Depuis 2022, tout s’est accéléré pour lui : Harris Dickinson plaît, devant et derrière la caméra, au point d’être cité pour devenir le prochain James Bond. Mais qui est donc ce phénomène?
Il a été l’amant de Nicole Kidman dans Babygirl, l’un des frères catcheurs dans Iron Claw, le mannequin-influenceur de la Palme d’or Triangle of Sadness, incarnera John Lennon à l’écran dans deux ans, et Urchin, sa première réalisation (pas encore sortie au Luxembourg) a ravi les critiques, comme le public : à 29 ans, malgré le succès, le très convoité Harris Dickinson tente de garder les pieds sur terre. Dans ce tumulte, Londres, sa ville de naissance, l’aide selon lui à conserver la tête froide. «J’ai l’impression que Londres me garde ancré», confie-t-il. «J’ai mes proches, ma famille, ma petite communauté là-bas.»
La «hype» qui l’entoure ne cesse pourtant de s’amplifier depuis sa révélation comme top model désorienté et amoral dans le film de Ruben Östlund. En 2024, Babygirl en a fait un jeune stagiaire pris dans une relation torride avec une PDG campée par Nicole Kidman, tandis que le réalisateur oscarisé Sam Mendes l’a choisi pour incarner John Lennon dans un biopic monumental sur les Beatles, prévu pour 2028 et qui sera découpé en quatre films pour autant de garçons dans le vent.
Nausées sur la Croisette
Le tournage est en cours et l’agenda de Harris Dickinson par conséquent très chargé. «Je me lève à 4 h 45 tous les jours et je rentre chez moi à 20 h», explique-t-il, ravi de travailler avec Sam Mendes (American Beauty, 1917) qu’il voit comme un «réalisateur grand format». Gueule d’ange, carrure d’athlète et regard triste, Harris Dickinson est également régulièrement cité parmi ceux qui pourraient reprendre le rôle de James Bond, laissé en friche par Daniel Craig depuis No Time to Die en 2021.
En plus de ses apparitions devant la caméra, le Britannique a pris le temps de passer derrière et de signer sa première réalisation, Urchin, qui a eu les honneurs de la sélection cannoise au printemps 2025. La projection sur la Croisette, dans la catégorie Un certain regard, lui a causé des nausées en raison du stress. Harris Dickinson y filme les errements d’un sans-abri après sa sortie de prison, dont les écarts et les abus de psychotropes finissent par épuiser ses proches.
Il faut travailler pour rester sur la bonne voie, surtout si l’on a des tendances addictives ou destructrices
«C’est très courant, même pour des personnes avec une bonne structure familiale ou des amis, d’arriver à un point où plus personne ne veut les aider», explique le jeune cinéaste. Le combat contre les comportements autodestructeurs ne lui est pas étranger, lui qui a vu les ravages de l’alcool dans sa famille et qui évolue dans une industrie du divertissement notoirement sujette aux addictions. «J’adore notre folie, notre complexité et même notre côté absurde. C’est une histoire très personnelle, car elle est étroitement liée à ma vie», révèle le jeune cinéaste.
Part sombre de l’humanité
«Au final, la sécurité n’est garantie pour personne. Il faut un certain travail pour rester sur la bonne voie, surtout si l’on a des tendances addictives ou destructrices», assure-t-il encore. Pour ses prochains rôles, Harris Dickinson confie vouloir sonder encore davantage la part sombre de l’humanité, lui qui se dit «intéressé par tout ce qui est apocalyptique, dystopique, ou film de survie». «Je m’intéresse à l’idée de ce qui se passe quand la société s’effondre, ce qui se passe quand il ne nous reste rien, qu’on est dépouillé de tout.»
Même s’il prend toutefois soin de ne pas trop plonger dans les tourments réels de notre époque. «Il m’arrive de traverser des périodes où je me coupe un peu de l’actualité parce que je peux devenir obsessionnel», relate-t-il. «Je ne pense pas que nos cerveaux et nos organismes soient conçus pour être aussi connectés à l’injustice, à la tragédie et à l’obscurité.»