Derrière les milliards injectés dans la Défense nationale, le Syndicat professionnel de l’armée dénonce une dégradation des conditions de travail, un dialogue social quasi inexistant et alerte sur l’attractivité du métier.
À l’heure où le Grand-Duché ne cesse d’investir dans la Défense afin d’y dédier 5 % de la part de son revenu national brut (RNB) d’ici 2035, comme promis envers l’OTAN, la colère gronde au sein de son armée. Au cours de sa conférence de rentrée, le Syndicat professionnel de l’armée luxembourgeoise (SPAL) a en effet tiré la sonnette d’alarme en partageant un constat critique sur l’état des troupes et l’organisation de la défense nationale.
«La situation actuelle au sein de l’armée luxembourgeoise n’est pas satisfaisante», débute le communiqué de presse qui énumère un certain nombre de reproches. Par rapport aux conditions de travail, le syndicat réclame une étude de satisfaction indépendante, neutre et transparente afin de communiquer en transparence sur les maux du personnel qui seraient nombreux : charge de travail trop élevée en permanence, changements de postes imprévisibles, nombreux déplacements et exercices, planification insuffisante.
«Les problèmes du personnel de l’armée doivent enfin être pris au sérieux», insistent les représentants qui évoquent même un style de micromanagement, «avec des conséquences qui peuvent, à terme, devenir un risque pour la sécurité physique et mentale».
Les primes ne suffisent pas
En rendant ces problèmes publiques, l’attractivité de l’armée est forcément menacée alors que l’objectif est de doubler l’effectif d’ici 2035 selon les derniers chiffres avancés par le chef d’état-major, le général Steve Thull, en commission parlementaire en juin dernier. Afin d’y parvenir, un paquet de mesures a notamment été approuvé par le Conseil de gouvernement en décembre 2025 afin renforcer la capacité de recrutement et de fidélisation.
Parmi ces mesures se trouvaient, entre autres, une hausse de la solde de base des soldats volontaires d’au moins 530 euros bruts mensuels, ainsi qu’une révision à la hausse de leur prime de démobilisation. Pas de quoi contenter le SPAL qui souligne que «l’attractivité de l’armée ne passe pas uniquement par l’argent». À leurs yeux, il est également urgent d’agir afin d’alléger la charge de travail, créer un interlocuteur «bien-être au travail», soutenir davantage les familles de militaires, augmenter le nombre de logements de service ou encore garantir un plan de carrière.
Sur ce dernier point, «une revendication qui date de longues années», le souhait est de faciliter la conversion des soldats volontaires au sein de l’administration ou des communes après leur service militaire. Globalement, le SPAL juge «irresponsable de continuer à procéder à des ajustements ponctuels, sans remettre en question le fonctionnement global du système». Il en appelle à un «courage politique» afin d’assurer une stratégie à long terme autour du statut du soldat, «indispensable pour garantir stabilité, perspectives et sécurité de planification au personnel».
Un dialogue social «indigne»
Sur le plan opérationnel, «le projet de bataillon binational à Arlon soulève par ailleurs encore trop de questions». Pour rappel, le Grand-Duché s’est allié à la Belgique afin de constituer une unité commune d’environ 700 soldats, dont la moitié de Luxembourgeois, afin de répondre à la demande de l’OTAN qui exige que chaque pays fournisse des unités complètes et opérationnelles. Pour ce faire, la Défense nationale partage les coûts et la logistique avec sa voisine belge en stationnant certains de ses militaires de l’autre côté de la frontière.
Déjà en proie à une surcharge de travail, «il est hors de question de compenser les besoins en personnel par des doubles fonctions entre Diekirch et Arlon». Des réponses aux questions juridiques, administratives et familiales liées à cet engagement en Belgique sont attendues, que ce soit au niveau du logement, du statut fiscal, du transport ou du soutien aux familles. Afin d’éviter de nombreux déplacements en Belgique ou ailleurs, le SPAL revendique aussi la création d’un centre de formation au Härebierg «pour la formation militaire de base, tandis que les formations spécialisées continueraient à être assurées auprès de nos partenaires internationaux».
Face à ce lot de revendications et de critiques, «le SPAL appelle désormais à passer des déclarations aux actes» et signe son communiqué par une phrase en ce sens : «Une armée pour les gens, pas pour la photo». Le dialogue social se serait fortement détérioré avec la direction de la Défense et «a atteint un niveau indigne». «Les échanges sont rares. Souvent, le SPAL doit apprendre par la presse ce qui se passe dans sa propre institution», tandis que les courriers restent «sans réponse pendant plusieurs mois, voire sans réponse tout court».