Si le Grand-Duché figure parmi les pays les moins corrompus au monde, une part importante des citoyens et des entreprises considère que la corruption est bien ancrée au Luxembourg. La riposte s’organise.
Début juillet, le parquet de Luxembourg a informé sur une affaire énorme de corruption touchant la direction de l’Immigration. Elle concerne plus de 200 demandeurs originaires de pays tiers, qui, sur la base de documents falsifiés, ont pu bénéficier de prestations sociales indues de la part de l’État. Entretemps, 25 personnes sont inculpées dans ce dossier. Le parquet rappelle le principe de la présomption d’innocence.
Cette affaire fait tâche alors que le Grand-Duché figure, selon «Transparency International», parmi les pays les moins corrompus de l’Union européenne (4e rang) et du monde (8e rang). Le Luxembourg a obtenu en 2025 la note de 78/100, un score indiquant un niveau de corruption «faible».
Ces chiffres sont repris dans le rapport annuel de la Commission européenne sur le respect de l’État de droit. Le Luxembourg est globalement crédité d’un bon bilan. Les experts de l’UE mettent notamment en avant le niveau d’indépendance «très élevé» de la justice. Un des chapitres du rapport est dédié au cadre légal mis en place pour lutter contre la corruption.
Il s’avère que l’indice global qui permet au Grand-Duché de figurer parmi les meilleurs élèves en la matière est nuancé par les résultats d’un «Eurobaromètre spécial».
Réalisée cette année, cette enquête montre que près de la moitié des personnes sondées (48 %) estiment que la corruption est bien répandue au Luxembourg. La moyenne européenne se situe à 71 %. Près d’un citoyen sur cent (8 % contre 30 % en moyenne dans l’UE) se sent personnellement touché par la corruption dans sa vie quotidienne.
En ce qui concerne les entreprises, 38 % des patrons interrogés estiment que la corruption est répandue au Luxembourg (moyenne européenne de 65 %). Un tiers estime que la corruption est un problème dans le monde des affaires (moyenne européenne de 37 %). Un autre chiffre inquiétant : 31 % des entreprises (30 % en moyenne dans l’UE) considèrent que la corruption les a «empêchées en pratique» de remporter un appel d’offres public au cours des trois dernières années.
«Les marchés publics restent un domaine à haut risque (…)», note le rapport de la Commission, «tandis que les mécanismes de corruption dans le secteur financier à haut risque deviennent de plus en plus sophistiqués».
La justice sévit, les enquêtes s’accélèrent
Alors que des signaux d’alerte subsistent, il est positif de constater que 40 % des personnes interrogées estiment qu’il existe un «nombre suffisant» de poursuites ayant abouti à des «condamnations pour dissuader les personnes à se livrer à des pratique de corruption». La moyenne européenne se situe à 38 %. Près de la moitié des patrons (46 %, moyenne européenne de 31 %) sont d’avis que les entreprises poursuivies pour «corruption d’un haut fonctionnaire sont sanctionnées de manière appropriée».
En ce qui concerne des malversations présumées dans l’attribution de marchés publics, 77 % des entreprises estiment que le niveau d’indépendance du Tribunal administratif, qui fait figure d’instance de contrôle, est «très satisfaisant» ou «plutôt satisfaisant».
En 2025, le nombre de condamnations dans les affaires de corruption a atteint son niveau le plus élevé depuis 2020. Le chiffre se trouve néanmoins à un niveau assez bas : six condamnations l’an dernier contre quatre en 2024. La justice s’est vu signaler 11 affaires en 2025, un chiffre en légère hausse par rapport aux 9 affaires enregistrées en 2024. Le dernier pic date de 2023 (31 affaires) contre 28 affaires en 2022, 22 en 2021 et 29 en 2020.
Une modification du code pénal en décembre 2025 permet désormais au procureur d’État de requérir plusieurs mesures coercitives auprès du juge d’instruction sans ouverture d’une instruction préparatoire, y compris dans les cas de corruption présumée. «Cette modification devrait accélérer les enquêtes et offrir la possibilité d’allouer des ressources disponibles aux affaires les plus graves et les plus complexes», note la Commission européenne.
En parallèle, la police judiciaire et la justice ont considérablement augmenté leurs ressources humaines en recrutant des juges d’instruction, des agents spécialisés dans les affaires de criminalité économique et financière, des analystes et des informaticiens ou encore des agents chargés de l’entraide judiciaire internationale.
Plus globalement, le gouvernement a lancé les démarches pour doter le Luxembourg d’une Stratégie nationale de lutte contre la corruption.