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[Cinéma] Le triomphe retrouvé du film d’horreur indépendant


Aujourd'hui, tous les studios se demandent comment reproduire le succès d'un film comme Obsession. (Photo : focus features)

CINÉMA Les films d’horreur indépendants Obsession et Backrooms, réalisés par de jeunes youtubeurs, ont enflammé Hollywood ces dernières semaines, et attiré un public plus jeune dans les salles de cinéma.

Les couloirs jaunes à perte de vue de Backrooms, film réalisé par Kane Parsons, 20 ans, ont terrifié des dizaines de milliers de spectateurs américains lors de sa sortie en salle ce week-end, totalisant 118 millions de dollars de recettes au box-office. Le succès d’A24, nouveau mastodonte des studios indépendants (Moonlight, The Witch, Marty Supreme…) fait suite à celui d’Obsession, de Curry Barker, 26 ans, qui a amassé 148 millions de dollars en seulement deux semaines.

Deux vraies réussites, en particulier pour Obsession, qui n’a coûté que 750 000 dollars à produire. «C’est un immense, immense succès et potentiellement un véritable tournant pour l’industrie», affirme Matthew Frank, du média spécialisé The Ankler. «La grande majorité des acheteurs de billets ce week-end et les précédents (…) avaient moins de 35 ans, voire moins de 25 ans. Donc ça attire cette tranche d’âge à qui on ne s’adresse pas généralement de manière spécifique (…) C’est quand on fait quelque chose pour ce public qu’il se manifeste», affirme-t-il.

Au coude-à-coude avec Disney

La fréquentation des salles de cinéma a chuté ces dernières années, notamment à cause de la popularité des plateformes de streaming, de la pandémie de Covid-19 et des grèves qui ont paralysé Hollywood en 2023. Mais les chiffres de cette année ont redonné de l’optimisme au secteur, laissant présager ses meilleurs résultats depuis la pandémie. Et cela en partie grâce à la génération Z, qui a fait grimper les recettes du box-office de 25 % l’année dernière, selon un rapport du National Research Group. Les dirigeants de cinéma sont «ravis» de ces succès, affirme Ronnie Yount, un responsable des salles Phoenix Theaters. Selon lui, ces films ont eu un niveau d’affluence comparable dans ces cinémas au succès de Disney Lilo et Stitch, ce qui semblait impensable auparavant.

Fin janvier, la sortie du film Iron Lung, du youtubeur Mark Fischbach, alias Markiplier (36 millions d’abonnés sur YouTube), annonçait déjà ce nouveau succès cinéma d’horreur indépendant. Adapté du jeu vidéo du même nom sorti en 2022, et entièrement autoproduit par le réalisateur, qui en a aussi écrit le scénario et y tient le rôle principal, le film, un mélange d’horreur et de science-fiction, a réussi le pari de prendre la deuxième place du box-office américain à sa sortie. Ironie du sort, Iron Lung talonnait Send Help, le nouveau film de la légende de l’horreur Sam Raimi. Ce dernier avait émergé avec Evil Dead (1981), film culte et ultragore entièrement autofinancé pour 350 000 dollars, et qui en rapporta à l’époque près de 3 millions ; aujourd’hui, Evil Dead est devenu une franchise de référence et son sixième volet au cinéma, Evil Dead Burn, est attendu en salles en juillet.

Chercher les cinéastes «n’importe où»

Kane Parsons, Kane Pixels sur YouTube, a plus de 3,2 millions d’abonnés et ses vidéos totalisent plus de 300 millions de vues. L’inspiration pour Backrooms vient d’une photo mise en ligne en 2019 sur un forum, accompagnée d’un court texte évoquant un monde parallèle. «Je ne me souviens pas exactement de la première fois où j’ai vu (la photo originale) car elle était déjà un peu partout sur internet», rembobine le réalisateur, qui avait 13 ans à l’époque. Début 2022, il crée pour sa chaîne YouTube un court-métrage dans lequel un jeune garçon s’égare justement dans des couloirs terrifiants. En deux semaines, la vidéo dépasse les 20 millions de vues. Le tournage du long-métrage a lieu à l’été 2025, avec dans les rôles principaux l’acteur britannique Chiwetel Ejiofor et la Norvégienne Renate Reinsve.

Le film de Curry Barker, Obsession, explore lui les terribles conséquences vécues par un jeune homme lorsque son vœu de voir une jeune femme tomber amoureuse de lui se réalise. Le youtubeur au 1,1 million d’abonnés sur sa chaîne That’s a Bad Idea a présenté son long-métrage au prestigieux festival du film de Toronto en 2025.

Aujourd’hui, tous les studios se demandent comment «reproduire» ces succès, affirme Matthew Frank. «C’est génial, pas seulement parce que ce sont des grands succès, mais parce qu’ils ont été réalisés avec des budgets limités», précise-t-il. Mais il ne s’agit pas seulement de trouver des youtubeurs connus. Il faut aller chercher «des grands cinéastes qui peuvent venir de n’importe où». Kane Parsons dit n’avoir «jamais pu envisager de ne pas être à la réalisation». Pour lui, l’univers de «Backrooms n’est pas terminé, c’est une certitude. Mais je me soucie davantage de l’histoire que de la façon précise dont je vais la raconter», conclut celui qui a le «souhait» de creuser cet univers dans une série télévisée.

Backrooms,
de Kane Parsons.

Obsession,
de Curry Barker.

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