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Incendies en France : le Luxembourg dépêche un avion bombardier d’eau


Le gouvernement a mis à disposition un avion bombardier d’eau d’Aquarius Aerial Firefighting. (Photo : afp)

Le Luxembourg va dépêcher un avion bombardier d’eau et 15 pompiers pour venir en aide aux secours français en Gironde.

Face à l’intensification des incendies qui frappent la France, le Luxembourg va finalement engager des moyens importants pour venir en aide à son voisin. Le gouvernement luxembourgeois a annoncé, ce mercredi après-midi, la mise à disposition d’un avion bombardier d’eau qui sera déployé en Gironde, ainsi que l’envoi de 15 pompiers du Corps grand-ducal d’incendie et de secours (CGDIS). Une mobilisation décidée dans le cadre du mécanisme européen de protection civile (lire l’encadré ci-dessous).

À l’initiative du Premier ministre, et en concertation avec le ministre des Affaires intérieures et le CGDIS, le gouvernement a décidé de mettre à disposition de la France un avion bombardier d’eau d’Aquarius Aerial Firefighting, une société luxembourgeoise détenue à 100 % par Cargolux et spécialisée dans la lutte aérienne contre les incendies. L’appareil doit rejoindre la Gironde afin de renforcer les moyens déjà engagés sur le terrain.

Aquarius AFF exploite des avions de type Air Tractor AT-802 Fire Boss, plus concrètement, des appareils amphibies spécialement conçus pour les opérations de lutte contre les incendies. La société, basée au Luxembourg, a été lancée par Cargolux avec l’ambition de répondre au manque de capacités de lutte aérienne contre les feux en Europe et au-delà. En janvier 2024, la société annonçait vouloir constituer une flotte de 12 appareils, dont trois déjà livrés à l’époque et une montée en puissance prévue sur plusieurs années.

Il s’agit d’appareils très flexibles, capables de décoller sur de courtes distances, de se poser sur l’eau comme sur terre, avec une autonomie de 3 heures de vol. Sur un lac comme sur une rivière, il leur faut moins de 15 secondes pour engloutir 3 000 litres d’eau à larguer ensuite au-dessus des flammes. Ces petits avions peuvent aussi travailler en groupe en échangeant des informations capitales pour mener à bien leur mission.

La contribution luxembourgeoise ne se limitera toutefois pas à un avion. Dans le cadre d’un groupe d’appui commun, 15 pompiers du CGDIS vont rejoindre une unité du Service départemental d’incendie et de secours de la Moselle, le SDIS 57. L’équipe mixte doit apporter un renfort humain et logistique aux pompiers français engagés sur les incendies.

Cette décision intervient alors que, quelques jours auparavant, le CGDIS expliquait encore au Quotidien que le Luxembourg ne disposait pas de module spécifique de lutte contre les feux de forêt dans ce cadre européen. La raison avancée était liée à la réalité du risque dans le pays.

«La réalité du Luxembourg est différente de celle des pays du sud de l’Europe», expliquait ainsi Cédric Gantzer, chargé de communication du CGDIS, interrogé avant l’annonce du gouvernement de ce mercredi. Au Luxembourg, les interventions concernent principalement des feux de végétation, dont la hauteur reste généralement limitée à un ou deux mètres, alors que les grands incendies observés actuellement en France ou dans le sud de l’Europe peuvent atteindre la cime des arbres et se propager sur des surfaces beaucoup plus importantes.

Le CGDIS ne considère donc pas, jusqu’à présent, que le Grand-Duché dispose d’une exposition suffisante au risque pour justifier la constitution d’un module national spécialisé, comparable à ceux proposés par certains pays particulièrement confrontés aux feux de forêt. «Nous n’avons pas de tels feux de forêts ici au Luxembourg», expliquait Cédric Gantzer. Et, en cas d’événement majeur, le pays peut compter sur ses voisins européens à travers le mécanisme européen de protection civile pour recevoir des renforts.

La Belgique aussi en renfort

Le CGDIS n’exclut toutefois pas une évolution de cette doctrine. Des études seraient en cours pour évaluer la pertinence de développer de nouveaux moyens à l’échelle nationale. Mais une telle décision ne pourrait pas être prise immédiatement. «Même si on envisageait d’avoir de tels moyens au Luxembourg, il faut être réaliste, cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il faut peser le pour et le contre et voir la pertinence d’un tel dispositif ici», expliquait le chargé de communication.

La question est donc aussi celle du rapport entre le coût d’un dispositif spécialisé et la fréquence réelle des interventions au Luxembourg. Selon le CGDIS, environ 95 % des feux sont éteints depuis le sol. Les moyens aériens ne sont nécessaires que dans une proportion limitée des interventions. Or, même la France, pourtant beaucoup plus exposée aux incendies de forêt, ne dispose que d’un nombre limité d’avions spécialisés, au regard de la taille de son territoire. «Donc imaginez au Luxembourg!», résumait Cédric Gantzer.

La Belgique a elle aussi décidé de mobiliser d’importants moyens pour venir en aide à la France, avec l’envoi de renforts pour épauler les secours sur le terrain. Au-delà de la Gironde, plusieurs autres pays européens sont confrontés cet été à des incendies d’une ampleur parfois exceptionnelle, mettant leurs propres services de secours sous forte pression. Une situation qui souligne une nouvelle fois l’importance de la solidarité et de la coopération européennes face à la multiplication des feux.

C’est quoi le mécanisme européen de protection civile?

Le Mécanisme européen de protection civile est, en simplifiant, le système par lequel un pays européen confronté à une catastrophe majeure peut demander officiellement de l’aide aux autres États. L’UE coordonne la réponse, mais ce sont les États membres qui fournissent les moyens. Ici, c’est simple : la France a demandé de l’aide, puisqu’elle a estimé que ses propres moyens ne suffisent plus. Elle a donc demandé l’activation du mécanisme via le Centre de coordination de la réaction d’urgence (ERCC) de la Commission européenne.

La demande précise généralement les besoins : par exemple, des avions bombardiers d’eau, des hélicoptères, des pompiers, des véhicules ou autres capacités. L’ERCC joue alors le rôle de centre de coordination entre le pays demandeur et les autres pays.

Une fois la demande reçue, les États participants indiquent s’ils peuvent mettre à disposition les moyens demandés. Dans le cas des incendies de forêt, les moyens peuvent être organisés sous forme de «modules», qui définissent une capacité opérationnelle préidentifiée, composée de personnel et de matériel, et qui peut être mobilisée rapidement pour une mission donnée.

Pour les feux de forêt, l’UE prévoit différents types de capacités, par exemple :

  • des équipes terrestres de lutte contre les incendies ;
  • des modules de lutte contre les incendies depuis les airs ;
  • des hélicoptères ;
  • des avions bombardiers d’eau ;
  • des équipes spécialisées dans certaines opérations.

L’idée est de ne pas improviser complètement une intervention au moment de la catastrophe : les États peuvent avoir des capacités préalablement enregistrées et organisées pour être mobilisées rapidement. Ici, le Luxembourg, ne disposant pas d’expertise suffisante face aux feux de forêts ni du matériel adéquat, ne fait pas partie des États pouvant apporter de l’aide via ce dispositif.

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