Le réalisateur allemand Wim Wenders a annoncé mercredi retirer provisoirement son film Faux mouvement, sorti en 1975, après une campagne de l’actrice Nastassja Kinski contre une scène dans laquelle elle apparaissait seins nus à 13 ans.
«Je constate aujourd’hui que Nastassja Kinski aurait dû être mieux protégée», déclare dans un communiqué le cinéaste, présentant ses «excuses» à l’actrice qui réclamait le retrait de la scène depuis plus de dix ans. Dans celle-ci, l’actrice allemande alors âgée de 13 ans, vêtue uniquement d’un slip, est allongée sur un lit, dans lequel la rejoint un homme adulte, en sous-vêtements. Fin mai, Nastassja Kinski, 65 ans, avait expliqué dans un entretien au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung qu’elle tentait en vain depuis des années d’amener Wim Wenders, 80 ans, à couper la scène. «C’était mon premier film, il était mon premier réalisateur et il ne m’a pas protégée», soulignait-elle.
Son cas n’est pas isolé. Olivia Hussey et Leonard Whiting, interprètes de Roméo et Juliette dans un film de 1968 de Franco Zeffirelli, avaient porté plainte contre Paramount en 2022, reprochant au studio une scène de nudité non consentie alors qu’ils étaient tous les deux mineurs. La plainte avait été rejetée. Encore mineure pour l’époque, l’actrice Maria Schneider avait tourné sans son consentement une scène de viol avec Marlon Brando dans Dernier Tango à Paris. Une scène qui l’a traumatisée à vie. Fin 2024, la Cinémathèque française avait finalement annulé la projection du film devant le tollé suscité.
«Pas normal»
Nastassja Kinski, elle, a expliqué ne pas accepter que tout le monde puisse encore voir cette scène, tournée selon elle dans des circonstances problématiques, et pas seulement avec le regard actuel. «Même si, à 13 ans, je ne comprenais pas encore grand-chose, j’avais déjà compris que ce n’était pas normal», a-t-elle aussi dit. Nastassja Kinski dit avoir commencé au début des années 2010 à tenter de convaincre Wim Wenders de modifier le film, et depuis une décennie par l’intermédiaire de son avocat. Selon elle, il se refusait à en parler.
C’était mon premier film, il était mon premier réalisateur et il ne m’a pas protégée
La médiatisation de son combat a poussé le cinéaste à changer d’avis, a-t-il lui même reconnu. «Les nombreuses réactions, remarques et discussions des derniers jours ont largement contribué à affiner mon regard sur les événements d’alors», déclare dans son communiqué le cinéaste, Palme d’or à Cannes en 1984 pour Paris, Texas, où Nastassja Kinski avait le premier rôle féminin. Faux mouvement aurait dû être retiré «depuis longtemps» et cette décision n’arrive qu’en raison de «la pression publique», a regretté auprès Christian Schertz, avocat de Nastassja Kinski.
«Dialogue» nécessaire
Il fustige aussi le fait que le réalisateur ait «d’abord tenté, dans son discours au Prix du film allemand (NDLR : vendredi dernier), de se défausser de sa responsabilité» et ait «qualifié indirectement la demande de Nastassja Kinski de censure». «Pendant plus de dix ans, toutes les tentatives de Mme Kinski et de moi-même pour être entendus à ce sujet ont échoué», insiste-t-il. La Fondation Wim Wenders, qui détient les droits d’exploitation du film, va entamer un «large dialogue» avec les institutions cinématographiques allemandes pour trouver «des modes de traitement appropriés pour les œuvres cinématographiques controversées du XXe siècle», annonce Wim Wenders.
«Ce n’est qu’une fois ce processus mené à bien – même s’il prend beaucoup de temps – et lorsque nous aurons pu présenter une solution acceptée par toutes les parties, incluant Nastassja Kinski, que nous rendrons à nouveau le film disponible», ajoute-t-il. L’avocat de l’actrice dit «attendre de voir» en quoi consiste «la proposition de dialogue» du réalisateur. En 2013, Nastassja Kinski avait raconté les étreintes et baisers insistants de son père, l’acteur Klaus Kinski, décédé en 1991, au moment où sa demi-soeur Pola, elle aussi actrice, révélait dans un livre avoir été violée par lui durant des années.