Accueil | Culture | [Cinéma] «L’Objet du délit» : quand #MeToo entre en scène

[Cinéma] «L’Objet du délit» : quand #MeToo entre en scène


Photo : anne-françoise brillot

Premier film qu’Agnès Jaoui écrit sans son partenaire Jean-Pierre Bacri, L’Objet du délit place #MeToo sur la scène de l’opéra, coincé entre l’hédonisme de Mozart et les préoccupations modernes. Avec elle, tout le monde en prend pour son grade!

Avec L’Objet du délit, Agnès Jaoui livre une comédie enlevée, autour d’un imbroglio après une accusation d’agression sexuelle dans le milieu de l’opéra. Dans ce long métrage entre Paris et Luberon, une jeune chanteuse accuse une star de l’opéra de l’avoir agressée lors des répétitions des Noces de Figaro. Les tensions montent entre les générations, chacun est sommé de choisir son camp. La représentation pourra-t-elle se tenir?

Dans ce film de troupe, projeté hors compétition au festival de Cannes, Agnès Jaoui joue elle-même une des chanteuses, Daniel Auteuil le chef d’orchestre – il tourne pour la première fois avec la cinéaste aux sept César. Eye Haïdara, Patrick Mille, Jacques Weber figurent également au casting. «À travers cette comédie, je me demande pourquoi les droits des femmes avancent finalement si lentement et jamais définitivement?», déclare Agnès Jaoui.

Dédramatiser et ouvrir le débat 

Elle a justement choisi Les Noces de Figaro, «un opéra du XVIIIe qui témoigne aussi d’une avancée pour les droits des femmes». «Mais finalement, qu’est-ce qui a vraiment changé depuis?» Dans le film, la néophyte metteuse en scène, incarnée par Claire Chust, est en réalité une influenceuse de mode qui veut inverser les rapports, injecter de la sororité. Elle réclame notamment des phallus géants dans son décor. 

Agnès Jaoui épingle les excès des plus conservateurs comme des plus en pointe. «C’est vrai que voir des mouvements féministes se dresser les uns contre les autres, comme de voir la gauche se diviser, cela me désespère parfois et j’avais aussi envie d’en parler», ajoute la réalisatrice. L’Objet du délit ouvre alors le débat en dédramatisant. Le titre a été inspiré par le fait que «très vite, quand on dit « agression sexuelle », le cerveau s’arrête et c’est l’émotionnel qui prend le relais».

Pourquoi les droits des femmes avancent finalement si lentement et jamais définitivement?

Elle poursuit : «Donc on ne sait plus quel est l’objet du délit et on ne sait plus quels sont les faits – on ne veut pas les savoir en fait», selon la cinéaste. «Je pense qu’on ne peut pas juger de la même façon une main sur le genou et une pénétration forcée. Or, parfois, j’ai vu les mêmes condamnations et les mêmes bannissements de la société», déplore-t-elle. Il arrive que «je me demande encore ce qu’on juge, si c’est la domination masculine, si c’est la domination tout court.»

Un travail collectif «très riche»

Un mouvement #MeToo de dénonciation des atteintes aux femmes a aussi émergé dans l’opéra. Agnès Jaoui, qui a eu une formation de chanteuse lyrique, connaît bien le milieu, qu’elle présente de façon accessible et joyeuse. Elle chante elle-même par moments. L’Objet du délit est le premier film qu’elle a écrit et réalisé sans Jean-Pierre Bacri, dont elle était inséparable et qui a disparu en 2021. Agnès Jaoui manie toujours habilement ironie et retournements de situation, mais sans la touche d’humour grinçant de son ancien partenaire.

Elle a d’abord essayé d’élaborer un scénario comme avant, en duo avec une unique personne, mais «c’était impossible pour elle comme pour moi», rapporte la cinéaste. Puis le script a fait des allers-retours entre elle et Noé Debré, puis son frère Laurent Jaoui, Florence Seyvos et Emmanuel Salinger. Ce travail collectif a été «très fructueux, très riche» et lui a permis de surmonter ce deuil de l’écriture. Quant à Daniel Auteuil, il voit dans ce film le moyen d’une réconciliation à venir : «Que les hommes et les femmes, les hommes entre eux, les femmes entre elles, aient envie de se prendre dans les bras. J’attends ça.»

L’Objet du délit, d’Agnès Jaoui.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.