La police grand-ducale a présenté jeudi son rapport d’activité 2025 avec une stabilité des chiffres de la délinquance qu’elle souhaite encore réduire grâce à une présence accrue et des nouveaux outils de pointe.
Déplorée par les uns, fantasmée par les autres ou encore brandie comme argument politique, l’insécurité est au cœur des discussions mais ne demeure qu’un sentiment sans la réalité des chiffres et des faits. La présentation du rapport 2025 de la police grand-ducale organisée jeudi à la cité policière Grand-Duc-Henri est ainsi l’occasion d’avoir un bilan exhaustif sur les grandes tendances de la délinquance, tout en mettant en lumière l’évolution des modes opératoires des forces de l’ordre.
«Par rapport à 2024, nous constatons qu’il n’y a pas eu d’augmentation de la délinquance», se réjouit Pascal Peters, directeur général de la police. «Nous avons une évolution stable, l’idéal étant bien sûr une diminution, mais nous restons, malgré tout, au même niveau que l’augmentation de la population», ajoute-t-il.
Bien que très général, un chiffre illustre cette stabilité : celui des affaires menées par la police. Tandis que le nombre de résidents a augmenté de 1,5 % en une année, frôlant la barre des 682 000 en janvier 2025, le nombre d’affaires a suivi la même tendance sur la période. Au total, 41 489 affaires ont été ouvertes en 2025, contre 40 954 en 2024, soit un ratio de 6 005 affaires pour 100 000 habitants.
Le phishing et les vols dans le viseur
Dans le détail, le premier responsable de l’institution affirme que «beaucoup de phénomènes diminuent mais il y en a deux qui nous inquiètent un peu». Le premier d’entre eux concerne la cybercriminalité et la tendance du phishing, aussi appelé hameçonnage. Bien que cette fraude numérique ne représente qu’une infime part de la criminalité, les dégâts causés par les vols d’identifiants, les piratages et les usurpations d’identité sont conséquents : «Certaines victimes ont connu des pertes financières énormes, jusqu’à perdre tous leurs avoirs».
Entre 2024 et 2025, les cas d’abus de confiance et d’usurpations d’identité ont augmenté respectivement de 2,4 % et 6 %, suite à quoi «nous avons créé une « task-force » grâce à laquelle nous avons pu arrêter une trentaine d’auteurs qui étaient des résidents et nous avons pu récupérer et redistribuer aux victimes plus de 20 millions d’euros».
Le deuxième point de vigilance de la police concerne l’évolution des vols, notamment ceux commis avec violence. Alors que les vols simples ou à la tire (13 945 cas) ont augmenté de 14,2 % en un an, les méfaits commis avec menaces (637 cas) ou avec une arme (94 cas) ont, eux, bondi de 30,8 %.
«Nous avons identifié près de la moitié des auteurs, mais nous nous travaillons sur des mesures pérennes afin d’éviter qu’ils ne recommencent pas, car on constate une grande part de multirécidivistes», admet Pascal Peters, qui évoque «des voleurs avec toute la panoplie : cambriolage, vol violent ou vol simple». Cent trente-deux personnes ont notamment été arrêtés en flagrant délit pour cambriolage et 223 auteurs présumés ont été identifiés.
Les bienfaits de la police locale
Pour ceux qui déplorent le manque de policiers dans les rues, le rapport met en avant l’impact de la police locale présente à Luxembourg, Esch-sur-Alzette, Grevenmacher, Differdange et prochainement à Dudelange. En un an, les patrouilles de cette unité de proximité sont passées de 2 000 à 5 700, permettant ainsi d’augmenter la présence policière globale de 5,4 % afin d’atteindre les 71 700 patrouilles sur l’année. La police grand-ducale dit également avoir renforcé de 6,4 % la part de ses agents en contact direct avec les citoyens : ils sont désormais 1 756 sur le terrain sur les 2 592 policiers au total.
Parmi les motifs de satisfaction se trouve d’ailleurs le recul du nombre d’outrages à agents qui frôlaient les 283 cas avant de redescendre à 223 en 2025, ainsi que les 4 % d’actes de rébellion en moins.
Concernant la sécurité publique, plusieurs baisses sont à signaler : escroqueries (-13 %), cambriolage des maisons inhabitées (-7,46 %), vandalisme et destructions (-2,2 %), trafic de stupéfiants (-19,5 %), détention de stupéfiants (-25,2 %), consommation de stupéfiants (-37,4 %), plaintes pour atteinte à l’intégrité physique (-7,7 %), plaintes pour viols (-7,2 %).
En parallèle, d’autres méfaits moins visibles et plutôt commis dans la sphère privée sont en hausse. C’est le cas de la violence domestique qui progresse dangereusement (+10 % d’interventions), provoquant 16,4 % d’expulsions en plus, ainsi que des menaces (+7,8 %) et diffamations – calomnies – injures (6,1 %) principalement proférées dans le monde virtuel selon la police.

Les unités de police locale ont permis de renforcer la présence policière en 2025. (Photo : archives lq/julien garroy)
-4 111 coups et blessures volontaires.
-622 vols de véhicules.
-414 avertissements taxés pour stupéfiants.
-10 braquages à main armée.
-3 meurtres.
-2 assassinats.
L’an dernier, la police de la route a redoublé d’efforts préventifs en réalisant 5 000 contrôles supplémentaires lors de sa campagne de sécurité routière par rapport à l’édition précédente. Il en ressort que l’usage du téléphone au volant a explosé de 112 %. Au total, 33 000 contrôles routiers ont eu lieu, contre 30 000 en 2024.
Après trois années consécutives de hausses significatives en matière d’avertissements taxés, 2025 est la première année à connaître une baisse annuelle de 17,5 %, portant le total à 358 577 avertissements taxés. Parmi eux, l’écrasante majorité a été émise par des radars automatiques (308 818) pour un montant de 49 euros dans 96 % des cas, tandis que les 49 759 amendes adressées par les policiers vont de 24 à 250 euros.
Malgré une baisse des avertissements taxés, la sévérité des infractions constatées est en hausse à l’image des 2 058 retraits de permis (+17 %). Les raisons principales de ces retraits restent quasi identiques une année sur l’autre, l’alcool étant responsable dans plus de 70 % des cas et la vitesse à 21 %.
Lors de la présentation, le ministre des Affaires intérieures, Léon Gloden, a rappelé les principes d’une police moderne : «Il s’agit d’avoir davantage de personnel, des équipements modernes, des infrastructures adéquates et de rétablir la proximité afin de s’appuyer sur notre principe des 4P que sont le personnel, la présence, la proximité et la prévention».
Pour ce faire, la police grand-ducale doit relever quelques défis, à commencer par celui du recrutement. Tandis que l’objectif affiché est de recruter 200 personnes par an, 144 assermentations ont eu lieu en 2025 pour un renfort net de 94 agents.
Bien que le ministre assure que «le gouvernement tient ses engagements», la question de la féminisation de la profession peut se poser afin de renforcer l’afflux de recrues. À peine un quart de l’effectif est constitué de femmes qui ne représentent que 16,7 % des policiers, contre 41 % des civils. De quoi pousser la police à réserver aux femmes la matinée de sa journée de recrutement en octobre dernier.
Sur le plan de la modernité, l’équipement des agents évolue avec l’arrivée des «body cams», la mise en place de la plateforme d’intelligence artificielle Pulse (conçue avec Europol) ou encore l’instauration du dispositif PIV qui permet aux témoins d’incidents de partager leurs preuves avec les autorités. Pour la proximité, le ministre loue les unités de police locale, l’E-commissariat qui permet la réalisation en ligne de certaines démarches et l’organisation des deux éditions «Op e Kaffi mat der Police» afin de discuter avec les habitants du quartier Gare de la capitale.