Pour le 1er-Mai, le Statec s’est penché sur le monde du travail au Luxembourg. Les données recueillies indiquent une évolution certaine : le travail «classique» à temps plein, en CDI et aux horaires de journée, ne concerne plus qu’une minorité de résidents.
«Près de deux travailleurs sur trois (66 %) exercent au moins une forme de travail atypique, marquée par des horaires décalés, le temps partiel ou le travail le week‑end», constate l’Institut de la statistique dans sa dernière édition de sa revue Regards dressant un panorama sur le monde du travail luxembourgeois à l’occasion du 1er-Mai.
L’activité professionnelle exercée à temps plein, en CDI, de 8 h à 17 h du lundi au vendredi – autrement dit le travail typique – n’est plus pratiquée que par 34 % des travailleurs résidents. En 2025, les 66 % restants ont eu recours à un ou plusieurs des modèles de travail atypiques : CDD (9,1 % des salariés), temps partiel (18,4 %), le dimanche (21 %), en soirée (36 %), de nuit (15 %) ou encore posté (moins de 20 %). Ces quatre derniers points se pratiquent surtout dans les secteurs du transport et de l’entreposage, de l’Horeca et de l’agriculture.
Au-delà des horaires et des formes d’emploi, ces transformations du travail s’accompagnent aussi de déséquilibres persistants entre les femmes et les hommes. Ainsi, 61 % des femmes déclarent avoir déjà adapté ou interrompu leur activité professionnelle pour des raisons familiales, contre 45 % des hommes. «Assumer ces responsabilités peut entraîner des changements dans la situation professionnelle : réduction du temps de travail, modification des horaires, ou encore changement d’emploi», écrit le Statec. Cette différence s’observe également dans le recours aux congés familiaux : 77 % des femmes en ont posé, contre 48 % des hommes, avec des durées généralement plus longues.
Le télétravail acquis
Autre évolution notable rapportée par le Statec : le télétravail s’est installé durablement dans la vie professionnelle. Environ 36 % des personnes en emploi travaillent désormais au moins occasionnellement depuis leur domicile, un niveau qui s’est stabilisé après le pic observé durant la pandémie. Mais cette pratique reste très inégalement répartie selon les secteurs : elle concerne surtout les activités extraterritoriales, financières, scientifiques ou liées aux technologies, tandis qu’elle demeure marginale dans l’enseignement, la santé ou encore la construction. Parmi les télétravailleurs, 8 % le sont 32 heures ou plus par semaine, 14 % moins de 8 heures et 78 % entre 8 et 31 heures.
Le Statec indique aussi que, par rapport à 2024, le télétravail progresse légèrement dans l’enseignement, l’administration publique, ainsi que dans les activités financières et d’assurance, tandis qu’il recule dans les technologies de l’information et de la communication et dans les activités extraterritoriales.
Ces mutations reflètent enfin une segmentation accrue du marché du travail. Les emplois compatibles avec le télétravail concernent majoritairement des profils qualifiés, alors que les métiers nécessitant une présence physique restent soumis à des contraintes horaires plus fortes et à des formes d’emploi atypiques. Finalement, le modèle unique du travail «classique» apparaît de plus en plus comme une exception plutôt que comme la norme.
Le Grand-Duché comptait, au dernier trimestre 2025, 494 000 salariés composés comme suit :
- 58 % des salariés sont des hommes, 42 % des femmes
- 262 000 salariés résidents, la moitié a la nationalité luxembourgeoise
- 232 000 frontaliers (129 000 frontaliers français, 52 000 allemands, 51 000 belges)
- 47 % des salariés sont donc frontaliers
- seul un salarié sur quatre a la nationalité luxembourgeoise