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[Cinéma] «Moana» sur la vague des remakes «live»


La version «live» de Moana est taillée pour devenir l'un des plus gros succès de l'année. (Photo : disney)

Filon très rentable, les remakes des dessins animés de Disney en prises de vues réelles sont devenus un genre prisé de la firme aux grandes oreilles, qui y consacre un budget colossal malgré les critiques qui n’y voient qu’un produit commercial.

Mercredi sort au cinéma Moana, adaptation en prises de vues réelles du film d’animation de 2016, avec Dwayne Johnson en tête d’affiche. L’histoire suit cette jeune fille polynésienne embarquée dans une aventure à travers l’océan, accompagnée du demi-dieu Maui, pour sauver son peuple d’un mal qui ronge leur atoll. Parmi les dernières créations originales de Disney à avoir connu un succès public, Moana a déjà donné naissance à une suite en 2024, puis à ce remake.

Redite quasiment plan par plan du film d’origine, avec les mêmes chansons et des dialogues proches, ce long métrage réalisé par Thomas Kail est taillé pour figurer parmi les plus gros succès de l’année. «La façon dont le film respire est très différente de l’animation (…) c’est l’occasion d’accéder à l’émotion d’une façon particulière», défend le réalisateur, connu pour son travail de metteur en scène de théâtre, par exemple la comédie musicale phénomène Hamilton, dont il a également réalisé la captation pour Disney+ en 2020. Avec un budget estimé à une somme comprise entre 200 et 250 millions de dollars, Moana mise sur un déploiement spectaculaire d’effets spéciaux pour attirer les foules.

La nostalgie à la mode

Cette mode des remakes remonte à 2010 avec Alice in Wonderland, revisité par Tim Burton, qui avait dépassé le milliard de dollars de recettes. Depuis, Disney recycle son catalogue à grande échelle. «Globalement, ça a eu beaucoup de succès, surtout pour les films tirés de la renaissance de Disney dans les années 1980 et 1990», observe Stéphane Durand, spécialiste de la pop culture et de Disney. «Les plus gros succès sont des films qui reprennent presque plan par plan l’original», poursuit-il. «Pour les gens qui s’intéressent à la narration, c’est plutôt pauvre. Mais tant que les films font un milliard de dollars, ça va continuer», affirme Stéphane Durand. Sur la vingtaine de remakes «live action» sortis depuis 2010, trois ont dépassé le milliard de recettes chacun : Aladdin (Guy Ritchie, 2019), Beauty and the Beast (Bill Condon, 2017) et Lilo & Stitch (Dean Fleischer Camp, 2025).

Les plus gros succès sont des films qui reprennent presque plan par plan l’original

Stéphane Durand, spécialiste de Disney

Disney a largement capitalisé sur la nostalgie, poussant les parents à emmener leurs enfants voir les histoires qui les ont marqués dans leur jeunesse. Avec Moana, le studio adapte pour la première fois un film vieux d’à peine dix ans. Depuis Snow White and the Seven Dwarfs (1937), son premier long métrage d’animation, Disney a toujours su faire fructifier «la puissance de ses scénarios et ses personnages» en les faisant vivre sur plusieurs décennies, selon Christian Renaut, auteur de plusieurs ouvrages sur le géant du divertissement. «Les Européens et les Américains n’ont pas la même vision du cinéma. Aux États-Unis, c’est une industrie, en Europe c’est un art», décrit-il, soulignant qu’un échec commercial est le signe d’un film raté outre-Atlantique.

Rentabilité et «prudence»

Depuis le covid, les créations originales ont enchaîné les contre-performances, de Strange World (2022) à Wish (2023), en passant par Encanto (2021), sauvé par le streaming. Le studio privilégie désormais suites, remakes et spin-offs, jugés plus rentables. Pourtant, des signes d’essoufflement apparaissent, comme le semi-échec de The Little Mermaid (Rob Marshall, 2023) ou celui, nettement plus marqué, de Snow White (Marc Webb, 2025). Ces deux films ont par ailleurs été au centre de polémiques liées au choix de leurs actrices principales : Halle Bailey, l’interprète de la sirène Ariel, pour sa couleur de peau noire, et Rachel Zegler, qui a joué Blanche-Neige, à cause de ses origines latino-américaines.

«Les studios doivent veiller à préserver le charme de l’œuvre originale et faire preuve de prudence dans l’utilisation de leur catalogue», avance Caroline Reid, journaliste à Forbes, spécialisée dans l’industrie du cinéma et du divertissement. Avec la baisse de fréquentation des salles et l’essor du streaming, Disney ne semble toutefois pas prêt à freiner. «Beaucoup des films en prises de vues réelles qui ne marchent pas en salle font des cartons en streaming. The Little Mermaid en est un bon exemple», conclut-elle.

Moana,
de Thomas Kail.

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