Mediapart a dévoilé des messages antisémites attribués au président du Rassemblement national, Jordan Bardella. Ce dernier nie les faits et parle de faux grossiers.
Mediapart a publié lundi des messages antisémites datant de 2013 attribués à Jordan Bardella, alors jeune militant du Front national. Le président du RN conteste «formellement», évoquant des «faux grossiers», tandis que Marine Le Pen, candidate du parti à l’Élysée, dénonce «une barbouzerie».
Cette enquête de plusieurs mois s’appuie notamment sur des conversations privées, que Mediapart affirme avoir pu authentifier, et qui auraient été écrites par Jordan Bardella à l’été 2013, alors qu’il avait entre 17 et 18 ans. Ces conversations, dont le journal ne précise pas le ou les destinataires, retranscrivent plusieurs propos antisémites.
Parmi les extraits de conversation, Jordan Bardella aurait envoyé : «Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur». Le militant, qui a rejoint le parti d’extrême droite un an et demi plus tôt, aurait ajouté : «Et c’est ce qu’ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale».
Dans d’autres messages, il ciblerait directement des personnalités, comme Pierre Moscovici, alors ministre de l’Économie de François Hollande, qui voudrait «sauver les entreprises» pour «venger Moïse». «Les ministères les plus importants reviennent à des personnes pour qui Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts français», aurait-il écrit.
Il afficherait également son soutien à Dieudonné, l’humoriste déjà condamné à l’époque pour provocation à la haine, qui «mène un vrai combat d’idée», selon les propos retranscrits dans Mediapart. Sollicité par le journal, Jordan Bardella, appelé à devenir Premier ministre de Marine Le Pen en cas de victoire du RN à la présidentielle, a d’abord démenti auprès du média. «Le fait que je n’étais pas militant actif au sein du Front national durant l’été 2013, et encore mineur, devrait vous alerter sur le caractère mensonger de ces « sources »», a-t-il déclaré.
Au sujet d’éventuels documents communiqués en ce sens, «il s’agit nécessairement de faux grossiers et d’une véritable opération de barbouzerie», écrit encore le président du RN. «Je conteste formellement les accusations portées à mon endroit par Mediapart, me prêtant des propos délirants et antisémites», a-t-il ensuite réagi sur X après la publication de l’enquête, affirmant avoir chargé son avocat d’engager «les procédures nécessaires».
Le Pen réplique, Tondelier appelle à la démission
Marine Le Pen, candidate du parti à l’Élysée et en tête des sondages, a également réagi. «Ça me paraît tellement dingue que ça ne peut être qu’un faux, qu’une barbouzerie dont Mediapart a le secret», a-t-elle déclaré en marge du salon des professionnels de la construction à Paris.
Le Rassemblement national mène une stratégie de «dédiabolisation» depuis que Marine Le Pen a repris en 2011 les rênes du parti à son père, Jean-Marie Le Pen, connu pour ses propos négationnistes qui lui ont valu d’être condamné à plusieurs reprises par la justice. Quant à Jordan Bardella, il avait été en mars 2025 le premier dirigeant de ce parti officiellement invité par le gouvernement israélien à venir en Israël pour une conférence sur la lutte contre l’antisémitisme.
«C’est une illustration des limites de la dédiabolisation du Rassemblement national», a dénoncé le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Yonathan Arfi. «Je suis comme chacun stupéfait par la violence des propos antisémites attribués à Jordan Bardella, que même la jeunesse ne saurait évidemment expliquer», a ajouté Yonathan Arfi, pour qui l’ADN du RN, parti «refuge des identitaires et des complotistes, n’a pas fondamentalement changé».
La publication de ces messages a également suscité des réactions indignées de la gauche, notamment parmi les candidats à l’Élysée. «Il doit démissionner de toutes ses fonctions», a réagi sur X la patronne des Écologistes, Marine Tondelier, dénonçant «un antisémite obsessionnel». «Les enfants spirituels de Le Pen ne changeront jamais. Depuis le FN, fondé par des Waffen-SS, jusqu’au RN d’aujourd’hui, ils resteront les mêmes : antisémites, racistes, complotistes», a écrit le communiste Fabien Roussel.
«On comprend mieux aujourd’hui pourquoi Bardella a pu dire que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite», a ironisé Olivier Faure, premier secrétaire du PS. En novembre 2023, Jordan Bardella avait affirmé que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite, malgré les condamnations judicaires, avant de rétropédaler quelques jours plus tard, évoquant «une maladresse».
Jordan Bardella, a pris sa carte au Front national (FN) en 2012 au lendemain d’un débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. À 18 ans, il devient responsable de la fédération 93 du FN, avant son ascension fulgurante jusqu’à la tête du parti – devenu Rassemblement national.
Un volet de l’enquête de Mediapart développe également une «fascination» qu’aurait eue le jeune militant pour Alain Soral, l’idéologue antisémite qui a rompu ses liens avec le FN en 2009. Quatre ans plus tard, dans ces mêmes conversations, Jordan Bardella aurait écrit au sujet de l’essayiste, déjà condamné pour diffamation raciale et incitation à la haine : «Ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits». Mediapart affirme que le jeune militant RN aurait évoqué par exemple «la soumission de la France à une logique sioniste» ou le fait que «sionisme et domination bancaire so[ie]nt liés (Goldman Sachs, Rotschild, Lehman Brothers…)».