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[Magazine] À Paris, les squelettes font peau neuve


(Photo : afp)

Après cinq mois de travaux, les Catacombes rouvrent la semaine prochaine, à 20 mètres sous les pavés de la capitale française. Une balade entre les morts réinventée, dans un musée-cimetière qui attire quelque 600 000 visiteurs par an. Visite. 

Près de l’ossuaire où reposent des millions de Parisiens, une célèbre gravure des Catacombes saute aux yeux : «Arrête! C’est ici l’empire de la mort» : après cinq mois de travaux «indispensables», ce «lieu unique au monde» rouvre le 8 avril, avec une scénographie repensée pour attirer un nouveau public. Ainsi, à 20 mètres sous les pavés de la capitale française, le chantier touche enfin à sa fin, et ce sont deux restauratrices qui peaufinent les dernières finitions sur deux piliers peints en noir et blanc. Certains panonceaux d’explication, encore bâchés, sont eux prêts.

«Pour conserver ce lieu, il était urgent de faire des travaux d’amélioration des installations techniques, de la ventilation, de la lumière, de l’électricité…», explique Isabelle Knafou,  administratrice des Catacombes de Paris, afin notamment de protéger les ossements humains dans un environnement au «taux d’humidité proche de 90 %». Preuve en est, des gouttes d’eau tombent régulièrement du plafond de pierre.

Ce matin de fin mars, un filage au «casque immersif» est en cours. Le musée souhaite en effet «plonger le visiteur dans un état sensoriel un peu étrange qu’on vit ici au sein des entrailles de Paris», souligne Isabelle Knafou, lors d’une visite des coulisses du chantier. À l’entrée de l’ossuaire, le sol a été refait. De petits spots tamisés «vont mettre en valeur» le bas des murs d’ossements. Ailleurs, le nouvel éclairage rappellera les visites des Catacombes qui se faisaient à la bougie jusqu’en 1974, rappelle Isabelle Knafou.

Accueillant jusqu’à sa fermeture pour travaux en novembre 2025 quelque 600 000 visiteurs par an – pour les trois quarts étrangers, notamment américains – le musée a vu sa scénographie repensée pour attirer davantage de résidents de la capitale. «J’ai très envie que les Parisiens se réapproprient cette histoire», poursuit encore l’administratrice. Le parcours est scindé en deux : la découverte des anciennes carrières d’où était extraite la pierre calcaire pour construire la capitale notamment, et la visite de l’ossuaire municipal, composé des os et crânes de millions de Parisiens décédés entre le Xe et le XVIIIe siècles, transférés là à partir des années 1780. Le site est ouvert au public depuis 1809.

Arrête! C’est ici l’empire de la mort

«On sait qu’il y a toutes les couches de la population, les pauvres comme les riches, les anonymes comme certaines personnalités qui ont fait notre Histoire», explique Isabelle Knafou, citant des acteurs de la Révolution française ou encore Molière. La responsable du musée-cimetière évoque un lieu où l’on prend conscience «de l’égalité des hommes face à la mort». D’où, poursuit-elle, la volonté de préserver cette «intimité» avec les défunts et ne pas protéger les ossements avec des barrières.

«Vous êtes invité à ne rien toucher et à ne pas fumer dans l’ossuaire», stipule un écriteau. Une recommandation qui vaut aussi pour les galeries recouvertes de graffitis, qui font partie intégrante de l’«identité» du site, souligne Isabelle Knafou. «Le principe d’un lieu comme ça, qui est extrêmement fragile, c’est qu’il ne faut toucher à rien», avertit-elle. Devant une «hague» (muret), Florent Bastaroli, maçon du bâti ancien, en tenue bleue de travail, démonte et remonte un mur d’ossements. Une ligne de pierre a notamment été ajoutée au sol pour contrer l’humidité.

L’artisan et ses collègues doivent respecter l’esprit du lieu, recréant par exemple une «croix faite de crânes». Son intervention dans les Catacombes, indépendante des travaux en cours, a un côté «insolite» : quand il en parle, «les gens sont assez intéressés, d’autres sont un peu effrayés», souligne le sexagénaire dans un rire. Les bruits de perceuse et les nombreux fils électriques attestent de travaux encore en cours, comme la présence de ces deux grosses brouettes orange, électriques, «conçues spécialement pour ce chantier».

«La grande difficulté du site, c’était l’acheminement et l’évacuation des gravats à 20 mètres sous terre», résume Camille Guérémy, gérante de Artemis Architectes, en charge du projet. Dans leur immense majorité, les gravats sont conservés sur place. Cette architecte évoque un «chantier passionnant» avec un «gros challenge» pour tout boucler en cinq mois, en souterrain. «Dans le bâtiment, on est souvent les seules femmes», remarque par ailleurs Camille Guérémy, avant d’égrainer le nom de toutes les cheffes qui ont participé au projet de rénovation, évoquant alors un «projet de femmes».

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