange en tant que territoire économique régional influent.
«Quatrième commune du Luxembourg et deuxième pôle d’emploi de la région Sud, la ville incarne un carrefour dont l’aire d’attraction s’étend jusqu’à Thionville côté français et Merzig côté allemand», note Frédéric Durand, du Liser. La commune compte 10 328 emplois, dont 55 % sont occupés par des étrangers, et parmi ceux-ci, 40 % de frontaliers français.
Dans cette ville moyenne à la croissance démographique mesurée, les chercheurs soulignent un «équilibre durable entre développement urbain et qualité de vie des habitants».
Des inégalités entre nord et sud
Toutefois, de sérieux contrastes apparaissent entre quartiers. «L’arc nord, comprenant le Boudersberg, Ribeschpont, Burange, Wolkeschdall et Lenkeschléi-Kräizbierg, est plus favorisé. Davantage de ménages luxembourgeois y résident, travaillant dans la fonction publique ou des fonctions de cadre, avec un vieillissement plus affirmé aussi», décrit Kristell Leduc, du Liser.

Le bourgmestre a échangé ce mardi à l’hôtel de ville avec Frédéric Durand et Kristell Leduc. (Photo : alain rischard)
«On voit une dominante étrangère dans l’arc sud comprenant le Centre, Italie et Schmelz, avec une population plutôt jeune qui travaille dans des branches comme le commerce, la construction ou le nettoyage, et a donc des revenus plus faibles. Beaucoup perçoivent des aides sociales.»
Une ville jeune grâce à la diversité
Au point de vue démographique, les chercheurs constatent que Dudelange est une ville qui reste jeune, avec une moyenne d’âge de 41 ans, grâce à la présence d’étrangers.
Une diversité qui a tendance à se renforcer ces dernières années, avec 105 nationalités répertoriées en 2021 contre 89 dix ans plus tôt. C’est à Burange et au Boudersberg que vivent le plus de seniors, tandis que les quartiers les plus jeunes sont Schmelz et Italie.
Si les couples avec enfants (26 %) sont en moyenne plus nombreux à Dudelange qu’à l’échelle nationale (23 %), la commune compte aussi le double de familles monoparentales – majoritairement des mères. Elles représentent 9 % des ménages, contre 5 % seulement dans tout le Grand-Duché.
Schmelz et Italie plus fragiles
Sans surprise, c’est dans l’arc nord que le niveau de vie des ménages est le plus haut (entre 51 000 et 55 000 euros par an en moyenne), les quartiers Schmelz et Italie plafonnant quant à eux entre 38 000 et 41 000 euros.
Des fragilités qui entraînent une pression sur le logement abordable, dont l’accès et le maintien s’avèrent de plus en plus difficiles, pointe le Liser, notamment face à l’augmentation des loyers : pour un appartement, il fallait débourser en moyenne 900 euros en 2010, contre 1 500 euros en 2024.
«On ne connaissait pas ce chiffre»
Pour l’équipe communale, cet épais rapport met en lumière des points jusque-là ignorés et va servir de guide face aux mutations à venir.
«Ce chiffre de 9 % de familles monoparentales vivant dans le quartier Brill, on ne le connaissait pas. Sachant que ces ménages sont particulièrement exposés au risque de pauvreté, on va travailler nos politiques sociales en conséquence», affirme Dan Biancalana.
«On devra aussi veiller à ce que l’écart entre nord et sud ne se creuse pas davantage, et à la façon dont les 3 600 nouveaux habitants du futur quartier NeiSchmelz vont s’intégrer. Un enjeu majeur pour la cohésion sociale.»